Auteur Sujet: L'Île de Giovanni  (Lu 2549 fois)

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Down

L'Île de Giovanni
« le: 29 mai 2014, 20:58:20 »

Fiche AK

Synopsis:

1945, c'est la fin de la guerre pour le Japon. L'île de Shikotan, proche d'Hokkaido, est rapidement capturée par les russes. Récit de l'occupation puis de l'évacuation de l'ile.

Avis personnel:
C'est un bon film. Allez le voir si il passe dans votre coin, vous soutiendrez la sortie de longs-métrages d'animation non-Ghibli en France.

Cf ma critique pour les points non-spoilers, mais je voulais revenir sur 2-3 points en spoiler parce que j'ai l'impression d'être crypto-obscur sur quelques phrases.

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Là je parle aussi de la nouvelle Train de Nuit dans la voie lactée, si vous comptez la lire une fois "à l'aveugle" (il est préférable de la lire une deuxième fois en sachant mieux ce qu'il se passe pour saisir l'histoire) évitez.

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« Modifié: 30 mai 2014, 16:09:19 par Down »

Isindu

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #1 le: 29 mai 2014, 22:30:11 »
Down, si je te suis dans tes critiques, tu préfères Patéma à Giovanni, c'est bien ça ?

Tu mets en note 7 et 8 pour du non-Ghibli, et donc du Ghibli, c'est forcément 9 ou 10/10 ?

Même si le réalisateur n'est pas très connu, en tout cas suffisamment pour que le distributeur mette plutôt en avant la Production IG que son nom, l'affiche que tu mets en avant dans ce sujet de forum met quand même en avant déjà le producteur plutôt connu par la qualité de ses productions, et deux nominations à des concours. Je ne suis pas à analyser un film juste avec une fiche technique, mais le trailer que j'ai vu m'avait l'air plutôt intéressant.

Je vais voir demain ce film, je verrais donc après tes spoilers. Concernant Patéma, en dehors des très belles scènes de gravité inversée, je n'ai pas trouvé ce film extra-ordinaire.



Ta critique et ton message ici sont peut-être maladroit, mais si je n'avais pas été convaincu par les informations que j'avais eu précédemment, tu m'aurais plutôt convaincu à mettre de côté ce film.
« Modifié: 29 mai 2014, 22:33:29 par Isindu »

Down

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #2 le: 29 mai 2014, 22:41:24 »
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Down, si je te suis dans tes critiques, tu préfères Patéma à Giovanni, c'est bien ça ?

Tu mets en note 7 et 8 pour du non-Ghibli, et donc du Ghibli, c'est forcément 9 ou 10/10 ?

Eh... Je vois pas le rapport avec Ghibli ou non-Ghibli. Ce que je voulais dire c'est que quand un Ghibli sort on est sûr de l'avoir par chez nous, le reste c'est déjà plus incertain, donc c'est bien de voir que des productions comme ça arrivent dans un nombre pas trop réduit de salles et se fassent connaître du grand public. Rien à voir avec la qualité des films en question.
Quand à Patema et Giovanni, je ne pense pas qu'on puisse dire que l'un soit intrinsèquement meilleur que l'autre, ce sont deux bons films avec un lot de défauts. Mais il est clair que personnellement Patema me parle plus, d'où la note.

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Ta critique et ton message ici sont peut-être maladroit, mais si je n'avais pas été convaincu par les informations que j'avais eu précédemment, tu m'aurais plutôt convaincu à mettre de côté ce film.

Possible que ce soit maladroit en effet. J'ai peut-être trop parlé des défauts, mais il y'a plusieurs passages que j'ai vraiment aimés dans ce film (cf spoilers), simplement il y'a peu à dire dessus.

Alice Devil

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #3 le: 01 juin 2014, 00:08:06 »
Down, étant donné que tu a l'air d'être le spécialiste concernant ce film, est ce qu'il ne ressemble pas trop au Tombeau des Lucioles? Je veux dire quand on regarde le chara-design et le synopsis (même s'il y a des variations), il y a quand même beaucoup de point commun! Surtout que bon, un film sur la seconde guerre mondial qui sort juste après le succès du Vent se lève, ça fait beaucoup de coïncidences qui me font hésiter à le voir au ciné.

Down

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #4 le: 01 juin 2014, 00:46:06 »
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Down, étant donné que tu a l'air d'être le spécialiste concernant ce film, est ce qu'il ne ressemble pas trop au Tombeau des Lucioles? Je veux dire quand on regarde le chara-design et le synopsis (même s'il y a des variations), il y a quand même beaucoup de point commun! Surtout que bon, un film sur la seconde guerre mondial qui sort juste après le succès du Vent se lève, ça fait beaucoup de coïncidences qui me font hésiter à le voir au ciné.

