Romance sans paroles

» Critique de l'anime Tsuki ga Kirei par Sirius le
11 Juillet 2017

Kotaro Azumi est membre du club de littérature et ambitionne de devenir romancier. Akane Mizuno fait de l’athlétisme. Rien ne les rassemble si ce n’est que leur familles sont allées au même restaurant dernièrement, qu’ils ont acheté le même smartphone et que tous les deux sont dans la même classe en 3e du collège. Pourtant un beau jour, Azumi voit sa plume quelque peu distraite en voyant balancer le petit cul de Mizuno durant une course (quel sommet de cristallisation stendhalienne) et décide de lui déclarer sa flamme. Elle dit pas non.

Il faudra aux deux tourtereaux quelques siècles pour qu’ils commencent par se prendre la main, une éternité pour s’embrasser. A l’heure où j’écris ces lignes ils n’ont pas encore mis la langue. C’est donc vrai que le rythme est lent, que les silences et l’ingénuité des personnages en ont déconcerté plus d’un à juste titre. Tsuki ga Kirei décrit tout au long des 12 épisodes une romance comme on en joue chaque année des centaines dans nos collèges.

Nous assistons donc aux événements de la vie de collégien dans toute leur splendide banalité : le voyage de classe, les joutes sportives, les cours de rattrapage, les examens finaux. Et les parents qui s’inquiètent de l’orientation future, les premières crises d’adolescence. On voit bien que Kotaro et Akane sont des gentils enfants à leur maman mais la série nous balancera de saisissants clichés du quotidien pour le rappeler. Banals les triangles amoureux qui font l’effet d’un pétard mouillé. Banale la jalousie des personnages. Ce qui est moins banal, c’est la danse folklorique à laquelle s’entraine Kotaro et son ambition de devenir écrivain, sympathiquement développée jusqu’au baisser du rideau. Au final, on a vu une réflexion plus sérieuse sur l'avenir autour du jeune homme que de Mizuno.

Banales aussi les conversations sur smartphone. Tsuki ga Kirei aurait été sponsorisé selon les médisants par Line, l’alternative de WhatsApp très prisée au Japon. Là où d'autres séries nous ont habitués à voir un petit couple se fréquenter dans un collège où il règne une ambiance déjantée, notre couple, lui, n’ose pas s’adresser la parole devant leurs camarades, tout juste qu’ils s’échangent des regards langoureux en rougissant jusqu’aux oreilles. Leurs discussions se font donc essentiellement sur ce service de messagerie aux smileys pour le moins douteux. Des petits mots que certains diront qu’ils évoquent les sentiments de chacun avec une merveilleuse subtilité quand d’autres penseront que ça montre combien ils sont coincés et incapables de communiquer.

Et quand ils sont ensemble à l'écran, assis sur un banc ou debout face à face, ça devient le vide total, l’antithèse de l’animation avec ces gros plans fixes sur les deux personnages, que viennent interrompre un subtil mouvement de l’index ou du coin de la lèvre. De quoi faire palpiter le cœur des otakettes en transe devant leur écran. Et toujours ce silence, le silence jusqu’au paroxysme, jusqu’à virer toute musique de fond à ces tristes paysages urbains, ces paysages d’une désespérante adolescence.

La grosse embûche posée par la série, c’est qu’on arrive difficilement à garder les yeux ouverts alors même qu’il ne faut surtout pas quitter au moment du générique de fin ! En effet, la suite présente quelques petits sketchs très cocasses autour des autres élèves de la classe 3-1. En quelques secondes, nous observons les idylles qui se nouent en coulisses, en particulier celle qui rattache Roman et sa professeur Ryoko. Ces histoires courtes sont de véritables pépites d’humour qu’il serait dommage de manquer et qui ont peut-être plus d’intérêt que la série elle-même.

Tsuki ga Kirei est donc un hymne à l'amour, à l’adolescence et à la pudeur en se voulant le fidèle reflet de n’importe quelle romance collégienne. Dans cette mesure la série remplit parfaitement son contrat et parvient même à nous tirer une larmichette avec son final à la Makoto Shinkai. Ca mérite le coup d’œil si on n’a pas peur de s’ennuyer et si on n’a pas renié son adolescence.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Sirius, inscrit depuis le 16/07/2007.
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