Kakegurui - Une fois n'est pas coutume

» Critique de l'anime Gambling School par Red Slaughterer le
05 Novembre 2017
Gambling School - Screenshot #1

S'il y a une caractéristique notable de l'animation et de la bande dessinée japonaise, c'est bien cette capacité à se réapproprier sans cesse sa propre production. De cette manière, ce qui a constitué la spécificité d'une œuvre un jour peut devenir un courant à part entière au bout de quelques années. A cause de ça, une catégorisation trop générale est souvent très faillible et peine à mettre en évidence les particularités d'une œuvre spécifique. Par conséquent, il n'est pas rare de voir des séries jugées sur la base des clichés employés et de la conformité ou non avec ce qu'on serait en mesure de s'attendre d'un intrigue de ce type. C'est un peu ce qui est arrivé à Kakegurui cette saison, qui a été globalement reçu comme un potentiel successeur de Kaiji. Mais était-ce vraiment son ambition pour commencer ?

L'histoire se déroule dans l'école privée Hyakkaô, un établissement réservé à l'élite financière du pays. Mais loin d'être une simple école, les élève y sont évalués sur leurs capacités à prendre des risques et le plus de fortune possible à l'aide de jeux d'argents organisé en plus des cours. Mais suite à l'ascension de Kirari Momobami au conseil des élèves les choses vont vitre prendre une tournure plus extrême : un système de hiérarchie des étudiants est mis en place autorisant les élèves ayant plus de succès à traiter ceux endettés envers l'école comme des animaux de compagnie.

Gambling School - Screenshot #2C'est dans ce contexte qu'arrive Jabami Yumeko, une nouvelle élève a priori complètement ignorante de toutes les règles qu'impliquent sa nouvelle école et qui va rapidement être la cible de ses camarades qui voient en elle une cible facile. Heureusement pour elle, Yumeko n'est pas aussi naïve qu'elle en a l'air lorsqu'il s'agit de jeux d'argent. Malheureusement pour ses adversaires elle se révèle même être une parieuse compulsive (kakegurui en japonais) qui ne joue que pour le frisson de miser des sommes indécentes dans des jeux de hasard. Et par dessus tout, elle adore entraîner ses adversaires dans ces jeux déments.

D'une certaine manière, la structure de Kakegurui est exactement celle à laquelle on peut s'attendre d'un titre pareil. Yumeko affronte différents personnages un par un avec des jeux aux règles plus ou moins simple mais souvent modifiées pour laisser la place à tous les coups tordus et tricheries imaginables. Si on devait rapprocher ce titre là d'un autre ce serait sans doute Gamble Fish dont les prémices sont très similaires, jusqu'au déroulement de certains jeux et sous-intrigues. Mais ce qui devient plus intéressant, ce sont les différences entre les deux. Si Gamble Fish donne vite des objectifs concrets et un arch-némésis à son personnage principal, Yumeko donne plus l'impression de se laisser porter par les événements. Habituellement, c'est un défaut rédhibitoire pour une intrigue d'avoir un personnage principal qui semble subir l'intrigue mais le personnage de Yumeko n'est pas vraiment habituel.

Gambling School - Screenshot #3Tout au long de la série, elle ne semble nourrir aucune autre ambition que de chercher un jeu dans lequel elle pourrait s'amuser tel qu'elle l'entend, c'est-à-dire des jeux de pur hasard, sans limite et sans filet de sécurité. Et c'est bien une des premières incongruités de Kakegurui : les adversaires de Yumeko trichent tous, tandis que de son côté Yumeko fait tout son possible pour recréer de situations les plus risquées possibles, y compris pour elle-même. Étrangement, ça fait de Kakegurui la série qui parle plus de jeux de hasard parmi toutes celles qui parlent de jeux de hasard tout en faisant exactement l'opposé de ce que tout le monde s’attend à y voir pour autant. L'attraction principale de ce genre de série et le point d'orgue de chaque affrontement se concentrent dans les plans que le personnage principal met en œuvre pour s'en sortir. Mais ici, le jeu finit invariablement par tomber des mains de participants. Et dans ces situations, ce sont les plans de dernière minute et la recherche d'une victoire assurée qui pousse les joueurs à leur propre échec.

