Et vous, comment vivrez-vous?

» Critique de l'anime Le Garçon et le Héron par Matchoss le
01 Novembre 2023

Le voilà arrivé, le nouveau film de Hayao Miyazaki après une longue attente pleine d’incertitude. Ce fut une production singulière même pour le studio Ghibli. C’est un projet de cœur pour le Maître et le studio l’a laissé faire en n’imposant pas de contrainte temporelle pour la sortie du film. Il est sorti quand il était prêt. Autre spécificité, le studio a décidé de ne pas faire de promotion avant la sortie du film au Japon, ne révélant qu’une affiche énigmatique. Une méthode qui va à l’encontre des pratiques marketing actuelles du milieu du cinéma mais qui a sans doute permis au studio d’économiser suite à ses difficultés financières. Mais bon, je ne vais pas parler de l'industrie de l'animation même si c'est passionnant, je laisserais les experts le faire et je retourne à ma critique.

Je vous le dis tout de suite, ce film va sans doute diviser les spectateurs. C’est un film que certains vont qualifier de complexe dont la thématique principale n’est pas très claire ou accessible. D’autres seront ravis de voir un film qui fourmille de références aux autres œuvres de Miyazaki, d’y trouver des messages chers aux réalisateurs dans de nombreuses scènes. C’est un film qui va faire plaisir à ceux qui aiment décortiquer et analyser les propos, bref, un film plutôt porté sur l’intellectuel que l’émotionnel. Je peux me fourvoyer, mais c’est le sentiment que j’ai eu pendant ma séance, peut-être que ça vient aussi de mes attentes vu que je n'avais même pas regarder la bande-annonce avant de le voir. Je pense qu'il est préférable de connaitre les œuvres pour apprécier le film au risque d'être un peu submergé par tous les thèmes qu'il aborde.

Par ailleurs, le titre occidental est un peu un piège pour le spectateur, Le Garçon et le Héron. On s’attend à ce que la relation soit au centre du film, que l’on ai une complicité qui s’établit. Mais ce n’est pas le sujet du film. Le titre japonais se traduit par “Et vous, comment vivrez-vous ?” et nous vient du livre éponyme de Yoshino Genzaburo qui a inspiré le film. C’est un titre peu vendeur pour les distributeurs occidentaux quand on a même pas une bande-annonce à se mettre sous la main pour signer les contrats. Mais, il est l’essence du film. Nous sommes dans un parcours initiatique où l’on interroge ce que l’on veut devenir et comment l’on veut changer le monde. Cela demande un travail introspectif et le Héron ne fait qu’accompagner notre jeune Mahito à travers ce voyage intérieur.

Cette œuvre est traversée de nombreuses références et thématiques propres à la filmographie de Miyazaki. Il y en a tant qu’il me semble préférable de la connaître pour faciliter la compréhension du film. C’est un peu un bouquet final, on y a de tout, on en prend plein les yeux mais on a pas le temps de s’attarder sur chaque détail. Il y a le lien avec Chihiro (ou Kiki) qui est assez évident sur le déroulé de l’histoire et la quête de soi. Les préoccupations pacifiques et les dérives totalitaires que l’on peut voir sur un Vent se lève ou un Château dans le Ciel. On aborde aussi les problématiques environnementales d’un Nausicaa ou d’un Princesse Mononoke avec ses équilibres écologiques délicats. On retrouve aussi les adultes à côté de la plaque avec le père de Mahito qui nous fait penser aux parents de Chihiro. On aborde aussi beaucoup le deuil avec le Garçon et le Héron. Bien sûr des éléments font aussi penser à d’autres œuvres comme le Roi et l’Oiseau avec ce héron taquin et son univers labyrinthique. Mais, on ne peut pas dire qu’une nouvelle thématique émerge réellement, peut-être l’idée de la transmission qui occupe la fin du film et qui est plus mise en avant que dans le reste de sa filmographie, même si Porco Rosso le met en avant.

Evidemment, cela fait beaucoup d’éléments à aborder, le film est de ce fait plutôt long. Mais, la qualité de la narration fait que l’on ne voit pas le temps passer. Le récit est découpé en de nombreux tableaux qui se succèdent par un changement de lieu. Chaque lieu à sa thématique propre et ses visuels. Je pense notamment à la scène d’ouverture qui se déroule à Tokyo qui est splendide, on est en plein drame, tout est sombre, trouble, étouffant. Cela me fait beaucoup penser à la représentation de la dépression dans March Comes in like a Lion. C’est prenant. On fait face au deuil de notre jeune protagoniste et c’est dur. Mais à côté, on a aussi des passages plus lumineux avec la découverte d’un nouveau monde avec cette végétation qui recouvre ruines et bateaux.
Certains trouvent que le récit est un peu fouillis. Je dirais juste que Miyazki fait du cinéma, il ne va pas faire d’exposition pour nous expliquer ce qu’il se passe. Ils nous montrent les choses et c’est suffisant généralement. Si cela ne l’est pas, les personnages auront une conversation sur le sujet, mais je ne crois pas que l’on ait besoin de plus. En tout cas, je ne me suis pas senti perdu dans l’intrigue.

Le film est plutôt sombre dans l’ensemble, ça se reflète par les visuels comme dit plus haut, mais aussi par la musique. Du coup, j’ai eu un peu de mal à accrocher sur cet aspect. Elle place très bien l’ambiance mais je ne suis pas sûr de vouloir l’écouter à l’occasion.
En terme technique l’animation est excellente, au niveau attendu pour un film d’animation de premier plan. Les personnages sont expressifs, les créatures sont vivantes et ont un poids. La démarche du héron est une véritable réussite, c’est toujours magique de voir en animation le réel aussi bien retranscrit.

Mon gros reproche au film est peut-être très personnel. Je n’ai pas réussi à entrer en empathie avec le jeune Mahito. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les personnages peu loquaces. Il est toujours sur la réserve, un peu vindicatif et pas spécialement gentil. C’est d’ailleurs assez original de ce point de vue, il n’est pas un héros que l’on a déjà vu chez Ghibli. Je comprends le personnage,ses décisions, son comportement mais je n'arrive pas à m’attacher. Et lorsqu’arrive la conclusion et qu’il commence à s’ouvrir et bien je trouve que ça sonne un peu faux. J’ai aussi un peu le même problème avec le personnage du Héron dont on a beaucoup de mal à situer les intentions au début tellement ses actes peuvent sembler contradictoires. Par contre, comme toujours, les personnages féminins sont impeccables, bien incarnés. J’adore particulièrement le groupe des petites vieilles qu’on croirait sortir de Ponyo.
Du coup, avec ce détachement vis à vis des protagonistes, je n’ai pas trop été ému par le film. Le dénouement qui est bien amené et nous donne une belle leçon de vie n’a pas réussi à m’émouvoir et à m’émerveiller. Et c’est quelque chose qui n’est pas habituel quand je regarde un Ghibli. Je n’étais peut-être pas dans le bon état d’esprit en allant voir le film. Je l’ai peut-être trop analysé au lieu de profiter du spectacle. Mais, bon quand on me propose un univers complexe avec ses propres règles, je ne peux pas m'empêcher d’essayer d’en démonter les rouages.
C’est un film maîtrisé, complet mais qui n’a pas su faire ressortir les émotions que je ressens habituellement face au merveilleux à la sauce Ghibli.

En conclusion, il va falloir que j’aille le revoir pour mieux le vivre et laisser les émotions me guider. Un choix de vie que je vous conseille de suivre dans les prochains jours…

Et vous, comment vivrez-vous?

-Matchoss-

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Matchoss, inscrit depuis le 15/03/2021.
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