Je connaissais déjà Cours Bong gu ! de Byun Byung Jun, un manhwa pétri de bons sentiments, qui ne se prive pas d'aborder des sujets sérieux. Mijeong en est aux antipodes, en effet ce recueil ne fait pas qu'aborder des sujets sérieux, mais développe une ambiance quasi glauque. Au carrefour improbable entre réalisme, impressionisme et fantastique, ce manhwa est d'une rare intensité graphique.
Souvent le dessin se subsitue aux paroles, aux dialogues, pour exprimer des émotions. Dans ce dessin crayonné, dans ce dessin où les personnages s'intègrent à merveille aux décors, où lorsqu'il est en couleur on vogue entre réalisme et impressionisme, se cristallise une certaine mélancolie. Parfois dérangeante, parfois douce, elle exhale des personnages tantôt une fragrance délicieuse tantôt un mal-être, presque de la morbidité. L'odeur de la mort y est très présente, l'humour rare.
Les personnages dégagent l'impression d'un détachement de la réalité tandis que leurs actions y sont fermement ancrés. Le scénario s'inspire souvent de faits divers, les issues sont souvent tragiques, voire une petite touche de cruauté. Le lien fraternel, le lien amoureux, et le rapport à la famille est battu en brèche par des personnages au bord de la folie douce, au contact d'une violence simplement évoquée.
Pourtant il n'y a aucun suspense n'y tension dramatique, le rythme étant lent mais réguiler comme un joli son de flûte.
Une expérience peu commune que la lecture de Mijeong, et sans doute un auteur à découvrir.