Le réveil de la bonne vieille génération

» Critique de l'anime Last Hero Inuyashiki par Sirius le
28 Janvier 2018

Je connais l'auteur du manga original depuis pas mal de temps. Hiroya Oku a dessiné Gantz tout de même. Si au début le concept de Gantz tenait en haleine, force est de constater qu'en traînant en longueur, il s'était bien planté. Avec Last Hero Inuyashiki, il ne refait pas la même erreur. Le manga s'est achevé en dix volumes et la série qui nous intéresse adapte miraculeusement le tout en 11 épisodes sur la chaîne noitaminA. Oui, vous m'avez bien lu : on tient ici un objet rarissime, un récit entièrement adapté à l'écran. J'ignore si on a viré des trucs importants ou si le mangaka dessine des plans cinématiques en long en large sur ses planches mais rien que pour ça, Last Hero Inuyashiki méritait qu'on se penche dessus.

Last Hero Inuyashiki parle super-héros, cancer, réseaux sociaux, conflit générationnel aussi peut-être. Dès les premières minutes, le spectateur ne peut que sympathiser avec ce pauvre Inuyashiki. Vieilli prématurément, ignoré par sa famille après avoir mis toutes ses économies dans une petite maison, on lui annonce qu'il n'a plus longtemps à vivre en raison d'un cancer en phase terminale. Il n'ose même pas le dire à ses enfants car qui sait, peut-être se réjouiront-ils de ne plus voir sa carcasse déambuler ? Son seul refuge : un brave petit chien qu'il a recueilli. Un soir, en se promenant dans le parc, le miracle se produit : il devient une sorte de demi-dieu, une machine surpuissante et ultra sophistiquée... Le vieil homme utilisera-t-il ces pouvoirs pour protéger, ou pour tuer?

Ne vous inquiétez pas : Inuyashiki a grandi en lisant Astroboy de Tezuka. C’est donc qu’il lui reste toujours les bonnes vieilles valeurs qui faisaient les super-héros d’autrefois, les vrais. Il veut croire que ce don de Dieu doit lui servir à sauver des vies et laissera couler de lourdes larmes de désespoir accompagné de hurlements de rage en cas d’échec, quand la vie s’éteindra entre ses bras. Son antéchrist, le jeune lycéen Hiro, a reçu les mêmes pouvoirs mais suit chaque parution de Shōnen Jump. Ce n’est clairement pas la même école. Pour lui, hors du cercle de la famille et son meilleur ami, le monde n’est que de la chair à canon qui lui procure extase et fascination une fois inerte. Chaque semaine, il entre dans un foyer qu'il choisit au hasard pour en éliminer toute âme qui vive.

Last Hero Inuyashiki est une série qui se dévore car son découpage en anime a été intelligemment effectué. Chaque épisode se concentre sur un personnage, une destinée, une région ou une société pour aller à l’essentiel. Il suffit de lire les titres des trois derniers épisodes pour comprendre ce soin du découpage : les gens de Shinjuku, les gens de Tokyo, les gens du monde... Une série qui se dévore également grâce à sa violence et son propos. Au final, il n’y a absolument rien d’original dans Last Hero Inuyashiki : on a déjà copieusement joué et rejoué son apothéose dans les salles de cinéma, le vieux qui devient héros alors qu’il a un pied dans la tombe est un poncif plusieurs fois répétés. Mais au passage, l’anime arrive assez bien à transcrire la déchéance des personnes atteintes du cancer, souligne le mal-être des proches des criminels et dénonce (et condamne de quelle manière !) les dérives des réseaux sociaux.

Qu’est-ce qui fait d’Inuyashiki un héros ? Est-ce l’expérience de l’âge ou l’avantage de ne pas avoir grandi dans une société toujours plus pervertie ? Comment Hiro devient-il un tel psychopathe ? Parce qu’il grandit dans une société où chacun cherche son propre intérêt dans sa relation aux autres, où les hommes vivent de manière infiniment plus individualiste qu’à la belle époque ? Est-ce parce qu'il est rejeté que le vieux décide d'aider les autres ? Est-ce parce qu'il est choyé qu'Hiro veut au contraire les éliminer ? Sacré paradoxe. Les intentions de l’auteur ne sont pas très claires mais s’il est une grande vérité que j’ai bien retenue, c’est que Last Hero Inuyashiki prouve avec l’aide d’un fan de Gantz que notre bon vieux Astroboy, c’était plus fort que tout ce qu’on lit actuellement dans Shōnen Jump.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Sirius, inscrit depuis le 16/07/2007.
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