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Rendons à Cesare ce qui appartient à Cesare

» Critique du manga Cesare par Shizao le
30 Décembre 2014
Cesare - Screenshot #1

Avant de commencer Cesare j'avoue avoir hésité, pas sûr qu'un manga orienté politique et avec un charadesign très shojo puisse me plaire mais j'ai finalement sauté le pas, histoire de voir si le scénario et les dessins (mis à part le charadesign) pouvait me convaincre.

On découvre l'univers du manga à travers Angelo Da Canossa, un étudiant naïf qui s'apprête à rentrer à la prestigieuse université de Pise nommée La Sapienza. Justement en choisissant un personnage naïf, curieux et maladroit, l'auteure permet aux lecteurs de découvrir un contexte historique riche et vaste, un choix judicieux je dirais. Nous sommes en pleine période de la Renaissance, l'Italie baigne dans l'art et la religion... Cela inclut également la politique. Un aspect du manga qui est très bien présenté, si c'est un domaine qui a la réputation d'être ennuyeux, ça n'est pas le cas dans Cesare. Les relations entre différents politiciens ou hommes d'églises mènent à des machinations intrigantes et on ne peut qu'admirer l'intelligence de certains personnages : les guerres sont avant tout intellectuelles, il s'agit surtout d'obtenir ce que l'on veut de qui l'on veut tout en étant discret pour ne pas salir sa réputation et si tel est le cas, ne pas laisser de preuves derrière soi.

Cesare - Screenshot #2Angelo n'est clairement pas fait pour ça mais il se retrouve malgré lui emporté par cet environnement malsain et ce même à l'université qui est italienne certes mais a plusieurs groupes d'étudiants en son sein :

-L'association florentine (de Florence)
-L'association dominicaine (des italiens mystérieux, pas de vacanciers rentrés de République Dominicaine à l'horizon)
-L'association milanaise
-L'association napolitaine
-L'association vénitienne (de Venise)
-L'association espagnole
-L'association française
-L'association allemande

Chaque groupe a donc des relations plus ou moins amicales ou houleuses en fonction de la personnalité des individus qui les composent ou de leur culture. Si Cesare est une histoire à part entière, elle apporte aussi à son lecteur au niveau culturel : faits historiques, traditions... Angelo lui, fait partie de l'association florentine, chaque association a une identité qui lui est propre, par exemple les florentins sont réputés pour leur goût de l'élégance, des arts et de la lecture tandis que les français sont réputés pour être des guerriers conflictuels et très physiques (oui toi qui lit cette critique, on t'explique dans ce manga que t'es un fouille merde baraqué). Mis à part l'aspect découverte qu'apporte le personnage d'Angelo, il a également un côté comique, sa maladresse donne parfois lieu à des situations drôles et cela ne fait qu'accentuer sa naïveté au milieu d'autres étudiants bien instruits sur les différentes relations qu'entretiennent les leurs avec les étrangers.

Cesare - Screenshot #3Mais Angelo a une qualité similaire aux autres, il est bon orateur et ça c'est une vraie force dans le manga, nous ne sommes pas dans une série où les dialogues ne sont qu'un blabla interminable pour nous endormir et nous convaincre qu'il se passe des choses importantes, les personnages expriment des idées claires et raisonnent en fonction de leurs croyances pour justifier leurs actes, car après tout nous avons affaire à des étudiants, des gens actifs qui ne se contentent pas de parler et qui agissent également. Nous avons donc quelques scènes d'actions qui cadrent bien avec la fougue d'une population sous tension et ambitieuse.

Et Cesare Borgia dans tout ça ? Né d'un père espagnol et d'une mère italienne, sa famille est au coeur d'un scandale, après tout, Rodrigo Borgia est un cardinal qui aspire à devenir pape, pourtant ce dernier a un enfant et la dénommée Vannozza Cattanei a eu l'audace de garder l'enfant. Pour limiter la casse, le père Borgia laisse son fils à sa compagne et la marie à un autre homme pour que Cesare ait un père. Cependant il va se raviser et décide de récupérer Cesare pour exploiter son potentiel. Déjà à la Sapienza au début du manga, on nous dresse le portrait d'un jeune homme intelligent, cultivé et sportif qui a du succès auprès des femmes. Cependant, les auteurs n'en ont pas fait un personnage parfait et c'est bien ça qui le rend intéressant, Cesare n'est pas une machine qui piétine n'importe qui avec facilité, il a beau avoir un statut et de grandes qualités, il devra ruser et rester fort à la fois mentalement et physiquement pour atteindre ses objectifs.