Car s'il y une autre chose très visible tout au long de cette histoire, ce sont les valeurs qu'elle prône. soit très peu d'amitié et encore moins de compassion. Kakegurui est profondément amoral sans être plus malsain que ce qu'on pourrait s'attendre avec une série où des gosses de riches jouent leur fierté dans des jeux d'argent. Certains ont reproché à la série de manquer d'enjeux réellement intéressants, ce qui se défend assez facilement, mais on situe toujours dans la même contradiction que pour le déroulement des jeux eux-mêmes. La série met en scène deux catégories de personnages, ceux qui jouent pour servir leurs ambitions et ceux qui jouent pour le plaisir de jouer, sans qu'ils soient systématiquement antagonistes et complément cloisonnés à l'un ou l'autre. L'absence d'enjeu est plutôt une absence d'ordre moral dans les affrontements, ce qui est complètement en accord avec ce que la série raconte. Et c'est la comparaison avec Kaiji peut devenir intéressante.

Gambling School - Screenshot #4Pour les trois du fonds qui suivent pas, Gyakkyô Burai Kaiji parle d'un type raté et criblé de dettes qui va se voir offrir la chance de se remettre sur rails en participant à des paris clandestins organisés par les yakuza, ce qui ne se révélera évidement pas être autant une chance qu'il ne l'espérait. Tout l'intérêt de la série venait du fait qu'elle était une fable sociale dont le propos est incroyablement clair : une fois confronté à sa misère sans qu'il ne puisse y trouver d'échappatoire, Kaiji utilise toute son ingéniosité pour survivre. Mais chaque tentative d'accomplir quelque chose de plus, ou même de reprendre sa vie en main, se solde par un échec. Tout ça raconte l'idée d'un rapport des forces complètement disproportionné, les réels antagonistes de Kaiji sont intouchables parce qu'ils sont d'une classe sociale trop élevée et même dans ses victoires Kaiji fait d'autres personnes qui sont finalement sous le joug de quelqu'un d'autre. Derrière les jeux d'argent et la tension du récit, il y a un sujet social qui donne leur ampleur aux événements de la série. Mais qu'en est-il de Kakegurui ?

Gambling School - Screenshot #5A l’exact opposé, on débute l'histoire dans une école pour adolescents fortunés et ce prétexte aboutit sur l'idée que tout est possible juste parce qu'elle appartient à une classe trop au-dessus de la société. D'une certaine manière, Kakegurui se déroule entre des personnages qui seraient des antagonistes de Kaiji. Et dans ce milieu, le conflits qui agitent les personnages d'une série comme Kaiji n'existent pas, leur survie n'est généralement pas remise en cause par le prochain jeu de carte auquel ils vont participer (ça peut l'être parfois, mais de manière trop théâtrale pour être réellement crédible). Un des pires scénarios envisagé par la série finit par se résumer à vivre sa vie entière dans le confort selon un plan décidé à l'avance à la place des personnages. Dès lors, l'enjeu n'est pas réellement absent, il se situe juste ailleurs : tout est une question d’ego. Et c'est là que se situe le vrai sujet de la série ; pas celui de savoir si Yumeko va gagner ou non mais la manière dont la chute de ses adversaires va finir par provoquer de violents élan d'orgueil là où ils semblaient se reposer sur leurs victoires passées jusque là. Et je pense que ce sont ces scènes qui donnent la véritable ligne directrice de cette série, qui se termine d'ailleurs au meilleur moment possible au vu de son thème.

En définitive, Kakegurui est une réussite triomphante. Bien que l’œuvre d'origine ne soit pas
aussi pertinente que ce que pourrait écrire Nobuyuki Fukumoto, elle garde assez de sens pour ne pas être vaine et c'est certainement pour ça que c'est bien plus un sujet de discussion que Shitsurakuen qui partait d'un postulat similaire avec un thème beaucoup plus brûlant. Le travail d'adaptation et de mise en scène est incroyablement réussit, même les séquences les plus douteuses où la démence de Yumeko débouche sur des longs orgasmes ne sont pas plus vulgaires que nécessaire et se fondent parfaitement ce que la série raconte et la manière dont elle le fait. A ce titre, beaucoup des reproches qui lui ont été fait à cause de comparaisons finalement moins pertinentes qu'elles en avaient l'air ont participé à lui donner une assez mauvaise image. Mais avec le temps et au fur et à mesure que le contexte de diffusion s'éloigne, les attentes vont certainement s'aligner plus correctement ces capacités de Kakegurui, comme ces séries qu'on regarde des années après leur diffusion malgré l'impression négative qu'elles dégagent pour finalement passer un bon moment.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Red Slaughterer, inscrit depuis le 30/12/2009.
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