Lady Snowblood

Lady Snowblood

Informations générales

  • Auteur: Kamimura Kazuo, Koike Kazuo
  • Origine: Japon
  • Année de création: 1972
  • Titre original: Shura yuki hime
  • Nombre de volumes: 3
  • AKA:
    • - 修羅雪姫
    • - Princess Snowblood

Version française

  • Licencié: oui
  • Titre français: Lady Snowblood
  • Editeur: Kana

Synopsis

Fin XIXème siècle, le Japon est en pleine crise, et l'Etat lève des impôts de plus en plus imposants, Dans ce contexte, quatre villageois attisés par le désir et la cupidité s'associent pour causer la perte de la famille de Sayo, jeune femme menant une vie heureuse auprès de son époux et de son enfant. Honteusement assassinés, le père et le fils sont incapables de venir en aide à Sayo, qui sera des jours durant violée et martyrisée par ses ravisseurs. Emprisonnée à vie après avoir tué l'un de ceux qui l'avait torturée, Sayo décide d'accomplir sa vengeance de façon indirecte, en séduisant le personnel de la prison afin d'accoucher un jour d'un enfant qui sera marqué par le sceau du malheur, et qui sera tout entier voué à accomplir cette terrible vengeance. Sayo donnera enfin vie à la petite Yuki, et mourra en couche,

Lady Snowblood vient de naître.

Éduquée dans la haine des assassins de sa mère, celle-ci deviendra tueuse à gage tout en poursuivant le fil fatal de sa destinée : traquer et achever ceux qui ont abusé de sa mère il y a déjà si longtemps.

Série prépubliée à l'origine dans la version japonaise de Playboy.

Synopsis soumis par watanuki

#Par Krokko le 17/11/2009 à 18:43

Ma première critique de manga et ce n'est pas pour rien que j'ai choisi de la faire sur celui-ci. Il a quelque chose de spécial, qu'on ne saurait définir à première vue, mais qui s'impose au fur et à mesure du récit : la prédominance de l'héroïne. Fille du carnage, enfant de la vengeance, les titres et surnoms de Lady Snowblood sont nombreux mais ils établissent tous le fait que sa vie même n'a que le meurtre en tant que but.

Graphiquement, je retiendrai trois particularités qui pourront peut-être en rebuter certains. Premièrement, alors que pas mal de monde ne jure que par le réalisme, la foison de détails, les graphismes de ces trois tomes relèvent d'une certaine simplicité, que ce soit dans le charadesign ou les décors. Selon moi ce n'est pas un défaut, mais plutôt une efficacité dans le récit, la capacité de cibler l'attention sur les évènements. Et puis ce n'est absolument pas moche nom de Dieu, quelles couvertures! Quelle femme cette Yuki! La seconde particularité serait de parvenir à produire des dessins parfois érotiques, souvent violents, sans que cela tourne au gore ou au porno, que ce soit par des images suggestives dans le premier cas, ou par des effusions de sang le plus souvent vaporeuses dans le second. Enfin, la dernière particularité, mais des plus surprenantes, est l'absence de mouvement. Je ne m'en suis rendu compte qu'en feuilletant la préface du troisième tome, dans l'interview d'un romancier ami du mangaka. Puis, en retournant en arrière je l'ai constaté : il n'y a pas de mouvement. On pourrait assimiler les différentes cases à des photographies, les instants d'une vie de vengeance, la galerie du meurtre. Vous constaterez qu'apparemment, ça ne m'a pas du tout gêné.

Ensuite s'il y a un point très très fort, au niveau du fond, c'est bien sûr Yuki, le personnage principal. Si de nombreux aspects historiques du Japon de la fin du 20ème apparaissent fréquemment, s'ils ne manquent pas d'intérêt, la destinée violente de l'héroïne éclipse tout. Elle vit pour accomplir la vengeance de sa défunte mère, elle est née dans ce but et n'a que la mort de trois personnes comme avenir. Elle ne tue que pour l'atteindre, que ce soit en rapport direct ou indirect, elle assassine froidement. Et elle se sert de tous les moyens dont elle dispose, mais en particulier la séduction, se servant sans vergogne de ses charmes et souvent de sa nudité. Un personnage qui restera pour moi comme le plus cru, le plus naturel, sans prétention et sans artifices. La Déesse de la Vengeance, avec des majuscules partout. J'en ai été soufflé, rien que dans les premières pages de voir avec quelle froideur elle avançait, pas à pas.

Ces trois tomes retracent quelques années seulement de la vie d'une femme, mais quelle femme! Froide, séductrice et calculatrice, elle fera tout pour atteindre son but. L'efficacité des dessins seront autant de plans dans la progression de sa vengeance et on se plaît à se poser la question : Mais que fera-t-elle après?

10/10

#Par Sacrilège le 24/01/2009 à 10:04

Tarantino se serait inspiré de Lady Snowblood pour faire Kill Bill et sa très belle mariée vengeresse ? Quand je lis ce manga, je comprends pourquoi.

En seulement trois tomes, trois bons gros tomes je le concède, les auteurs parviennent à créer et à nous faire ressentir une histoire. Plus qu’une histoire, un drame, une vie, le drame d’une vie, d’une manière poignante, prenante, car réaliste.

La vengeance, voilà le maître mot de cette œuvre (oui, n’ayons pas peur des mots). Durant cette série, c’est cette vengeance qui va se faire violence à travers le bras de Lady Snowblood. Le bras, mais aussi la parole, car quiconque sait que les mots peuvent être aussi tranchants que des sabres. La vengeance comme unique motivation. Une très bonne motivation à vrai dire, peut-être même l’une des meilleures qu’il soit.
Et pour arriver à ses fins, tous, je dis vraiment tous les moyens sont possibles. Y-a-t-il un sentiment plus tenace et plus efficace que la haine pour y parvenir ? C’est encore cette même haine, et cette intelligence qui la dirige, qui vont façonner ce manga, de sorte à le rendre haletant et viscéral.

Lady Snowblood est surtout un manga psychologique. Sans aller jusqu’à jouer avec les nerfs du lecteur, il est un parfait indicateur du genre humain. Un analyste des comportements car il transmet avec audace les effets des sentiments sur les personnages. Les sentiments, qu’ils soient bons comme mauvais : envie, jalousie et colère, mais aussi amour, confiance et entraide. L’entraide dans le malheur ou dans la haine mais aussi dans des sentiments plus nobles et moins pompeux (©Scalix) comme l’amitié dans sa forme la plus sincère.

Une série qui joue sur plusieurs fronts donc, du plus au moins terre-à-terre ; de l’affrontement basique et sans arrières pensées à des ruses démoniaques servant toutes un même but. Tout y passe : le vol professionnel, le saphisme déguisé, l’infiltration dans les gangs de yakuzas ou encore les usurpations d’identités, femmes de joie comme bourgeoises – maîtresses de maison.

Les affrontements physiques, bien qu’omniprésents, ne sont donc pas la seule chose que je retienne de ce manga. Ce serait presque la moindre. Non pas qu’ils soient inintéressants mais plutôt éclipsés par tous les éléments qui en font le contexte. Un manga mature, intelligent, et qui n’a à mes yeux, pas subi le moins du monde les dommages du temps.

10/10