Mad Bull 34 : Mad Bull donne des ailes !

» Critique de l'anime Mad Bull par Deluxe Fan le
10 Janvier 2013

New York dans les années 1980.
La ville vit dans la tension et la crainte. Partout le crime prospère et la liste des victimes s’allonge. De la petite délinquance aux plus grands réseaux mafieux en passant par les psychopathes assassins, le tissu criminel s’épaissit de jour en jour.
Mais l’espoir n’est pas perdu. Un homme, officier de police au
34th precinct, a voué sa vie à lutter contre la vermine qui gangrène nos rues. Cet homme, les criminels le connaissent et lui ont donné un nom : MAD BULL.

On pourrait imaginer Mad Bull 34 comme un anime policier old-school, reprenant le genre « film de gangster » que le cinéma américain a exploité pendant longtemps. C’est effectivement le cas, mais bien loin de se cantonner à ce qu’on attendait de lui, Mad Bull 34 offre une expérience complètement bizarre et indéfinissable.

Adapté d’un manga disparu dans les limbes de l’Histoire, Mad Bull 34 est une série de quatre OAV réalisés par Satoshi Dezaki (le frère de Osamu Dezaki, pour l’anecdote). Ils racontent comment John Esties (a.k.a. « Sleepy/Mad Bull ») et son jeune partenaire Daizaburo vont lutter contre diverses manifestations du crime à New York. Le premier épisode les confrontera à un proxénète violent ; le second les amènera à aider la jolie détective Perrine dans sa lutte contre la mafia ; le troisième les opposera à divers gangs d’assassins visant une journaliste engagée ; le quatrième… je préfère ne pas en parler.

Cet anime est sorti sous forme d’OAV ; un format aujourd’hui désuet, et qui permettait notamment de sortir des animes qui n’auraient pas pu être diffusés à la télé, tels que ceux contenant un haut niveau de violence graphique, de sexe, ou de vulgarité. Mad Bull 34 entre dans toutes ces catégories.
Il ne faut pas attendre les trois premières minutes du premier épisode pour voir une femme se faire violer et un type se faire exploser la tête (littéralement) à coups de flingue. TOUTES les femmes que l’on voit dans la série finissent à poil à un moment où à un autre, et les scènes de cul ou de viol interviennent inopinément. Le gore est aussi de la partie, puisque les scènes d’actions finiront souvent avec des têtes ou d’autres membres qui volent, quand ce n’est pas pour éclater façon Ken le Survivant.
J’admets sans problème être assez client des animes utilisant la violence graphique comme élément de caractérisation d’une ambiance sombre/adulte/mature/whatever. Mais dans ses excès, Mad Bull 34 a franchi la ligne rouge.

Dès le premier épisode, Mad Bull utilise la violence pour arrêter les criminels, et n’a aucun problème à les tuer de sang-froid. Il lui suffira de prendre le suspect sur le fait pour le liquider sans sommation, le tout souligné par des gerbes de sang et autres effets bien gores. Cela m’a posé un problème de conscience, dans la mesure où je ne peux pas cautionner un « héros » qui abat ses cibles comme un boucher. D’autant que ce héros-là porte l’uniforme de la police, c’est-à-dire qu’il est dépositaire de l’ordre public et de la Loi. Alors bien sûr, l’anime utilise des pirouettes pour nous expliquer que les criminels sont de toute façon très méchants et que si ce n’est pas nous qui tirons les premiers, ben eux ne se seraient pas gêné pour le faire. Oui mais non. Comme tout citoyen, le policier peut se résoudre à utiliser la force s’il est attaqué et qu’il n’a aucun autre moyen de se défendre (principe de la légitime défense) ; mais un policier qui abat un individu qui ne le menaçait même pas, ça s’apparente plutôt pour moi à un homicide.
Dans le même temps, on nous montre que notre héros fréquente régulièrement des prostituées, dont il profite de leurs services avant de leur extorquer de l’argent ; cet argent étant destiné à payer un foyer de femmes battues… Après tout, voler les putes, si c'est pour la bonne cause, pourquoi pas ?

Je ne m’attends pas spécialement à retrouver une rigueur juridique dans les animes japonais (surtout quand ceux-ci ne semblent pas vraiment s’être documentés sur le fonctionnement du droit pénal américain) mais c’est autre chose quand l’anime essaye de justifier l’attitude pas vraiment justifiable de son personnage principal. En effet, à un moment un représentant des Affaires Internes interroge Mad Bull sur son comportement violent ; mais Daizaburo vole à son secours en expliquant que son partenaire a fait ce qu’il fallait faire, que la police a besoin d’hommes de valeur comme lui et que les bureaucrates qui enquêtent sur la corruption des flics ne servent en fait qu’à aider les criminels et les voyous. Et bien sûr, l’argumentaire du jeune flic débutant convainc le chef de la police qui blanchit Mad Bull en lui reconnaissant ses indispensables qualités en tant que représentant de la Loi.

Wait, what ?

C’est à ce moment précis (nous sommes toujours au premier épisode) que je me suis sincèrement demandé si, déguisé en divertissement bas de gamme pour adultes, cet anime n’essayait pas de distiller une idéologie nauséabonde.

Il s’avère par la suite que cet anime est à côté de la plaque à tous les niveaux, que ce soit dans les contradictions de son histoire ou dans l’invraisemblance de ses rebondissements. Les épisodes suivants vont crescendo dans le fantasque, quittant l’aspect polar pour se contenter de l’action, parfois agrémentée d’une touche SF aussi inutile que déplacée.
Le pire vient sans doute des personnages, ils sont en très petit nombre, et l’écriture minable tue dans l’œuf leurs chances d’être un minimum attachants. Pour le protagoniste Mad Bull, j’en ai parlé plus haut : difficile d’avoir de la sympathie pour ce flic dont le respect de l’uniforme s’exprime en allant aux putes et en butant des voyous. Pour Daizaburo, il devrait être dans son rôle de contrepoids, mais il s’efface trop rapidement dans l’ombre de Mad Bull dont il ne devient plus qu’un faire-valoir. Quant à Perrine, elle est présentée comme une femme de fort caractère et de talent, mais le récit la transforme en une amoureuse transie dont la contribution à l’histoire se résume à une paire de boobs.

La réalisation technique ne vient pas sauver le sabotage de l’histoire, avec un chara-design moyen, des décors très moyens et une animation dépassée. La musique est difficilement supportable et le doublage US pour lequel j'ai opté n’aide pas à l’immersion dans ce New York décidément peu attractif.

Je réalise cette critique non pas pour faire du « bashing » comme certains le disent de moi, mais pour exprimer mon amère déception ; j’ai commencé cet anime en espérant mettre une bonne note et faire découvrir une perle oubliée. Mais là où le premier épisode, malgré son propos puant, avait réussi à m’accrocher par son ambiance sale et exagérée, le reste plonge dans les abysses de la médiocrité jusqu’à un épisode 4 qui m’aura fait hurler des jurons devant mon écran. Par la suite j’ai lu cette critique au vitriol d’ANN qui classe cette production comme une « ordure enterrée ». Ma seule faute aura donc été d’avoir creusé au mauvais endroit...

Les plus
- Ambiance érotique et ultra-violente assumée
- Les combats over the top

Les moins
- Propos inacceptable
- Histoire en roue libre passé le premier épisode
- Réalisation vieillotte
- L'épisode 4, ce monument du nanar

(et afin d'être tout à fait en accord avec le principe d'égalité des armes, je vous renvoie vers une autre critique plus élogieuse que la mienne)

Verdict :4/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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