Nerawareta Gakuen - Le Collège des cœurs brisés

» Critique de l'anime Nerawareta Gakuen par Deluxe Fan le
24 Juin 2013
Nerawareta Gakuen - Screenshot #1

Comme tous les plus grands studios d’animation japonaise, Sunrise est constitué de plusieurs équipes qui se spécialisent dans un certain genre de productions. Il y a une équipe spécialisée dans les robots géants, une équipe pour les adaptations de shônens, et ainsi de suite. Ces dernières années il y a une équipe en particulier qui a fait parler d’elle ; il s’agit du huitième studio de Sunrise, ou Sunrise 8.

Sunrise 8 est la branche du studio dont le travail est de faire rentrer du fric facile et sans risque. Ainsi leurs productions récentes comptent bon nombre d’adaptations de Light Novels tels que Kyoukai Senjô no Horizon ou Accel World, ainsi que d’autres séries que l’on qualifiera gentiment de "commerciales" telles que Love Live! School Idol Project, par exemple.

Le problème pour certains animefans conservateurs n’est pas tant l’existence de ses séries –il en faut pour tous les goûts- mais que Sunrise 8 semble avoir pris une telle importance que l’on craint que les domaines qui ont fait la réputation du studio (la SF, les robots géants) ne se retrouvent délaissés pour privilégier un public otaku plus rentable mais moins exigeant.

Nerawareta Gakuen - Screenshot #2Et il se trouve justement que Nerawareta Gakuen, le dernier film de Sunrise 8, illustre bien cette crainte : de l’argent jeté par la fenêtre.

Car de l’argent, manifestement, il y en a eu. Sorti il y a quelques mois seulement, Nerawareta Gakuen représente sans doute ce qui se fait de mieux en termes de technique dans l’animation japonaise. Du début à la fin le film est bourré d’effets de lumières ou de particules qui dynamisent la mise en scène. Les décors, qui semblent avoir mobilisé une grande partie du travail, sont souvent somptueux. Que ce soient les extérieurs peints à l’aquarelle ou les intérieurs très détaillés, les couleurs sont chaudes et brillantes, et le film tout entier baigne dans une sorte de filtre de lumière, comme un vernis.
En termes d’animation proprement dite, le film fait encore une fois étalage de son budget avec des mouvements très excessifs et parfaitement animés qui viennent clairement provoquer KyoAni sur son terrain. Les quelques scènes où les personnages utilisent leurs pouvoirs surnaturels sont éblouissantes et les sakuga font oublier l’utilisation de CG, qui sait se faire discrète.

Nerawareta Gakuen - Screenshot #3Cette puissance technique est toutefois contrebalancée par une direction artistique classique, pour ne pas dire générique. L’école, la plage, le centre-ville, tant de décors vus et revus en japanimation. Les quelques emplacements originaux, comme la chambre de Kenji parcourue par un train miniature géant, ne font pas oublier un chara-design sans relief et clairement orienté moe.

Mais ne retardons pas l’inévitable : Nerawareta Gakuen est un mauvais film et il va falloir expliquer pourquoi. Censé être adapté d’un vieux roman japonais, le film ne présente aucun signe de rigueur littéraire dans son scénario ; au contraire c’est bien l’histoire qui plonge toute la production dans les abysses.
Alors que le personnage principal Kenji s’apprête à passer une nouvelle année au collège, il fait la rencontre d’un nouvel étudiant, Kyôgoku (Daisuke Ono). Celui-ci est aussi beau gosse que beau parleur, ce qui attire forcément les filles de la classe et en particulier Kohori (Kana Hanazawa) qui tombe sous le charme du jeune garçon. Or, Kenji est justement secrètement amoureux de Kohori… Ce qui déplaît forcément à l’amie d’enfance de Kenji, Natsuki (Mayu Watanabe, membre des AKB48).
Tout se complique encore lorsque le surnaturel fait irruption dans ce carré amoureux. Kyôgoku est en fait un voyageur temporel qui a remonté le temps pour transformer les élèves de l’école en télépathes, sachant que cela pourrait prévenir une future catastrophe qui obligera l’humanité à quitter la Terre pour vivre sur la Lune. Il va peu à peu changer la personnalité des élèves, et seul Kenji semble pouvoir l’arrêter… Ou pas… On en sait rien finalement.

Nerawareta Gakuen - Screenshot #4Car cette intrigue à base de light SF ne prend en réalité que dix ou quinze minutes sur l’ensemble du long-métrage. Quinze minutes sur 1h45.
La très large majorité du film est alors composée de dialogues vides de sens faisant référence à ce pauvre Shakespeare - qui est très la mode au Japon ; de gags pas drôles car déjà vus mille fois et surtout, de grands déballages de sentiments écœurants de mièvrerie. Les personnages ne parviennent évidemment pas à exister dans cette soupe ; les deux personnages féminins passent leur temps à pleurer, et les deux personnages masculins représentent les deux pires clichés de l’animation : le protagoniste idiot et maladroit, et le bellâtre plein de bon sentiments.
Toutes les possibilités de relancer l’intrigue ou d’installer une réelle tension dramatique sont systématiquement détruites, parfois avec une désinvolture éhontée (ex : la scène de plage à la fin du film). La conclusion n’en est bien évidemment pas une en ce qu’elle pose plus de questions qu’elle ne fournit de réponses.

Probablement inspiré par toute cette génération d’animes qui parviennent à faire l’évènement alors qu’ils ne racontent rien, que ce soit narrativement ou artistiquement, Nerawareta Gakuen a employé toute la puissance financière de Sunrise pour un film creux, à l’emballage brillant mais au goût insipide. Ainsi ceux qui voient le studio Sunrise se compromettre avec les productions du Studio 8 ne pourront là que trouver un motif de troll supplémentaire, tandis la branche mécha du studio continue de faire rire dans les chaumières avec son génial "Valvrape The Vampirator"...

Les plus
- Décors somptueux et colorés
- Animation expressive et soignée (dans ta gueule KyoAni)
- Très grosse valeur de production

Les moins
- Direction artistique et chara-design sans relief
- Histoire minimaliste, narration plate
- Personnages agaçants, trop de larmes pour rien

Verdict :4/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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