Jiro Taniguchi est sans doute l'un des auteurs les plus appréciés par les professionnels du manga en France, notamment par l'image qu'il véhicule du manga, dénuée des clichés habituels.
Mangaka atypique, qui se démarque par ses oeuvres très personnelles comme en l'occurence Le Journal de mon père, inspiré directement de sa vie (lire la postface pour plus amples informations). C'est sans doute ce qui fait le charme de ses mangas, cette intimité et ces thèmes universels comme ces individus qui veulent oublier leurs racines en s'abandonnant corps et âme à Tokyo. Bien que l'on ne peut s'empêcher à trouver des similitudes, surtout lorsque l'on a lu Quartier Lointain, et considérer son style répétitif, Taniguchi sait se renouveller, même si c'est dans une moindre mesure.
Le personnage central, un salaryman, retrouve sa ville natale, par cette occasion on découre le charme de la province japonaise, pour assister à la veillé funèbre de son père. Triste moment, que le mangaka retranscrit bien par son dessin, saisissant le sentiment au "bon moment". Yoichi retourne dans son enfance, le manga est une véritable introspection, pour comprendre comment est-ce qu'il en est arrivé à ne plus pouvoir dialoguer avec son père. Au fur et à mesure, dans un cheminement empreint de nostalgie et de mélancolie, on remonte le temps jusqu'au drame famillial : la séparation de sa mère et de son père. La relation entre le père et son fils est poignante et pleine d'incompréhension.
Cette introspection nous amène à une quasi-inquisition du mangaka sur son personnage principal, ou plutôt du mangaka Taniguchi à l'individu Taniguchi. Tandis que les premiers chapitres nous amènent à comprendre les sentiments de Yoichi, les derniers chapitres sont là pour le juger sévèrement, lui qui reste plonger dans le silence et les regrets à proximité de la dépouille mortelle de son père. Cette morale, frôle l'agacement tant elle est désagréable, mais l'auteur a su se borner à temps.
Finalement, un one-shot qui n'entre pas dans les oeuvres mémorables mais qui mérite d'être lue grâce au talent de Taniguchi.