Journal d'une Disparition

Informations générales
- Auteur: Azuma Hideo
- Origine: Japon
- Année de création: 2005
- Titre original: Shissô Nikki
- Nombre de volumes: 1
- AKA:
- - 失踪日記
- - Shissou Nikki
- - Disappearance Diary
- - The Great Escape of the Comic Book Writer
- Relations: 1 fiche en relation
Version française
- Licencié: oui
- Titre français: Journal d'une Disparition
- Editeur: Made in (Kana)
Synopsis
L'histoire vraie de l'auteur lui-même : comment un jour, pour des raisons obscures, il a décidé de plaquer son travail et de fuguer, devenant ainsi un sans-abri.
Synopsis soumis par watanuki
#Par emilie le 27/06/2010 à 05:08
Journal d'une disparition porte exactement bien son nom. Ce manga autobiographique d'Hideo Azuma nous plonge sans préambules dans des périodes plus que noires de sa vie. Comment l'auteur décide de disparaître du jour au lendemain ne nous est pas directement expliqué, on plonge dès les premières pages dans sa vie de clochard avec le premier "chapitre" : Marcher dans la nuit. Suivront ensuite "marcher dans la ville" et "le pavillon des alcooliques".
Le point le plus fort de ce manga est que l'auteur nous parle de tout ceci avec une légèreté presque indécente. Le tout servi par son style de dessin tout rondouillard, mignon. On se perd un peu au début dans le propos. Ce type de narration et ce type de dessin empêchent quelque peu le lecteur, au départ, de comprendre la portée de cette disparition et la dureté intense de la vie dehors.
La nonchalance du propos nous fait presque oublier qu'à des moments il dort dehors sous la neige par exemple, et qu'il est passé plusieurs fois proche de la mort.
On a l'impression de lire une histoire alors que l'on parle ici de sa vie.
Bien que son style de dessin soit rondouillard et mignon montrant une envie d'échapper à la retranscription réelle de sa vie à ce moment là, il n'en reste pas moins qu'Azuma maîtrise parfaitement son style et le découpage des cases. On se retrouve ainsi très vite emporté dans son récit, qui se veut finalement très rythmé.
Une histoire peu reluisante, l'auteur ne nous ayant épargné que peu de choses sur sa vie à ce moment là, bien qu'il dise lui-même ne pas avoir tout raconté. Mais beaucoup de portraits justes, honnêtes, des gens qu'il a pu croiser, pour ne pas nous faire oublier la situation sans jamais vraiment juger.
Il finira aussi par nous expliquer pourquoi il a fugué. Nous montrant l'envers du décor du travail de mangaka, qui des fois, craque sous la pression. Expliquant à quoi peuvent correspondre des travaux différents pour plusieurs magazine en transcrivant cela en nombre de pages par jour, tout en n'oubliant pas de nous présenter la pression des éditeurs. Une bonne explication pour les gens qui peuvent encore râler après ce qu'ils pensent être la lenteur de sortie des chapitres de manga.
Il n'omet pas non plus ces passages où il pense ne plus savoir dessiner, et ces moments où le manga n'est plus une passion pour lui mais un travail.
Vraiment, ce manga est un portrait qui amène à réfléchir, il est juste, humble, fait sourire aussi et est très réussi au niveau du travail de mangaka.
À souligner aussi, une discussion avec Tori Miki, auteur ayant cosigné le scénario de Patablor, à la fin du tome, fort intéressante. Nous permettant de plonger un peu plus dans ce manga et dans le recul qu'a l'auteur de tout ceci.
#Par El Nounourso le 16/07/2009 à 01:34
Nous avons là un récit autobiographique bizarrement construit car absolument pas chronologique. L'auteur a simplement choisi de nous présenter différentes périodes clés de sa vie d'adulte : sa fugue suivie d'une existence de sans-abri, son boulot d'ouvrier du gaz, celui de mangaka overbooké et enfin, cerise sur le gâteau, son séjour en hôpital psychiatrique pour alcoolisme.
Glauque ? En fait pas de tout, le trait rondouillard du dessin et la légèreté du ton atténuent véritablement la gravité du propos. Paradoxalement, ce refus de virer au tragique renforce un récit finalement très honnête, drôle, authentique... et d'autant plus poignant. Même s'il avoue ne pas avoir tout raconté (un brin d'auto-censure donc), l'auteur n'hésite à déballer des anecdotes peu glorieuses sur sa personne.
Mon seul véritable regret concerne l'édition française qui s'emmêle un peu les pinceaux en plaçant certains pages au mauvais endroit avec parfois même d'importants doublons de planches. Ca fait un peu tâche et j'espère que des rééditions ont corrigé ce souci. Il n'empêche que je conseille évidemment cet excellent Journal d'une Disparition.
#Par watanuki le 26/02/2007 à 23:39
Un trait rond à mi-chemin de Mizuki et de Tezuka, un découpage rigoureux des planches, Journal d'une Disparition se présente de manière impeccable et séduisante, mais aussi très trompeuse : ce trait particulier ne laisse pas transparaître la teneur du propos, qui est autrement compliquée.