Cesare - Screenshot #4Car concrètement, quel est l'objectif dans ce manga ? Le pouvoir. Ce mot laisse souvent penser à un manque d'originalité, un terme vague qui justifie les combats, cependant, la série a une intrigue mature et nous pouvons voir que le pouvoir peut s'obtenir sous différentes formes, pour différentes raisons : religion, argent, satisfaction personnelle... Des raisons humaines qui justifient cette lutte que mène Cesare Borgia et tant d'autres. Et pour ça il n'y a pas à dire, Cesare a un don, dans la façon d'exprimer ses idées, de les appliquer, dans sa façon de raisonner face à une situation dangereuse ou d'aborder un sujet délicat, il a bien souvent une réponse convaincante, si bien que l'admiration ou la crainte dont font preuve certains personnages à son égard paraissent logique. L'héritier Borgia est instruit et sa culture générale s'emboite logiquement avec le monde qui l'entoure comme une pièce d'un puzzle, après l'ignorance d'Angelo, il y a le savoir de Cesare. Un savoir qui n'est évidemment pas parfait mais nous permet en tant que lecteurs d'avoir un point de vue complet sur l'univers de la série, ne serait-ce que Pise qui déjà propose un contenu très vaste et intéressant. On découvre ainsi qui côtoie telle personne pour telle raison ou qui évite telle personne pour telle raison, et tout cela présenté de façon simple pour immerger rapidement le lecteur dans l'histoire. C'est d'autant plus appréciable que la présentation des différentes relations entre les personnages ne m'ont pas donné une impression de curiosité mal placée mais plutôt celle d'une introduction des enjeux de l'Italie de la Renaissance.

Cesare - Screenshot #5Abordons maintenant le gros point fort de Cesare : les décors. Souryo Furumi s'est tout simplement surpassée et ça n'est pas un hasard, on sent à travers l'architecture et l'ambiance du manga que l'auteure a travaillée dure pour dessiner de telles planches, et dans un manga comme celui-ci, le dessin prend d'autant plus d'importance car comme dit plus haut, la période évoquée est celle de la Renaissance, l'art y prend donc une grande place et comment justifier les éloges des personnages sans les dessins qui vont avec ? Que ça soit les tableaux, les bâtiments, les fleuves, les ponts, les rues... On peut passer d'une ambiance sombre à un véritable étalage d'oeuvres d'arts. Les plans d'ensemble sur la ville de Pise sont magnifiques par exemple.

Outre Pise, le manga nous mène vers d'autres villes comme Florence ou Rome, en plus de dessins réalistes, le niveau ne faiblit pas d'une ville à une autre et c'est appréciable, après tout ce sont des villes italiennes réputées pour leur beauté qui sont surtout mises en avant et en tant que lecteur la possibilité de profiter de décors bien dessinés reste intacte et tant mieux. Si l'auteure a pu donner une vraie dimension artistique à son univers, c'est aussi grâce à l'apport de Motoaki Hara, spécialiste en littérature et histoire italienne qui fournit tout son savoir pour donner au manga le réalisme dont il a besoin pour être un manga historique digne de ce nom, que ça soit au niveau des décors ou du scénario. Un duo complémentaire qui apporte un équilibre indispensable à la qualité de l'intrigue.

En somme Cesare combine habilement histoire, décors incroyables et des personnages intelligents qui attirent l'attention de par leurs parcours, leurs idées, leurs actes... Avec un rythme bien mené, le manga garde le lecteur sous tension et accélère parfois le rythme tout en attisant sa curiosité sur son univers via son contenu riche tant au niveau de ses dessins que de ses références. Pour ma part ça reste l'un des mangas les mieux dessinés que j'ai pu lire et l'intrigue me parait prometteuse étant donné que l'ascension des Borgia semble être encore longue.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Shizao, inscrit depuis le 28/12/2014.
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