Un pavé de 600 pages environ. Comme dirait un soixante-huitard sous les pavés le soleil. Ce manwha qui narre un fait historique le massacre du pont de Nogunri -mais adapté d'un roman- est une perle.
On suit les pérégrinations douloureuses de Eun-young. Raconté à la première personne, on le suit lui et sa famille fuyant les balles vers le Sud. De village en village entre espoir et désillusions, l'histoire est très bien rythmée. Toutefois un malaise se fait aussi prégnant que le conflit se rapproche des réfugiés dont font partie Eun-young et sa famille. Séparé par les circonstances de sa famille, c'est sa femme et d'autres personnages qu'il retrouvera plus tard qui lui narre l'effroyable massacre du pont de Nogunri. Et là c'est insoutenable, la lecture devient proprement douloureuse.
Si bien qu'il m'ait fallu plusieurs fois me faire violence pour poursuivre la lecture. Arrivé au coeur de l'histoire, l'auteur qui n'a pas perdu de son rythme serein, illustre quasi froidement via les témoignages des survivants, l'horreur stricto sensu. Ce n'est pas dans l'outrance, la débauche de larmes, de sang et de cadavres que l'auteur se complait mais comme dans une sorte d'hommage à ces anonymes qui ont laissé leurs vies pour X raisons. C'est l'absurde, c'est-à-dire l'absence de sens, qui fait sans doute le plus mal et toute la force de cette histoire mémorable.
Chapeau bas l'artiste, aussi fort que Gen d'Hiroshima mieux que le Pays des cerisiers, et tout aussi décalé graphiquement. Le massacre au pont de Nogunri est sans doute à lire.