MUGEN NO JUNIN IMMORTAL — One, two, three… Undead Tree

» Critique de l'anime Mugen no Jūnin : Immortal par Deluxe Fan le
27 Mars 2020
Mugen no Jūnin : Immortal - Screenshot #1

Alors que tant d’œuvres superbes gisent dans les limbes de l’indifférence en l’absence d’adaptation, le manga Mugen no Junin (L’Habitant de l’Infini) de Hiroaki Samura en est déjà à sa troisième version à l’écran. Une première série en 2008 qui n’adaptait qu’une minuscule portion de l’histoire, une version live-action réalisée par Takashi Miike avec Takuya Kimura dans le rôle principal (!) et enfin la nouvelle série qui nous intéresse ici. Cela montre l'aura du manga original si tant de gens ont cherché à l’adapter, mais cela montre aussi à quel point cela est difficile si personne n’a été capable d’en rendre une version définitive.

Dans le Japon du XVIIIe siècle, un vagabond nommé Manji est frappé d’une étrange malédiction ; son corps abrite des sortes de vers qui guérissent toutes ses blessures, ce qui le rend littéralement immortel. Pour se débarrasser de ces parasites et enfin connaître le repos, Manji doit tuer mille criminels, et ce afin de racheter ses propres péchés.

Mugen no Jūnin : Immortal - Screenshot #2Un jour, Manji fait la connaissance de Rin Asano, une fille de seize ans dont les parents ont été sauvagement assassinés par un homme appelé Kageshisa Anotsu. Ce dernier dirige un groupe d’épéistes renégats, le Itto-Ryu, qui parcourt la région en massacrant tous les membres des dojos officiels afin de provoquer les autorités. Rin embauche Manji en tant que garde-du-corps et lui donne pour mission de l’accompagner dans sa quête de vengeance.

En tant que fan de japanime j’aime tous les genres sans distinction mais c’est vrai que quand on tombe sur un truc de samurais ça fait particulièrement plaisir. La série d’animation que je vénère le plus, Samurai Champloo, est elle-même fortement inspirée des travaux de Samura ; ce n’est pas un hasard si le personnage principal de cette série s’appelle « Mugen », il n’y a pas de coïncidences dans la vie, juste des gens qui ne sont pas assez observateurs pour établir les liens adéquats. Tout ça pour dire que mes prédispositions à l’égard de Immortal étaient extrêmement bonnes, mais parfois il ne suffit pas d’avoir de bons a priori pour rendre excellente une série qui est simplement bonne sans plus.

Mugen no Jūnin : Immortal - Screenshot #3La série débute avec la quête de vengeance de Rin, qui va rechercher les différents membres de l’Itto-ryu pour les confronter et les tuer. Au fil de ce parcours meurtrier on explore la personnalité de la jeune fille, qui est obnubilée par la vengeance mais ne peut pas lutter contre sa nature profonde qui l’empêche de véritablement détester ses adversaires. De l’autre côté il y a Kagehisa, un guerrier pour qui seule la puissance compte au mépris des formalités, ce qui le pousse à défier le gouvernement. Et au milieu de tout ça il y a Manji, le tueur immortel qui suit sa propre morale.

C’est ainsi que les choses sur déroulent pendant le premier quart de l’anime et c’est plutôt stimulant. Chaque membre de l’Itto-ryu a sa propre histoire, chaque épisode met les personnages face à un nouveau dilemme. L’anime est de surcroît très bien réalisé par le vétéran Hiroshi Hamasaki, trente-cinq ans de carrière dans l’animation avec à son palmarès des succès tels que Shigurui, Steins;Gate ou encore Texhnolyze. La mise en scène se veut élaborée et stylisée, les plans sont construits avec un souci esthétique constant et chara-design est superbe. La bande-son est composée par Eiko Ishibashi, une musicienne dont il s'agit de la première collaboration sur un anime et son travail est tout fait remarquable - ce n'est pas étonnant que le réalisateur ait choisi de ne pas inclure d'ending et de mettre des morceaux de l'OST à la place. L’extrême violence est retranscrite dans toute sa brutalité, il s’agit de l’anime le plus sanglant que j’ai vu ces dernières années et il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Mugen no Jūnin : Immortal - Screenshot #4Les choses vont toutefois rapidement se compliquer à partir de là. Le scénario fait apparaitre une nouvelle faction et avec elle de nouveaux personnages pour s’interposer entre Manji et l’Itto-Ryu. Puis les choses se compliquent davantage lorsqu’une troisième faction apparaît un peu plus tard et avec elle encore d’autres personnages qui ont chacun leurs propres projets. Très vite le scénario perd le contrôle de lui-même, le nombre de personnages dépasse la limite de l’acceptable et la série entre dans ce que l’on appelle communément le « Bordel ». Les épisodes s’enchaînent à un rythme effréné, les motivations des personnages cessent de faire sens jusqu’à un arc final où l’on contemple ce beau monde s’entretuer dans un spectacle de violence gratuite.

On n’a pas de doute sur le talent de Samura en tant qu’illustrateur, et Mugen no Junin était son premier manga après tout, mais c’est assez clair qu’il manquait de discipline dans son écriture et que sa propension à constamment ajouter des personnages et des sous-intrigues dans son histoire a fini par faire craquer le manga sous son propre poids. L’adaptation est également fautive, leur volonté d’adapter trente volumes en vingt-quatre épisodes aurait pu fonctionner s’ils s’étaient concentrés sur les parties les plus intéressantes du récit (Rin et Manji) et réécrit ou supprimé les parties inutiles (Burando, Rokki). C’est d’autant plus dommage qu’à certains moments, la série laisse échapper quelques flashs d’excellence (les épisodes 3-4, 9-10, 19-20 entre autres) mais de manière trop parcellaire et inconsistante. Il se passe beaucoup de choses dans cette histoire, mais peu semblent réellement avoir eu de l’importance au final.

Immortal est un très bon anime de samurai qui est à recommander sans problème à ceux qui veulent voir des adaptations de seinen sans concessions au niveau de la violence graphique. C’est aussi une série très inégale, qui d’un épisode à l’autre peut se hisser aux sommets de la narration puis plonger dans les abysses de l’OSEF. Quoi qu’il en soit, avec ses bons et mauvais moments, on n’oubliera pas ce voyage avec Rin et Manji, tout comme le travail remarquable de Hiroshi Hamasaki et de son équipe. Réaliser une telle série dans le contexte actuel de l’animation japonaise est un exploit, et la seule vérité ici-bas c’est que les mauvais animes disparaissent mais la Qualité est immortelle.

WOW WOW WOW WOW WOW WOOOW WOW / 10

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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