Musicians Are Magicians

» Critique de l'anime Interstella 5555 par sarthasiris le
03 Mars 2021

Ça y est, le groupe de musiciens français les plus connus au monde s'est séparé. C'est l'occasion de revenir sur la carrière de Daft Punk et plus précisément l'album Discovery. Album entièrement transformé en film d'animation d'une heure. On doit le style unique de l'œuvre à Leiji Matsumoto (albator). Ma critique se composera en deux parties, une partie qui parle du son, donc de Daft Punk. Et l'autre qui parlera de l'univers visuel.

Interstella 5555 s'ouvre avec One more time. Le morceau sans doute le plus accessible de l'album. On peut l'imaginer tourner en boucle dans tous les clubs branchés des années 2000. Le chant auto-tuné était très souvent critiqué à cette époque-là surtout dans les milieux underground duquel était issu le groupe. Ce parti pris osé et leur goût pour l'expérimentation a donné au groupe une renommée planétaire.

Arrive en suite Aerodynamic un morceau qui mélange un tas d'influences à mi-chemin entre Eléctro Metal et même Funk. Un morceau à la fois planant et très puissant instrumentalement. Une pièce complexe qui révèle toutes ses ramifications après plusieurs écoutes.

Digital love arrive juste après comme la continuité logique d'Aerodynamic. Le morceau se compose en deux parties, une première moitié progressive, annonciatrice d'une suite plus rythmée qui part dans tous les sens. C'est un bordel maitrisé.

À peine on s'est remis de nos émotions qu'Harder, Better, Faster, Stronger apparait soudainement, on n’a jamais entendu un truc comme ça. Les mots robotiques réguliers et toujours carrés dans les temps donnent l'impression que le chant et les instruments sont de la même nature. Le débit des mots chantés est presque martial. Ensuite, le rythme s'accélère laissant à la voix plus de liberté. On a presque l'impression d'entendre un solo d'instrument, la voix devient littéralement une guitare.

Après quelques morceaux que je trouve légèrement en dessous du reste musicalement Voyager débarque comme une éclaircie après la tempête, avec un riff de bass à tomber par terre. Le morceau a une progression intrigante, il a un groove tellement efficace que s'en est limite indécent, c'est une track d'enfer. Tout simplement.

Veridis Quo arrive en suite avec son aura macabre et solennel. C'est une track d'une mélancolie presque psychédélique. On appréciera la structure répétitive du morceau.

Qu'en est-il de l'univers visuel ? Interstella 5555 a déjà des dialogues pré-écrits puisque l'album est sorti deux ans avant le film. C'est un film muet avec une bande son en quelque sorte. Assembler les deux pour faire une histoire cohérente ne devait pas être une mince affaire.
Interstella 5555 parle d'un groupe d'extraterrestres musiciens, le plus cool de la galaxie. Ils se font enlever par un producteur peu scrupuleux qui veut les transformer en machine à disque, en les conditionnant à ressembler à une image qui correspond mieux à leurs standards de marketing, même si ça signifie renier leur nature et essorer leur âme. Impossible de ne pas y voir une critique de l'industrie de la musique.

L'œuvre tente aussi de montrer que le succès et la richesse ne riment pas forcément avec le bonheur. On voit que les artistes sont au sommet, mais qu'ils restent des coquilles vides. Mais ça ne s'arrête pas là ! L'ambition était surtout de montrer que si la plupart des génies de la musique sont adulés ils n'en demeurent pas moins inapte à ce monde : c'est des Aliens. Leur singularité si prononcée leur permet de produire une musique hors du commun. Le revers de la médaille, c'est que cette même singularité les rend incompatible avec le reste de la société, ils sont incapables de s'adapter et d'être heureux. On ne dénombre plus tous ces génies qui sont morts de manière prématurées, c'est le même principe que le fameux "club des 27".
L'anime montre explicitement Mozart, Jimi Hendrix, Janis Joplin, dans des situations de désespoir manifeste pour appuyer son propos. Et quand on connait le destin tragique de ces artistes, on ne comprend que mieux le message sous-jacent de l'œuvre.

Conclusion : On pourrait reprocher à l'œuvre d'être manichéenne et de porter un regard relativement essentialiste sur l'industrie de la musique. Il n'empêche qu'Interstella 5555 est un voyage onirique aux messages puissants. Une œuvre à ne pas manquer, ne serait-ce que pour sa B.O.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

sarthasiris, inscrit depuis le 20/08/2011.
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