Le Rakugo ou la Vie, seconde saison — Baisser de rideau

» Critique de l'anime Le Rakugo ou la Vie (TV 2) par Deluxe Fan le
24 Juin 2017
Le Rakugo ou la Vie (TV 2) - Screenshot #1

Il y a six mois pour mon bilan de l’année 2016 j’avais sacré Showa Genroku Rakugo Shinjuu, série dont je n’ai pas cessé de faire l’éloge aussi bien pendant sa diffusion qu’après sa conclusion. Une suite fut rapidement annoncée sous le titre Futatabi-Hen, se proposant de terminer l’histoire en suivant la fin du manga original de Haruko Kumota.

S’il n’y a jamais eu le moindre doute sur la qualité de cette adaptation réalisée par la même équipe, on pouvait se poser la question de son opportunité, la première série étant remarquable par la cohérence de son récit qui se suffisait à lui-même. Après avoir retardé mon visionnage et englouti la nouvelle série en une nuit, j’ai le plaisir de constater que toute crainte n’a jamais eu lieu d’être.

Le Rakugo ou la Vie (TV 2) - Screenshot #2Cette nouvelle saison de Showa Genroku démarre là où la précédente est restée. Yotaro a pris le titre de Sukeroku et est désormais un artiste de rakugo reconnu et respecté. Il finit par demander la main de Konatsu, qui a donné naissance à un bébé dont le géniteur est inconnu mais que Yotaro décide d’élever comme son propre fils. Au-dessus de tout ce beau monde plane l’ombre de Yakumo, dernier grand maître de rakugo en activité au Japon, dont Yotaro est le disciple et Konatsu la fille adoptive. Voyant son âge avancer et sa santé se dégrader, Yakumo souhaite emporter son art du rakugo dans la tombe avec lui. Mais la nouvelle génération menée par Yotaro ne l’entend pas ainsi et veut perpétuer la discipline, tout en levant le voile sur les derniers secrets de la vie du maître.

Là où la première série consistait en une biographie de la vie de Yakumo tout au long du XXe siècle, cette seconde partie se concentre particulièrement sur les dernières années de la vie du maître, et est donc moins portée sur l’intrigue et plus sur l’introspection. On suit également le parcours de Yotaro, qui en tant que Sukeroku est tiraillé entre sa volonté de réforme du rakugo et sa loyauté envers son maître. Plusieurs nouveaux personnages viendront d’ailleurs provoquer de nouvelles intrigues liées au passé trouble de ces deux personnages, que la première série n’avais visiblement pas complètement dévoilé. Le personnage de Konatsu occupe une place beaucoup plus importante, voire même centrale puisqu’elle prend le rôle de mère, d’épouse et de fille adoptive, tout en cherchant secrètement à s’établir une place dans ce monde du rakugo qui l’a vue naître.

Le Rakugo ou la Vie (TV 2) - Screenshot #3La qualité principale de Showa Genroku reste l’écriture de ses personnages, qui sont tous fondamentalement bons mais imparfaits, ce qui les rend tous beaux dans leur humanité. C’est essentiellement vrai pour Yakumo, qui voit le temps s’écouler inexorablement, le rapprochant du moment où il devra confronter les fantômes qu’il a laissé derrière lui. Le récit du déclin de Yakumo est aussi celui du déclin du rakugo, cet art théâtral traditionnel que la modernité a rendu obsolète, et que Yakumo lui-même ne voit pas l’intérêt de perpétuer. Gravitant autour de lui, les autres personnages s’activent pour tenter de sauver le rakugo, ce qui se traduira par sauver Yakumo lui-même au seuil de son ultime départ.

Cette idée de consacrer une saison entière aux dernières années de Yakumo donne une identité et une originalité à l’anime, qui propose ainsi un sujet rare et intéressant pour une série d’animation (la vieillesse, la fin de vie). Cela impacte toutefois le rythme de la narration, la série donnant parfois l’impression de stagner ou de se répéter, comme si elle tentait elle aussi de ralentir le cours du temps. Mais le jeu en vaut la chandelle puisque le dernier épisode en forme d’épilogue est un des meilleurs que j’ai jamais vu dans le genre, concluant de manière admirable cette histoire tout en laissant sur quelques ultimes révélations de dernière minute qui risquent de vous surprendre.

Tout ceci est porté par la réalisation toujours aussi élégante de Mamoru Hatakeyama, dont la sobriété et la pudeur conviennent si bien à ce récit ou les émotions naissent par la sincérité des personnages plus que par leurs mélodrames. L’animation proprement dite est moins précise que dans la première série, mais la bande-son jazzy reste d’une grande qualité et la performance des comédiens de doublage japonais Akira Ishida (Yakumo), Tomokazu Seki (Yotaro) et Yu Kobayashi (Konatsu) est juste exceptionnelle.

Je n’aurais pas beaucoup plus à dire sur Showa Genroku Rakugo Shinjuu, une série qui restera sans doute très longtemps dans le cœur de ceux qui l’ont regardée. Je parle bien de série car traiter Showa Genroku d’anime serait à la fois réducteur et disgracieux, cette série n’est pas un anime mais une œuvre d’art et doit être jugée comme telle ; elle devra être comparée non pas à la dernière merde saisonnière mais aux grandes sagas littéraires et aux meilleurs romans. A vrai dire je pense que cette série excède mes compétences de critique, je ne suis pas sûr d’avoir les armes culturelles et intellectuelles pour correctement juger de sa réelle qualité. Mais ce qui est certain c’est que l’émotion que j’ai ressenti devant cette œuvre est authentique, et je ne peux que vous inviter à la découvrir par vous-même. 8,5/10

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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