Ultraman - La Qualité

» Critique de l'anime Ultraman par Anon le
29 Mai 2019

Revoilà l’inculte des tokusatsu dans une nouvelle critique d’anime tokusatsu! En vrai, le copain SSS Gridman m’a motivé de fou et je me suis depuis lors davantage plongé dans cet univers qui m’était inconnu. Pas de quoi me qualifier d’expert, mais je me sens déjà moins paumé sur le sujet. Et si je lance cette critique sur cette anecdote, ce n’est pas pour faire le bon élève, mais parce que Ultraman n’est pour moi pas un «anime», pas vraiment. Mais j’y reviendrai plus tard.

Cela fait des années que le géant Ultraman a quitté la Terre, maintenant libérée des menaces extraterrestres. L'humain qui lui a prêté main-forte a perdu la mémoire et vit dorénavant une existence tranquille. Mais quand les aliens deviennent de nouveau hostiles, la Patrouille scientifique reprend contact avec lui. En effet, il a non seulement conservé des super-pouvoirs, mais les a aussi transmis à son fils, Shinjiro. Ce dernier a donc tout pour devenir le successeur d'Ultraman et protéger la Terre, mais il n’est peut-être pas le seul candidat au poste et devra devenir digne de ce rôle. Pour le reste, comme le dit si bien le narrateur, «c’est l’histoire d’un monde sans Ultraman», et n’importe qui ayant vu un seul film de super-héros dans sa vie ne sera pas perdu face au schéma narratif classique de la série, qui est beaucoup plus accessible qu'un SSS.Gridman.

La première qualité, et qualité majeure, est visuelle. Toute la série est réalisée en images de synthèse, mais attention, on parle ici de CGI de qualité qualitative. Grâce à la motion capture et probablement grâce à un budget conséquent, la série montre à quel point la CG peut être cool quand elle est bien faite. Ici, le souci du réalisme est omniprésent. La première chose qu’on constate, c’est l’animation des personnages. Il y a un souci dans l’expressivité des corps et des visages qui est proprement impressionnant. C’est pas juste mieux animé que la CG rigide classique, c’est mieux animé que de la 2D tout court, de la plus petite grimace au haussement de sourcil, et des personnages rarement figés – le plan fixe ne l’est jamais totalement. Pour être tout à fait honnête, entre le mouvement constant et une caméra 3D qui dans les premiers épisodes est un peu grossière, il m’a fallu un léger temps d’adaptation. Mais une fois qu’on s’y est fait, c’est véritablement excellent. Sans parler des combats: franchement fluides – à tel point en fait que les quelques chutes de framerate crèvent d’autant plus l’écran et qu’on risque de vérifier si le lecteur vidéo n’est pas en train de lag - avec des armures superbement modélisées, une réalisation et des jeux de lumière et d’ombres qui cherchent vraiment à rendre le tout crédible, de belles chorégraphies et un usage mesuré de la slow motion et des effets numériques qui pètent dans tous les sens. C’est un vrai bonbon visuel pendant les bastons. Toujours côté forme, j’ai par contre trouvé les musiques un peu en retrait, ce qui est dommage, exception faite du thème principal et de quelques effets sonores marquants.

Niveau ambiance, le parti-pris est aussi celui du réalisme. Le côté nanardesque est largement estompé: par exemple la transformation en Ultraman, kitsch a souhait et pourtant typique de l’animation recyclée à chaque épisode, est quasiment toujours ellipsée; les attaques et les armes ont toutes des noms, mais on entendra pas le héros les hurler à plein poumons avant d’attaquer. Les combats sont violents, les personnages sérieux, y’a du sang qui gicle, tout le bazar.

La série n’oublie cependant pas d’où elle vient: on note un affrontement dans un port de conteneurs, où tout, des kaijus aux mouvements de caméra, est fait pour rappeler les combats en maquettes des live action. Ultraman se permet aussi des moments d’humour, rares mais réussis, dont certains rient ouvertement de son genre. D’où une scène franchement drôle où un méchant très content d’être méchant se présente en grande pompe, ce à quoi le héros, stressé par la situation dramatique, lui répond net «on s’en fout!».

