No. 6 - Shonen-aï + SF + fantastique + autres trucs + Mach 2 = J'ai pas compris.

» Critique de l'anime Numero 6 par Rydiss le
26 Octobre 2011

Les animes appartenant au genre de la science-fiction sont légions. No. 6 semblait pouvoir tirer son épingle du jeu, avec son petit plus tout droit venu du fameux 1984 de George Orwell : la surveillance constante de ses habitants et un système de castes. Annonçons le tout de suite, ce fut une déception. Une grande pourrais-je même ajouter, au vue de tous les bons éléments présents dans cette série qui furent sous et surtout mal exploités. BONES a loupé son coup cette fois-ci.

Mettons les choses au point : No. 6 est le nom de la ville futuriste où va se dérouler notre histoire. Une énième troisième guerre mondiale a ravagé le monde (et l'imagination aussi semblerait-il, vu le nom qui fut accordé à cette ville), cloitrant les quelques rescapés dans plusieurs cité-états vivant apparemment en autarcie, indépendamment des unes et des autres. Dans No. 6 la société est organisée selon un système de mesure du Q.I. : les plus intelligents jouissent de multiples privilèges, les autres mènent une vie bien plus sobre, et les exclus vivent dans un bidonville en dehors de la cité. Notre personnage principal, Shion, appartient a la classe haute. Ami avec Safu, autre surdouée, c'est le soir de son anniversaire qu'il rencontre un garçon mystérieux de son âge, grièvement blessé et recherché par les autorités... Cette rencontre sera le déclenchement d'un bouleversement majeur dans sa vie...

Après avoir lu ça, on se dit que l'univers, à défaut d'être totalement original, est intriguant. La supposition est vrai. La ville en elle-même, et son fonctionnement, m'ont beaucoup intéressé. Les quatre-cinq premiers épisodes sont par ailleurs une très bonne introduction : non seulement il se passe des choses, mais en plus il nous est à chaque fois dévoilé une nouvelle facette de cette cité en apparence parfaite. On a le temps de s'imprégner de ses règles, du mode de vie des habitants, et on a l'histoire qui avance à côté. Certes, lentement, mais je n'ai jamais eu l'impression de perdre mon temps devant ces premiers épisodes. Les personnages nous sont en même temps présentés : Shion, le candide idéaliste qui vous vaudra sans doute quelques crises de "Mais qu'il est abruti !", et Nezumi l'exclu, artiste cultivé sachant se battre et qui a bien compris que si on ne veut pas mourir le premier, c'est à nous de tuer. Pour les secondaires, citons Safu, l'amie d'enfance qui va se révéler plus importante que prévue, Inukashi la femme chien colérique (ce personnage apporte d'ailleurs un petit truc d'original grâce à l'exploitation des chiens), et la mère de Shion, courageuse et peut-être plus impliquée qu'on ne le croit. Les choses sont tellement bien mises en place que l'on s'attend à une fin dans la même veine. Et si vous croyez ça, vous allez faire la même erreur que moi et l'avoir bien profond...

Car comme vous pouvez sans doute le deviner, par la suite tout se dégrade. Certains évènements montrés n'ont aucun intérêt, ce qui ne fait que ralentir le développement d'une histoire déjà bien trop à l'étroit sur onze épisodes. Du coup, les nouveaux éléments qui apparaissent sont à peine effleurés, à peine approfondis. En gros, c'est comme si vous décidiez d'appuyer sur avance rapide. C'est sûr, ça va plus vite, mais en compensation vous avez plusieurs notions qui ne vous sont pas inculquées. Conséquence directe : une histoire finalement simple vous apparait horriblement compliquée. En effet, là où au début de l'anime tout nous était présenté clairement, on se retrouve face à plusieurs évènements qui nous semblent complètement disparates. La notion de "lien" entre les différents éléments d'une histoire, chose essentielle pour bien en saisir tout son sens, est ici complètement absente. Pour ma part, à la fin de la série, je nageais en pleine confusion et je ne comprenais absolument pas comment on en était arrivé là. A quoi servait tout ce boxon au final ? Pourquoi nous avoir rajouté pelle-mêle une histoire avec une guêpe géante, une résistance dont on ne verra qu'un seul membre, une civilisation sacrée disparue, un chant magique, et un ordinateur super-intelligent ? Et No.6 alors ? Elle qui était si intéressante, la voilà complètement laissée de côté. Aucune révélation à son sujet après la découverte de la "vérité" sur elle. Sa construction ? Aucune info de donnée. Qui la gouverne ? Pareil. Comment la population est-elle gérée, surveillée, évaluée, classée ? Laissez tomber, ce n'était semble-t-il pas assez intéressant pour que les scénaristes s'y consacrent... Bref, le changement de rythme et l'apport d'informations inutiles a bouleversé la narration, nous plongeant en pleine confusion. Ils auraient mieux fait de ne pas amener une touche fantastique et juste se concentrer sur l'aspect science-fiction et ses thèmes... Non seulement je pense que ça aurait été plus intéressant et moins indigeste, mais surtout on aurait évité ces nuisances scénaristiques appelés "clichés" ou "transmission d'une message écolo bien lourd"... Il faut voir la fin pour comprendre... Mais il n'y pas que l'aspect scénario qui en prend un coup. Niveau incohérence, l'exploitation des personnages en prend aussi un bon. La mère de Shion, qui apparemment a eu un rôle à jouer durant la construction de No. 6, est complètement sous-exploitée. On en restera au "apparemment", vu que rien n'est développé par la suite. Chose vraiment dommage, car il est rare de voir un membre de famille rester dans une histoire... Pareil pour Nezumi. Lui qui était une forte tête, le voilà que tout d'un coup il se met à chialer pour un truc insignifiant si on compare à tout ce qu'il a déjà vécu. Bref, je n'ai pas envie de m'étaler là dessus, ça m'attriste plus qu'autre chose...

