Hiroshi Hirata adapte, après Zatoïchi, une nouvelle fois un film en gekiga. Hitokiri est effectivement un film japonais de 1969 où même le célèbre écrivain auteur entre autres du Pavillon d'Or, Yukio Mishima, a joué le rôle de l'assassin du clan Satsuma.
La fin du shogounat est connue des amateurs du manga et de japanimation comme le serait le Second Empire par un amateur de Zola. Bref tout ça pour dire que pas mal d'oeuvres ont placé leurs histoires dans ces temps troubles avec plus ou moins de succès comme Hitokiri Battosaï alias Kenshin le Vagabond. Le gekigaka n'a nul besoin de dépoussiérer "le genre" puisque Tueur ! a été prépublié peu après la sortie du film. L'auteur y ajoute son plus; c'est-à-dire l'envers du décor des samouraïs où se cotoient barbarie violente et raffinement dont le bushido est l'emblême. Ainsi, là où certains auteurs font de jolies éllipses, Hirata ne se prive pas d'illustrer le marquage au fer rouge réservé aux vagabonds ou encore de peindre une cruxifiction. Non pour le plaisir d'illustrer la violence avec moults détails sordides, mais de retranscrire de manière la plus fidèle qui soit la réalité d'alors.
Cependant là où le réalisme triomphe le divertissement échout. Le drame que narre Hirata est classique, par là nous ne voulons pas dire que l'histoire en elle-même est insipide. BIen au contraire. Izo Okada se définit lui-même comme quelqu'un de bête. Tueur hors pair, tant qu'on lui confie un sabre entre les mains, le bougre est on ne peut plus satisfait. En revanche dès qu'on lui demande pourquoi il oscit en criant "Voici venu le châtiment du Ciel" il reste béa. De par ses interrogations tout ira de mal en pis dans sa vie cumulant les bourdes. Manipulé comme un vulgaire pion dans un échiquier représentant le terrain de jeux de "politicards" voulant assoir leur domination. Malgré tout l'animal veut être humain. Tiraillé entre son désir d'émancipation et une forte pression sociale, il cherche sa voie à travers celle que lui a tracé son katana.
Paradoxalement il manque à ce gekiga de la passion. Elle est quasi inexistante si bien que la narration, a contrario de l'histoire, est insipide et redondante. Une impression dure : celle de perdurer les pérégrinations du Hitokiri trop longtemps. Ces griefs sont à adréssés à ce courant du manga, le gekiga se caractérise par l'inexistance d'outrance et de romance même à faibles doses. Tant est si bien que l'oeuvre restera froide pour le coeur de nombre de lecteurs.