Pour le reste, il n’y a pas tant de choses à dire que ça, tant ces treize épisodes respirent l’arc d’introduction et se reposent sur des clichés – terme qui encore une fois n’est pas forcément péjoratif. Par exemple, Shinjiro n’est pas spécialement charismatique, mais il est cohérent: c’est un lycéen qui veut juste draguer des filles et traîner avec ses potes, un peu paumé parce qu’il a une force de Superman sans trop savoir pourquoi; et d’un seul coup son quotidien se remplit d’aliens, de combats et de situations mortelles, avec quantité d’adultes qui le critiquent en permanence, parce qu’il est bien connu que tout ado de 15 ans qui se respecte doit instinctivement savoir maîtriser une menace extraterrestre en claquant des doigts. Alors il passe surtout du temps à se chercher, avec des questionnements classiques qui marchent toujours: veut-il vraiment se battre, pourquoi veut-il se battre, etc, etc. Et c’est un peu comme ça qu’on peut résumer tout le casting de l’anime: ce sont des stéréotypes, mais ils sont assez fins pour ne pas en devenir exaspérants. Cependant, et bien que le nombre de personnages soit assez réduit, tout cela reste très survolé.

Et c’est probablement le problème principal de ce début d’Ultraman, c’est que c’est une introduction vague. Dans un premier sens, parce que la série balance énormément de thèmes: la justice, le deuil, les responsabilités, l’immigration, etc, à travers Shinjiro, ses premiers pas en tant que superhéros, les potentiels autres Ultraman aux idéaux divers, et sa découverte du monde extraterrestre. Dans un second sens, parce qu’elle s’organise autour de sous-intrigues qui durent le temps d’un ou deux épisodes, le très vague fil rouge n’étant quasiment pas exploité. J’ajouterai que les personnages donnent l’impression de vivre leur vie off-screen: on sent qu’il se passe des choses entre les épisodes, mais à aucun moment on ne les voit vraiment ancrés dans le monde réel, les vagues scénettes de tranche de vie avec Shinjiro ne suffisant pas pour lui donner un véritable cadre quotidien en dehors de ses interventions en Ultraman. Le world building n’est pas non plus très clair: par exemple, on nous parle pendant plusieurs épisodes de dévoiler publiquement l’existence des aliens résidant sur Terre….alors que Ultraman défonce déjà des kaijus devant des centaines de personnes. M’est avis que le public il a pas besoin d’une déclaration du gouvernement pour comprendre que les petits hommes verts ne vivent plus dans une galaxie pas loin de chez nous.

Dès lors, si Ultraman est sympathique à regarder, il n’est pas si prenant, parce qu’il présente beaucoup d’idées intéressantes, mais manque de tout: les personnages ne sont pas assez attachants ni développés, le scénario n’est pas assez clair, les enjeux sont finalement inexistants, et on termine la série pas beaucoup plus avancés qu’on ne l’a commencée. C’est prometteur, mais le souffle d’épique et de tension dramatique n’est pas là. Encore une fois ce n’est pas en treize épisodes qu’on va très loin, donc j’espère bien qu’ils nous sortiront une suite prochainement pour développer tout ça.

Alors, pour conclure, pourquoi «pas un anime»? Eh bien, parce que c’est un live action. Je sais, il est tourné en images de synthèses, mais aussi en motion capture, donc il y a des acteurs derrière. Et tout, dans le mouvement des personnages, dans l’écriture des dialogues, dans la réalisation, dans l’ambiance, fait penser à un live action. La preuve, peut-être, pour moi en tout cas, qu’un anime n’est pas juste une question de dessin, mais aussi une manière de penser, d’écrire, et de mettre en scène un récit.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Anon, inscrit depuis le 28/07/2013.
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