Euh, j'ai juste vu le film quoi. De là à faire de moi un expert >_> Surtout que malgré les ventes en salle malheureusement mauvaises pour l'instant (si vous voulez aller le voir c'est maintenant, la deuxième semaine il risque d'être déprogrammé dans un certain nombre de salles), les critiques sont globalement plus élogieuses que la mienne. (En même temps un de mes points de déception principaux, c'est par rapport à la nouvelle Ginga Tetsudou no Yoru que tout le monde n'a probablement pas lu)

Pour répondre à ta question, les films sont différents. Giovanni est dur mais tout de même rempli aussi de moments joyeux, qui sont à mon sens les meilleurs du film. Rien à voir avec le coté extrêmement implacable du Tombeau. Le chara-design a certes quelques similitudes, et quant au synopsis, ben... Seconde Guerre Mondiale, le Japon... Rien de très étonnant à ce qu'il s'agisse d'un thème récurrent. Il ne s'agit pas de surfer sur la vague Kaze Tachinu si c'est ce à quoi tu penses, la gestation de ce film dure depuis des années.
Tu peux lire cet article de blog qui parle aussi du film et qui est assez intéressant.

Isindu

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #5 le: 02 juin 2014, 22:52:24 »
Bon, vu :D

Tout d'abord je précise ma position vis à vis de la comparaison avec une production Ghibli. Ce que je n'aime pas dans cette allusion, c'est de sous-entendre qu'il y aurait des films qui se regardent tout seul (parce que ce sont des Ghibli ?), et d'autres qui se regardent par devoir. Aller voir ce film, ce serait avant tout soutenir l'animation dans les salles obscures japonaises. J'ai horreur de ça, car ça me place en tant que fan d'animation avant d'être un simple spectateur.


Et je rappelle que le Tombeau des Lucioles avait fait à l'époque 29 718 entrées en France, et que si Albator a fait plus de 700 000 entrées l'année dernière, rivalisant avec Le Vent se Lève, ce n'est pas pour rien. L'accessibilité de ce film, L'Île de Giovanni, est particulière, les appréhensions d'Alice Devil sont loin d'être gratuites.


Pour certains il s'agit d'un bon film, mais à voir pour soutenir la diffusion au cinéma.

Pour moi, ce film fait partie de ces films qui perdent énormément à être vu en dehors d'une salle obscure. Oui les moments merveilleux de la première partie du film sont touchants, j'ai vraiment eu du plaisir à voir ces scènes. Cette ambiance très joyeuse dans une époque d'occupation m'a fait penser à la Vie est Belle. D'ailleurs le tonton a le caractère bout en train de Benigni. Le premier acte nous immerge dans ce nouveau quotidien que se façonnent les deux petits japonais, mais l'immersion ne se fait que partiellement à cause du ton joyeux, et essentiellement en raison de la réalisation du film, et le fait qu'on soit dans une salle obscure pour profiter de cette magie.


Deux éléments de la réalisation sont vraiment remarquables. Tout d'abord le dessin et l'animation qui redonnent du sens au dessin animé, qui s'oppose au film d'animation. Il y a cette touche qui donne l'impression qu'on nous projette un dessin qui bouge sur le mur. Nous ne sommes pas dans cette illusion du réel, on nous raconte une histoire avec des dessins. C'est un peu la différence entre un jeu vidéo lambda en 2014 hyper-réaliste, et un Child of Light. Je rassure tout de suite pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, l'animation est très fluide, et nous ne sommes pas dans une animation trop spéciale. C'est juste que c'est posé, qu'on voit le coup de crayon, les personnages sont simples. La salle de cinéma est véritablement un lieu de projection, et non pas simplement une grande télévision. Avec ce film, vous n'êtes pas spectateur, vous êtes regardeur, on vous raconte à vous cette histoire qui est projetée.

Le deuxième point technique renforce cette narration si particulière qu'elle vaut d'être vue d'abord au cinéma. Les scènes sont très souvent des plongées ou des contre-plongées. Cette orientation est loin d'être ordinaire, et abuser de ce procédé provoque une expérience du cinéma bien différente de celle où la caméra nous place à la hauteur d'un simple spectateur. Le regardeur est un petit garçon, rasant le plancher, tout est grand, impressionnant, totalement immergé dans ce conte, il perd petit à petit ce regard extérieur pour participer avec ces enfants à cette nouvelle vie. La plongée, utilisée seule, aurait pu favoriser un côté spectaculaire, isoler le spectateur pour le laisser admirer avec détachement le spectacle. Or immergé, le regardeur est isolé, il n'est pas un personnage de l'histoire, on lui raconte l'histoire. C'est cette position qui est la sienne, car oui, être un petit garçon est absurde pour la plupart des spectateurs. Le but est simplement d'être vraiment attentif à l'histoire, et le cadre de la salle obscure est bien plus propre à cet objectif que notre canapé de salon.


Je voulais souligner ces deux points remarquables de ce film, même si c'est écrit maladroitement, afin de bien montrer que ce film fait tout pour qu'on ne soit pas complètement passifs et abrutis devant ce film. Ce film pose une ambiance dont on doit s'imprégner. Ce film vous montre quelque chose si vous arrivez à vous laisser emporter par cette magie qu'est le cinéma.

