Rendez-vous au Tokyo Café
Si le manga connaît le succès que l'on sait dans nos librairies, le concept de "manga kissa" (plus connu sous le nom de "manga café") l'est beaucoup moins en France. Ces établissements se comptent en effet sur les doigts d'une main dans l'hexagone. Afin d'en savoir un peu plus, Anime-Kun a poussé la porte du Tokyo Café, un "manga kissa" installé dans le centre-ville toulousain. Le chaleureux propriétaire a bien voulu jouer le jeu de l'entretien et répondre à quelques-unes de nos questions.
Anime-Kun - Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?
Benjamin Collette - Je m'appelle Benjamin Collette et je suis passionné de mangas depuis les années 90. Je suis tombé dedans avec Akira que j'ai vu au cinéma à l'âge de 12 ans. J'ai alors cherché à savoir si cela existait en BD et j'ai donc commencé les mangas. Il faut savoir sachant qu'avant ce titre, il n'y avait pas grand-chose en France.
A-K - Peux-tu donc nous détailler le concept du "manga kissa" et comment t'es venue l'idée de monter ce projet ?
BC - L'idée est dans ma tête depuis 10 ans, lors de mon premier voyage au Japon. A l'époque, c'était impossible d'ouvrir ce type de magasin car le nombre de mangas disponibles en France était trop faible. J'étais également bloqué par le concept de boisson à volonté. Je tenais absolument à respecter le concept original et j'ai eu peur des abus. J'ai donc gardé cette idée en tête pendant toutes ces années et, en attendant, j'ai travaillé, essayé de faire du japonais, etc.
Pour revenir sur le concept, un "manga kissa" est un espace de lecture uniquement dédié au manga et où les gens peuvent également faire de l'internet et avoir des boissons à volonté. Je voulais également offrir des consoles de jeux vidéo en libre service mais cela était impossible à mettre en place à cause de la législation française.
A-K- L'idée t'es donc venue en allant au Japon ?
BC - Oui, j'ai visité de nombreux manga cafés là-bas comme les Gera Gera ou Manboo.
A-K - Là-bas, le concept est le même quelle que soit l'enseigne ?
BC - Oui. Quand tu rentres, tu commences par donner ton nom (ou ta carte d'identité si tu es étranger) et il t'alloue un box. A l'entrée, tu as généralement le stand avec les boissons avec volonté. Il y a un espace où sont disponibles les mangas et, parfois même, il y a des DVD. Dans les boxes, on trouve généralement une télévision avec une console de jeux voire un lecteur de DVD et un PC avec connexion internet. Parfois, il y a un téléphone pour passer des commandes.
A-K - Pour monter un projet comme celui-ci en France, tu as rencontré de grosses difficultés ?
BC - On a monté un "business plan" (note : un plan d'affaire, sorte de pré-projet nécessaire pour une création d'entreprise) avec une solide étude de marché. On a alors réussi à convaincre un investisseur. Il n'était pas connaisseur mais il a été d'accord pour nous suivre sur ce projet. On a également voulu respecter au maximum la législation française. On a donc fait de la recherche sur le droit français mais on a également contacté des éditeurs ou la Sacem pour avoir leur avis. Depuis, on arrive à obtenir des accords pour organiser des événements.
A-K - Parlons maintenant de la clientèle. Tu vois uniquement des "jeunes" ou tu as également un public un peu plus âgé ?
BC - L'âge varie entre 8 et 40 ans avec une majorité de 18-25 ans. La plupart ne sont pas des "connaisseurs" et se contentent généralement des oeuvres très connues comme Naruto et One Piece. Ce sont des gens qui ont généralement connu le manga il y a 4-5 ans et qui ne connaissent pas trop les "vieux" titres.
A-K - Et il t'arrive souvent de jouer le rôle de conseiller ?
BC - Quand je présente le concept, je dis toujours que je suis disponible pour tout renseignement. Il m'arrive souvent de voir des personnes qui n'y connaissent rien et, dans ce cas, je leur demande toujours ce qu'ils aiment au cinéma. Grâce à ça, j'arrive toujours à trouver une série à leur goût.
A-K - Cet exercice demande de sacrées connaissances, non ?
BC - J'essaye de lire au maximum afin de pouvoir renseigner les gens. Et quand je vois des personnes en train de lire une série que je ne connais pas, je leur demande leur avis. Par exemple, je lis très rarement des yaoi (note : manga mettant en scène des relations amoureuses entre hommes). Alors quand je vois un groupe de filles en train d'en lire, je n'hésite pas à leur demander ce qu'elles en pensent.
A-K - Pour attirer la clientèle, tu as fait un peu de publicité ?
BC - J'ai contacté les médias comme les journaux locaux. J'ai réalisé des flyers et des sites comme Manga-news ont parlé du Tokyo Café. La clientèle s'est ensuite faite petit à petit. Je suis également partenaire avec TGS (Toulouse Game Show), Sakura Party et des associations toulousaines. Pour le TGS d'ailleurs, j'étais uniquement partenaire l'année dernière mais je devrais avoir un stand cette année.
A-K - Du point de vue ambiance, c'est toujours aussi studieux ?
BC - Les gens aiment bien car le lieu n'est pas trop compact. Ils aiment bien également le calme avec la musique japonaise en fond. Je fais passer des radios japonaises avec quelques musiques d'animes. Il m'arrive aussi de discuter pendant une heure avec un client sur le manga ou le Japon. Il y en a même qui viennent me voir exprès pour avoir des tuyaux avant de partir là-bas. Pour la déco, je me suis inspiré du drapeau japonais. J'ai donc tout fait en rouge, noir et blanc. En plus, j'ai la chance d'avoir une magnifique façade en briques rouges.
A-K - Je vois que tu fais également de la vente ?
BC - Actuellement, j'ai environ 1000 mangas d'occasion à la vente. En neuf, je fais de la commande pour les clients avec un peu de DVD et de figurines. Je fais également de la vente de T-shirts de la marque Kyodai et de quelques confiseries japonaises.
A-K - Et pour le futur, tu as des idées pour te développer ?
BC - Mon but final est d'avoir la bibliothèque de mangas la plus complète. Je suis toujours chagriné quand on me demande une série que je n'ai pas. Alors, je chine pour dégoter des raretés qu'on ne trouve plus dans le commerce afin de pouvoir l'offrir à la lecture.
Merci à Benjamin pour sa disponibilité et sa sympathie pendant cet entretien. Vous pouvez le croiser dans sa boutique, le Tokyo Café, situé 56 boulevard d'Arcole à Toulouse. Plus de renseignements sur le site officiel du Tokyo Café : www.tokyocafe.fr
- Article publié par Beck





