Akira

Manga cyber-punk prépublié entre 1982 et 1989 dans le Young Magazine, on connaît surtout son adaptation en film d'animation, d'ailleurs considérée par beaucoup comme un chef-d'oeuvre de la japanimation.



"Le 6 décembre 1982 à 14 heures et 17 minutes, une bombe d'un nouveau type est lâchée sur la région du Kantô, Japon. Exactement neuf heures plus tard la troisième guerre mondiale éclate [...]. Puis le monde entama une nouvelle reconstruction..."

Nous sommes à Néo-Tokyo, 38 ans après la troisième guerre mondiale : an 2019.
Une nuit, la bande de motards de Kaneda zone dans la vieille ville, mais sur leur route ils rencontrent Takashi qui vient de s'évader d'un centre secret de l'armée.

Alias "numéro 26" et doté de pouvoirs paranormaux, il cause l'accident de Tetsuo Shima, membre de la bande de Kaneda. Les militaires à la recherche du numéro 26 arrivent très vite sur les lieux de l'accident, mais ne parviennent pas à récupérer Takashi. Cependant ils s'occupent de Tetsuo gravement blessé. Coup du sort, les services de l'armée découvrent des anomalies lors de son examen médical, similaires à celles de Takashi avant son "éveil".

A la sortie de l'hôpital, et sous étroite surveillance, il se découvre des pouvoirs paranormaux mais de violentes migraines. Pour soulager sa souffrance il tente de s'accaparer toute la came de Néo-Tokyo, ce qui n'est pas sans attirer les foudres des bandes rivales de la ville dont la sienne.

En parallèle un groupe clandestin tente de percer à jour le secret extrêmement protégé du projet Akira. Les membres du groupe ne vont pas tarder à comprendre qu'il est intimement lié à Tetsuo.

Un Mythe




Deux. Deux est le nombre de lecture qu'il m'a fallu pour apprécier Akira à sa juste valeur.
Rarement telle oeuvre aura atteint ce degré de réputation dans le cercle d'otakus. Un mythe dans tous les sens du terme : on clame haut et fort que c'est un chef-d'oeuvre sans être convaincant, on nous dit que ce fut une révolution sans le prouver. Autrement dit une illusion. Certes nombre de mangakas citent Katsuhiro Otomo comme leur référence, leur principale influence notamment Hiroki Endo, auteur d'Eden. Certes peu d'entre nous sont capables d'éxécuter des ruptures épistémologiques, de replacer l'oeuvre dans l'Histoire du manga.

Reste l'oeuvre en elle-même dégagée de tout l'orchestre ou plutôt le troupeau qui vocifère à nos oreilles une musique qu'il ne connaît pas... Devrait-on être indulgent pour un manga qui a presque vingt ans ? Non. Akira ne le mérite pas, car si ce manga de six épais volumes sortaient actuellement sans doute ne passerait-il pas inaperçu.


Graphiquement



Les graphismes ne sont pas homogènes. C'est-à-dire que le contraste entre le character-design (le dessin des personnages) et le reste est grand. Une sensation désagréable -faiblement perceptible- perdure tout au long de la lecture. De plus le faible contraste noir et blanc renforce quelque peu cette sensation, néanmoins cela compense le manque d'homogéneïté des graphismes. Le dessin des personnages accuse son style désuet, ses formes arrondies et ses petits yeux sont dans les codes de l'époque.

Qui plus est les personnages se ressemblent plus ou moins, le visage féminin sera peu distingué de celui d'un homme. En revanche les décors sont minutieux et réalistes notamment l'aspect urbain omniprésent. Cyber-punk oblige l'ambiance se veut sombre presque démoralisante, dominée par une technologie proche de nous mais peu envahissante. Le thème de la bombe atomique, ou du moins de ce qu'elle représente d'apocalyptique est récurrent. L'auteur insiste graphiquement sur son ampleur alors que d'autres n'en montrent que les conséquences directes. Constamment la peur d'un second cataclysme est brandie par certains personnages. Une crainte auto-matéralisatrice puisqu'elle ne fait que prédire les événements futurs.



Shonen !


