Rares sont les mangas que j'ai lus traitant de la Chine, pourtant la civilisation chinoise fascine, a fortiori de nos jours. Kenichi Sakemi est l'auteur du roman Bokko, et a semble-t-il collaboré à son adaptation en manga, en l'occurence Stratège.
Pour 1995, la qualité graphique est surprenante. Le dessin est ma foi réaliste, mais ce qui surprend c'est le découpage des cases et la mise en page me rappelant parfois le dessinateur, Ryoichi Ikegami. En bref, c'est un peu vieillot du côté graphique, sans pour autant que cela gêne en quoi que ce soit la lecture. Bien au contraire, cela donne un charme au scénario et à la narration de Stratège.
La trame de fond est simple; du déjà vu. Ke-ri* est un homme de Mo, c'est-à-dire un clan qui prône la défense et le pacifisme doté d'une science militaire très en avance sur son temps notamment l'utilisation d'armes biologiques en tout genre. Son fondateur, Mo-tseu mort, le clan n'a plus son leader charismatique pour le guider durant l'ère des royaumes combattants. Pei ping, membre de ce clan, souhaite conquérir le monde, et s'allie à l'un des royaumes pour ce faire : le pays de T'sin. Ke-ri, dénonce cette prise de pouvoir et cette insulte à l'enseignement de Mo-tseu. Il jure qu'il aura la tête de Pei-ping, et réciproquement.
Une trame de fond, style "seul contre tous", n'est pas sans points négatifs comme le fait que cette personne seule se doit d'enchaîner miracle sur miracle pour se sortir de situtations très délicates et souvent in extremis. Bien que Ke-ri n'en resort jamais indemne, il fait preuve d'une ingéniosité remarquable, ce qui gratifie au scénario nombre de rebondissemements imprévisibles, sans pour autant échapper totalement à la prévisiblité. Un personnage principal qui aura tôt fait d'attirer à ses côtés des personnages dramatiques (Cabosse, Jun-jing, Niang, Silou) cruels, touchants et surtout tragiques. Certes stéréotypés parfois, cependant agréable à suivre leur cheminement à tel point qu'ils deviennent "vivants".
L'histoire se déroule donc dans l'antiquité chinoise (vers 250 avant J-C) qui ressemble plus au moyen-âge que l'on connaît. Cette époque permet au scénariste de placer quelques trouvailles comme la poudre et le pétrole, utlisés à des fins militaires. En effet, comment ne pas traiter de la guerre en critiquant Stratège ? Les combats et donc l'action dans le plus pure réalisme, accaparent souvent le devant de la scène au détriment de la psychologie des personnages. Le dessinateur préfère certaines images très crues (écartelement, personnes décapitées, sexe...) pour exprimer des émotions très récurrentes comme la terreur, le désespoir. Un manga sans une once d'humour, sans qu'il soit qualifier à la lecture de "noir". Car Stratège est reposant, sans prise de tête malgré son titre.
On nous évite les beaux discours préférant l'action, Un schéma qui se répète dans ses grandes lignes, qui agacent quelques fois. Un manga qui se termine trop tôt, et qui n'a pas su exprimer tout son potentiel, Néanmoins, je n'ai pas fini Stratège avec le goût de la déception. Je l'ai terminé, heureux confiant dans l'avenir (malgré la rélfexion posée en fin), le happy-end jouant bien son rôle finalement. Une vraie petite trouvaille, à découvrir.
NB : ce manga fut l'un des tout premiers édités par Tonkam, et j'ai lu, par hasard, la première édition du premier tome, celle où les traducteurs ont préféré gardés la lecture japonaise des noms propres. Ce qui donnent en fin de compte un changement des noms propres, car les tomes suivants ont bénéficiés de la lecture chinoise des noms propres. Donc la cité de Ryo est la cité de Liang, et Kakuri devient Ke-ri etc...