J'ai déjà évoqué deux genres qui correspondent à No.6 : le fantastique et la science-fiction. Si vous lisez correctement la fiche Anime-kun, vous vous apercevrez que le style "action" y est aussi rattaché. Personnellement, je ne le lui attribuerais pas. Les combats ne courent pas vraiment les rues, et pour tout vous dire il n'y en a que deux qui me reviennent en mémoire... Ce qui est assez regrettable d'ailleurs, je me souviens que lorsque ça bougeait, ça devenait plus intriguant. La plupart du temps, on restait dans de la parlotte. Bref, on ne va pas s'y attarder plus que ça. On va plutôt se concentrer sur une chose qui fait assez tâche dans cet univers : le yaoi. Ah, je sens que j'ai déjà perdu une bonne partie des lecteurs. Soyons clair : le yaoi, je n'ai rien contre, mais je préfère l'éviter parce que c'est souvent la même chose (dominant/dominé etc...). Mais en général, je tolère. Preuve en est : j'ai réussi à finir cette série sans que ça ne me gêne particulièrement. Le problème, c'est que je n'ai pas vraiment compris en quoi ça servait l'histoire d'en ajouter. Au contraire, j'ai l'impression que ça a plus fait fuir certains spectateurs qu'autre chose avec ces sous-entendus de bas-étage (deux gamins qui se tiennent la main, une valse au clair de lune... Pourquoi pas...). D'autant plus que l'on a l'impression que même le réalisateur ne sait lui même pas trop quoi en faire : on finit pas se demander si dans le cahier des charges il n'y avait pas écrit "faut faire de l'audience donc débrouillez-vous pour attirer des fujoshi". Car il y a finalement peu de choses montrer explicitement pour qualifier cette œuvre de yaoi. Du coup, les spectatrices venus pour ça se sentiront frustrer et ceux qui tiennent ce genre en horreur fileront sans demander leur reste dès le premier mouvement ambigu. En fait tout va dépendre de votre tolérance à l'égard du yaoï. J'ai pour ma part décidé de l'ignorer pour me concentrer sur l'aspect science-fiction, mais encore une fois, je n'en ai pas vraiment vu l'intérêt. Un sentiment d'admiration ou une grande amitié entre les deux protagonistes aurait largement suffit.

On va finir par l'aspect technique. On va faire simple, on va faire court : c'est BONES, c'est beau. Plus sérieusement, il n'y a pas grand chose à reprocher. Les décors sont très bien faits (le bidon-ville et ses tons ocres, la cité-état d'une propreté irréelle...), le chara-design reste dans le classique, mais est correctement exécuté. L'animation n'est pas en reste. On remarquera tout de même une déformation des corps parfois flagrante lors des rares combats, sans doute pour accentuer l'effet de vitesse, mais ça rend l'ensemble plutôt moche au final... Bref, pas besoin de s'inquiéter de ce côté là, BONES fait son travail, et il le fait relativement bien.

Enfin, il va être temps de conclure. Le début de la série était agréable à suivre, les thèmes et l'univers exploités regorgeaient de potentiel. Malheureusement, la suite fut très mal gérée. On a du mal à comprendre la situation, l'histoire principale. Et ce n'est pas l'ajout confus d'éléments disparates qui va nous aider à nous focaliser dessus. Cette surenchère, ajoutée à une accélération du rythme, va entrainer le spectateur dans une incompréhension malvenue. Alors certes, on a quelques bons moments (allez, je spoile un peu, rien de méchant : l'escalade d'une montagne de cadavres était bien glauque et l'horreur de la situation bien retranscrite), mais ils ne sont qu'une minorité. En résumé, nous avons un rythme irrégulier et une narration décousue, qui ne sait pas quelles sont ses priorités. Ce qui a gâché une série qui avait pourtant tout ce qu'il fallait au début (idée de départ, thèmes, et même personnages) pour nous captiver. Regrettable.

Verdict :4/10
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A propos de l'auteur

Rydiss, inscrit depuis le 15/07/2007.
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