Je n'ai pas pris ce film comme une adaptation de la nouvelle Ginga Tetsudou no Yoru, et donc je n'ai pas fait attention particulièrement au sens du texte, surtout au début, et non plus je n'ai pas détecté d'éventuels écarts. Il est certain que connaitre ce texte avant d'aller voir ce film doit changer la donne.

Dernier point sur le fond du film alors que j'ai passé mon message à être plutôt sur la forme, le cadre historique de l'après-guerre est certes important, c'est lui qui amène les différents évènements et décors, mais ça ne reste qu'un cadre. Contrairement à un Vent se Lève ou un Tombeau des Lucioles, on ne nous raconte pas l'Histoire d'un point de vue particulier. L'ïle de Giovanni nous raconte l'histoire de deux frères japonais, qui se déroule durant une période historique particulière. Dans les deux autres films que je cite, on ne peut oublier le contexte historique, alors qu'ici oui, la seconde guerre mondiale n'est pas le sujet.

Down

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #6 le: 02 juin 2014, 23:30:32 »
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Tout d'abord je précise ma position vis à vis de la comparaison avec une production Ghibli. Ce que je n'aime pas dans cette allusion, c'est de sous-entendre qu'il y aurait des films qui se regardent tout seul (parce que ce sont des Ghibli ?), et d'autres qui se regardent par devoir. Aller voir ce film, ce serait avant tout soutenir l'animation dans les salles obscures japonaises. J'ai horreur de ça, car ça me place en tant que fan d'animation avant d'être un simple spectateur.

Pour certains il s'agit d'un bon film, mais à voir pour soutenir la diffusion au cinéma.

La raison pour laquelle je voulais encourager à aller voir ce film au cinéma, c'est d'abord parce qu'il est bon. Je ne me serais pas précipité pour dire aux gens d'aller voir Albator 2013 au cinéma.
Et une fois de plus je ne fais pas de scission ou de comparaison avec les Ghibli.

Ce que je veux dire c'est que puisque l'on a la chance d'avoir de l'animation japonaise non-Ghibli (parce que celle de Ghibli est toujours diffusée) qui sort en France, et puisque le film est bon, autant se bouger le cul et aller payer sa place de cinéma, plutôt qu'attendre que les blurays sortent et le voir sur son ordi. Rien de plus. Appelle ça un devoir de fan si tu veux, mais je ne soutiens pas qu'il faudrait se forcer à aller voir un film que l'on a pas envie de voir juste parce que l'on est fan, ou qu'il faut se placer en tant que fan avant d'être un spectateur, ou que sais-je encore.

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Je n'ai pas pris ce film comme une adaptation de la nouvelle Ginga Tetsudou no Yoru

Ça n'en est pas une, loin de là, ce qui est repris ce sont simplement ses réflexions (sur le sacrifice, sur le bonheur, sur la perte d'un être cher) et son symbolisme (le scorpion de feu, le train) mais rien n'est fait avec.

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Dernier point sur le fond du film alors que j'ai passé mon message à être plutôt sur la forme, le cadre historique de l'après-guerre est certes important, c'est lui qui amène les différents évènements et décors, mais ça ne reste qu'un cadre. Contrairement à un Vent se Lève ou un Tombeau des Lucioles, on ne nous raconte pas l'Histoire d'un point de vue particulier. L'ïle de Giovanni nous raconte l'histoire de deux frères japonais, qui se déroule durant une période historique particulière. Dans les deux autres films que je cite, on ne peut oublier le contexte historique, alors qu'ici oui, la seconde guerre mondiale n'est pas le sujet.

Entièrement d'accord. (Sauf peut-être sur Le Vent se Lève qui est particulièrement apolitique, désengagé et même détaché des évènements de la guerre)
J'ai vaguement tenté de l'expliquer mais très mal, je pense que ceci répond mieux à la question d'Alice.

Isindu

Re : L'Île de Giovanni
« Réponse #7 le: 02 juin 2014, 23:54:22 »
Down, je n'ai pas été direct dans ma réponse car cette comparaison avec du Ghibli, tu n'es pas le seul à le faire. Certes tu es le seul à l'avoir exprimée ici, mais ce n'est pas pour autant que la critique ne s'adresse forcément qu'à toi.


Les salles sont vides avec l'Île de Giovanni, alors qu'avec le Vent se Lève, j'avais eu une salle normalement remplie, ce n'est pas un hasard non plus. C'est un bon film, il faut aller le voir, c'est trop pauvre comme critique pour inciter à y aller. Je pense qu'une critique doit arriver à raconter une expérience. C'est pour ça que j'ai du mal à publier des critiques, arriver à être suffisamment objectif pour que la critique parle à l'autre, au lecteur, et suffisamment subjectif pour transmettre une expérience et pas juste une simple série de fait qui ne peuvent être des arguments.

Durant ce film, j'ai pleuré comme une madeleine, et pourtant je me marre à chaque mort dans Game of Throne. Pas un film ne m'avait déjà fait pleuré à ce point, mais est-ce une simple coïncidence ? Ou bien ce film sait parler aux émotions lorsqu'on s'est suffisamment immergé ?


Et puis on dit non-Ghibli, mais on pense tous très fort non-Hayao Myiazaki.