Cependant l'accent est résolument mis sur les personnages : en particulier l'adolescent qui se retrouve être au coeur de l'oeuvre. Pas très étonnant : Akira était massivement lu par des ados. Ce sont donc des personnages auxquels les lecteurs peuvent s'identifier sans grande peine.

De plus rien de mieux que l'adolescence pour symbole de l'impétuosité et de la perdition post-apocalyptique. Les jeunes que présente l'auteur sont détraqués, drogués, sans cellule familiale. Pour combler cet effritement du lien social, ils s'organisent en bandes de motards. Bref une vision sociétale classique pour un récit cyber-punk.

Kaneda et sa bande ne cesse de braver les interdits, chercher leurs limites, c'est l'une des métaphores de la croissance démesurée du pouvoir de Tetsuo. D'ailleurs l'institution militaire- figure de l'ordre, le respect stricte et une obéissance sans failles envers la hiérarchie- omniprésente tout au long du manga est son antagoniste. Une allégorie de la société nippone en quelque sorte. Cette opposition illustrent le choc des générations entre les enfants de l'après guerre et leurs parents. Bref un phénomène contemporain exacerbé.
Le ton est parfois grave, voire même adulte dans certains cas, on effleure même des thèmes sensibles.


Kaneda & Tetsuo



La paire Kaneda / Tetsuo représente la schizophrénie de ces jeunes. D'un côté Tetsuo, le véritable héros du manga, se perd à cause de ses pouvoirs psychiques qui brisent toutes limites. Ils l'affranchissent des contraintes physiques. Surpuissant il n'a de compte à rendre à personne. Si bien qu'il se venge de son enfance où il était le souffre-douleur, le pleurnichard de service. Un désir de gloire, de succès, de vendetta sur le destin, que connaissent la plupart des otakus.

Kaneda, le seul ami qu'il n'a jamais eu, est son point d'ancrage dans la réalité. Le poursuivant sans cesse, inlassablement, il est sa conscience, celui qu'il lui permet d'avoir un retour de ses actes. Mais il était aussi son chef de bande, une autorité dont il s'est défait. Kaneda est donc troublé face à un garçon autrefois chétif qui du jour au lendemain non seulement fait trembler le monde mais n'a plus besoin de lui. Une rivalité-amitié tragique et on ne peut plus classique.



Otomo, chef-d'orchestre


Mais Akira reste un simple divertissement. Et pour ce faire, Otomo dispose de sa maîtrise du rythme, en véritable chef-d'orchestre. Le scénario, partition du chef, est très dense et complexe, le synopsis ne révèle qu'une partie des enjeux du récit. Les six volumes sont de prime abord lourds voire même indigestes. Les informations sont nombreuses, et le projet Akira baigne dans un mystère épais.

Le récit de cyber-punk s'épanouit durant les trois premiers volumes. On multiplie les complots, les protagonistes. Les informations ne venant que très tardivement; le récit peut donc en laisser plus d'un sur le bord de la route. Toutefois, Akira alterne admirablement bien entre les scènes d'actions avec un découpage fin et des temps de réflexion. Otomo n'assomme pas le lecteur pour le réveiller brutalement. C'est plus subtil. Il le plonge dans une torpeur pour ensuite aboutir à une accélaration progressive voire fulgurante. Le final est souvent somptueux, comme les dernières planches des volumes 3 et 4 qui marquent les esprits.

Néanmoins on est pas à l'abri de de longueurs, peut-être de l'ennui, mais qui prennent tout leur sens par une reprise de l'action survitaminée. Le rythme peut se résumer par l'adage : la fin justifie les moyens.



« Un maître à un autre »



Akira est un manga très bon. Sans crier au chef-d'oeuvre ni parler de révolution, c'est une histoire aux personnalités relativement communes, mais qui est efficacement menée de bout en bout. Le scénario est sans doute un excellent modèle, comme la maîtrise de la narration.

Eden de Hiroki Endo ressemble à Akira, on sent véritablement l'influence d'Otomo dans la façon de narrer l'action notamment les scènes de fusillades. Et la complexité du scénario ne peut qu'inévitablement rappeler son aîné. Un maître a passé le flambeau à un autre.
.::Article réalisé par Gemini no Saga le 06/02/2008::.

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