Ce Journal nous narre l'histoire du mangaka lui-même, Hideo Azuma, alors qu'un jour il a tout bonnement laissé tombé son travail pour disparaître dans la nature. A la lecture d'un pareil synopsis, on s'exclame intérieurement, on prend position et on juge sans appel : c'est un taré, un dépressif, un faible, ce manga va être insoutenable et pathétique, voire révoltant.
Ce n'est absolument pas le cas.
La narration parfaite piège d'entrée de de jeu le lecteur : rien ne nous est expliqué, nous pénétrons sans explication dans la partie la moins glorieuse de l'histoire. Cette section intitulée "Marcher dans la nuit" met en scène Azuma alors qu'il est un sans-abri : planche après planche, le dessinateur nous décrit son quotidien par le détail, comment il se nourrit, comment il dort, comment il "fait caca", alors même que tout le long de ces pages une seule question nous taraude : Pourquoi ? Le mangaka sait parfaitement que le meilleur moyen de rebuter le lecteur serait de commencer par le commencement, et de donner un arrière-plan psychologique geignard à cette terrible errance.
Débuter l'histoire alors que le drame psychologique a déjà eu lieu lui permet de couper l'herbe sous le pied à tout préjugé, et d'éviter à l'auteur de se victimiser. Ce manga n'est pas pudique, au contraire : nous saurons tout des désordres physiques (et plus tard psychologiques) de l'auteur, et ce ne serait pas rendre justice au mangaka de lui reconnaître cette élégance pudique qui déplace tant les foules à l'heure actuelle. Pareillement, le misérabilisme est totalement absent de cette section : Azuma possède un regard d'une lucidité incroyable (en tout cas par rapport à nos a priori de départ), et le regard distancié qu'il porte sur lui-même lui permet de sourire au sujet de sa situation tout en nous évitant les situations les plus dégradantes qu'il a pu connaître : c'est un fort sentiment de dignité qui le guide, bien plus qu'une pudeur de mauvais aloi.
La seconde partie, "Marcher dans la Ville", décrit Azuma alors qu'il trouve un emploi dans le gaz : cette partie nous décrit de manière technique ce en quoi consistait son travail. Ce n'est qu'à la fin de cette partie que le mangaka entame la narration de ce qui l'a poussé à faire cette fugue. Enfin arrive la dernière partie, "Le pavillon des alcooliques". De ces deux parties ressort un humanisme qui force l'admiration. A aucun moment l'auteur ne se départit de cette capacité à tout envisager sous différents plans. Fait marquant, que ce soit dans son métier d'ouvrier du gaz, ou dans sa situation d'alcoolique interné dans un hôpital psychiatrique, Azuma prend soin de se décrire au sein d'un groupe social formé par la force des choses : équipes d'ouvriers obligés de cohabiter, malades partageant sa chambre, ou cercle des alcooliques anonymes, le mangaka ne se fait pas la seule pâture de cette oeuvre auto-biographique, et il croque avec la même acuité et le même humour des portraits pas toujours reluisants, mais profondément humains.
Cette mise en situation au sein d'un groupe permet de mettre en valeur ce don qu'a l'auteur d'accepter la règle du jeu sans se départir de son esprit critique : à aucun moment il ne se permet de railler le formalisme apparemment absurde de certaines réunions des alcooliques anonymes, ou des discours de son employeur chaque matin avant de travailler. Tout au plus se dessine-t-il une petit goutte de perplexité sur le front, tandis qu'il se plie l'air de rien à l'exercice imposé.
Azuma est mangaka avant tout, et cette transcription de sa vie privée ne déroge en rien à son art du manga : il est ainsi passionnant de constater à quel point la véracité du propos est contrastée par un dessin qui fait tout pour échapper au réalisme : auteur de mangas érotiques et de comédies légères, l'auteur incorpore ce trait à sa façon de dessiner son Journal d'une Disparition : alors qu'il est à la dérive, qu'il erre par les rues, il croise des passantes élégantes et des lycéennes pimpantes comme dans un dessin animé. Cette stylisation, au coeur de sa mise en scène de lui-même, passionne dans ses implications et dans son mélange de réalité et de fiction.
Soulignons enfin la présence d'une interview vraiment intéressante et utile, permettant de pénétrer un peu mieux la complexité extraordinaire de cette oeuvre.
Il y aurait énormément d'aspects à analyser encore, mais ceci suffira : à tous ceux qui pensent détenir la vérité sur ce que doit ou ne doit pas être la société, sur ce qu'il faut interdire ou ne pas tolérer, sur ce qu'est une personne normale ou pas, Journal d'une Disparition apportera toute l'inextricable ambiguïté qu'il manque à leur "pensée".
Journal d'une Disparition, ou l'humanisme retrouvé au fond d'une bouteille de saké, dans une poubelle, dans le caniveau...
