Graphiquement Remember vaut le coup d'oeil.
En effet, les couleurs bondissent au regard, débordent des contours, elles se libèrent des contraintes futiles. Elles paraissent si vivent, si réalistes, alors qu'elles sont artificielles. Elles s'adaptent presqu'à merveille à l'ambiance de la planche, aux sentiments des personnages d'une manière très rapide. D'ailleurs les deux nouvelles se distinguent nettement au niveau des tons des couleurs. La première nouvelle bénéficiant de couleurs plus claires mais changent plus rapidement, alors que la deuxième est plus monocorde et joue plus sur les subtilités de couleurs sombres.
Une belle expression artistique grâce des outils infographiques. Benjamin s'inspirent clairement de comics au niveau des couleurs, mais le dynamisme et le cadrage rappellent inévitablement celui des mangas.
Néanmoins le syncrétisme graphique ne suffit pas, l'auteur n'a pas encore un style défini. Les idées de base ne sont pas originales, mais ce n'est pas cela qui gêne, c'est le traitement. La première nouvelle nous baigne dans une confusion, on ne parvient pas à comprendre la relation entre le jeune auteur de bd et Yu Xin, une jeune femme aux réactions imprévisibles. Certains personnages sont à la limite de la caricature, et une histoire un brin moralisante. De plus la narration est mal maîtrisée notamment le rythme entre vitesse et moments calmes. Cependant Yu Xin apporte une certaine sensualité, un charme agréable et troublant, mais n'a pas le temps de s'exprimer, les nombreuses éllipses ne le permettant pas.
La seconde nouvelle est meilleure car son scénario est plus limpide, contrastant avec les couleurs sombres. Mais l'auteur ne maîtrise pas le format où il développe ses histoires. Le format est (trop) court alors que le scénario nécessite une plus grande longueur. En revanche, a contrario de la première nouvelle, c'est l'histoire plus que les personnages pris séparément qui intéressent, Il se sert de personnages stéréotypés, comme dans la première nouvelle à l'exception de Yu Xin, mais le ton sombre teinté de cynisme plaît.
Scénaristiquement, Benjamin a encore fort à faire. Prometteur certes, mais le plus important dans les bds ce n'est pas l'aspect graphique, c'est le couple qu'il forme avec l'histoire. Là l'histoire est défaillante, même si elle peut plaire à beaucoup de personnes, fan ou non de "curiosité" graphique.