Critique de l'anime Patlabor (Film 1)

» par LordFay le
14 Janvier 2013
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«Patlabor» est un nom qui est longtemps resté pour moi comme une sonorité vaguement familière, un écho du passé – figure d'une animation d'un autre âge, référence d'une génération qui n'est pas la mienne. Comprendre que ce film est plus vieux que moi. Mais voilà, il y a au moins un nom qu'on lui associe que même un néophyte reconnais au premier coup d'oeil, celui de Mamoru Oshii... Et puis, il y a ce pote qui a l'air d'être fan et qui me prête le DVD en m'assurant que c'est vachement bien foutu...

Avant d'entrer dans le vif du sujet, on peut tuer dans l'oeuf la question traditionnellement réservée aux vieux animes, celle du graphisme. Je suis toujours un peu hésitant quand j'attaque des trucs qui ont été produits le siècle dernier mais Patlabor a fantastiquement bien vieilli. L'animation est certes franchement cheap pour les scènes de dialogue et autres moments où pas grand-chose ne se passe, mais dès que ça bouge, ça bouge bien... Les décors sont volontairement mornes, et parfois très détaillés ; la structure dans laquelle se passe la dernière partie du film, de métal et de béton, en devient presque vivante, monstrueuse. Le chara design est sobre et précis ; on lit le caractère de chaque personnage dans ses traits comme dans un livre ouvert. Les visages sont expressifs – il n'y a qu'à voir les screens 3 et 5 de cette fiche – et c'est d'autant plus crucial que le format film et l'intervention d'un grand nombre de personnages limitent les développements individuels.

Le film aborde plusieurs thèmes, mais je crois que son point principal est juste de raconter une histoire. Patlabor est un récit à la construction simple, classique, qui se démarque par une exécution sans faille, une ambiance un peu étrange et un final explosif. C'est une enquête policière, sur fond de méchas buggés et de magouilles industrielles, au cours de laquelle on suit un jeune officier plein de bonne volonté qui se rend compte que tout ne tourne pas rond au monde des machines. Le premier tier du film est un peu plat, il manque de rythme ; mais au fur et à mesure que les pièces du puzzle commencent à se mettre en place, la situation devient de plus en plus urgente et le film plus accrocheur. Quant à la fin... J'éviterai d'en parler pour ne pas spoiler mais je l'ai trouvée assez exceptionnelle. Une séquence d'action bien foutue qui mène à deux scènes bizarres qui apportent un gros plus à l'ensemble (le corbeau et le combat). Je n'en attendait pas autant.

L'atmosphère, de son côté, est plutôt surprenante : Oshii y mêle le malaise des personnages face à la catastrophe à venir, à une lenteur inattendue, sur fond d'une musique de Kawaii plutôt bonne. Une sorte d'attente à la fois blasée avec les corporations, Hoda et les calmes manipulations politiques, et optimiste avec des personnages tels que Noa qui évitent à tout le film de tomber dans une quelconque noirceur.

Patlabor ne parle pas vraiment d'anticipation, au final. La crise qui menace les protagonistes n'est que l'action d'un homme seul, il n'est pas question ici de blamer la technologie ou le progrès technique. Le propos d'Oshii est plus ambigu ; il explore surtout un thème un peu différent : l'impression de décalage, de retard que provoque la croissance d'une société. Les personnages les plus âgés semblent perdus, errants dans une Tokyo qu'ils ne reconnaissent plus. Ils enquêtent sur un suicidé et se demandent si ce décalage a suffit à lui donner envie de mettre fin à ses jours. Ce n'est pas à proprement dire triste, et le film est au contraire porteur d'espoir malgré la menace ; c'est plutôt une sorte de constat nostalgique.

En un mot, ce film est une réussite. Il dégage quelque chose d'indéfinissable, un regard unique sur le progrès et ses liens avec l'homme. Il utilise les méchas d'une façon que j'aimerai dire unique, si je m'y connaissais un peu plus en la matière. Je n'ai pas été toujours passionné – le film a ses moments de vide, où l'ambiance et l'intrigue ont du mal à s'installer, en particulier au début – mais l'ensemble est trop solide pour qu'on puisse lui reprocher ses quelques faiblesses. Très paradoxalement, alors que je trouvais l'enquête très classique au moins dans son déroulement, j'ai l'impression d'avoir trouvé au cours de ces deux heures d'animation beaucoup de choses que je n'avais jamais vues.

Bref, à découvrir quoi qu'il en soit : Patlabor est un vrai spectacle.

Verdict :9/10
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A propos de l'auteur

LordFay, inscrit depuis le 09/09/2010.
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