Une petite heure à visiter le monde envoûtant de XXXHolic en compagnie de Yuuko, Domeki et Watanuki, ça ne se refuse pas...
De très belle facture, cette adaptation a mis les petits plats dans les grands : couleurs chatoyantes, animation musclée, mise en scène privilégiant les espaces vastes et les points de vue spectaculaires, rien ne manque pour rendre fidèlement l'ambiance si particulière du manga.
Pourtant, de scénario, il n'y en a pas, ou peu, c'est une énième variation sur le thème de la hantise, servant de prétexte à une déambulation à la frontière du conte fantastique et du conte moral, et réservant son lot de petites perles poétiques, soigneusement disséminées tout le long du métrage.
Les personnages se perdent, se retrouvent, râlent, et n'en finissent plus de marcher, imposant un rythme de promenade à ce film quelque peu macabre à l'occasion. XXXHolic au cinéma propose rien moins qu'une plaisante balade au pays du surnaturel et des malédictions, le spectateur étant convié à visiter cette maison hanté comme on prend une nasselle dans une attraction de fête foraine.
Au bout du compte, en guise de final à ce film trop court, on apercevra Yuko dans toute sa splendeur, manifestant ses pouvoirs avec une sensualité quelque peu teintée de cruauté, son indifférence ne paraissant jamais aussi ambigüe que dans ce luxueux épisode : c'est un moment de grâce qui fait honneur aux Clamp.
Bien entendu, ce film n'apporte absolument rien au manga, il ne révolutionne pas le monde de l'animation, et n'a probablement pas l'ambition d'être autre chose qu'une oeuvre vous proposant, le temps d'une petite heure, d'échapper au monde des vivants pour passer de l'autre côté du miroir. Et c'est tout ce qui fait la beauté de ce film, seule adaptation ayant compris l'essence du manga, à savoir la suspension du temps et la fatalité à l'oeuvre au coeur même d'un monde peuplé de rêves délétères et mélancoliques.
XXXHolic a l'érotisme d'une estampe, la poésie d'une ombre chinoise, et la tristesse macabre des contes japonais les plus sombres.
Mais c'est aussi un film à ne voir qu'une seule fois, sous peine d'en abolir tout le charme...
Une jolie réussite que cette transposition sur grand écran de l'univers si particulier de XXXHolic, même s'il apparaît évident que comme toute série (papier ou animée) présentée en ce format le film "Songe d'une nuit d'été" ne fera en rien avancer l'intrigue principale. Mais bon, le manga étant toujours au point mort au moment où j'écris (comprenez qu'aucun élément majeur n'est venu se présenter comme trame), cela ne pose aucun souci ici.
La première chose agréable à constater est que tout ici a été mis en oeuvre pour coller au mieux au monde de la sorcière des dimensions et c'est un réel plaisir de voir avec quel soin il a été mis en couleur et en mouvement, avec pas mal d'audace parfois.
Ainsi, l'atmosphère onirique/horrifique de la version papier est-elle merveilleusement représentée avec de très belles scènes joliment illuminées lorsque la nostalgie s'empare de l'ambiance et des couleurs toutes en noirceur et irréalité quand la tension fantastique est de mise.
L'on part cependant dans un trip animé totalement décalé pour certaines scènes qui se révèlent alors tout bonnement géniales avec leur aspect de "prises sous acide" révélé par des contours accentués et une SD carrément maîtrisée, le tout m'ayant parfois rappelé les passages animés du film déjanté "The Wall" des Pink Floyd, c'est dire.
De plus, pour la mise en beauté du manoir, on a droit à des incrustations 3D quasi parfaites puisque parfois indécelables, ce qui ajoute encore un peu plus de crédit à l'aspect artistique du film.
Le scénario n'est pas en reste, puisque l'on suit avec autant d'appréhension que le héros les dédales oppressants de cette demeure incongrue. Sous fond de disparitions étranges, chaque portes ouvertes et chaque couloirs empruntés peuvent se révéler des pièces malsaines ou loufoques, réservant parfois de véritables sueurs froides au spectateur.
Le fil de l'intrigue se déroule en tout cas sans temps mort ni ennui, jusqu'à un combat final jouissif (Yûko en action, c'est pas tous les jours!!) et une fin juste de simplicité, le tout servi par des musiques qui collent totalement à l'ambiance et qui, au sein du film, ne laissent pas de marbre.
Le seul réel reproche que je ferai au film, c'est son chara-design totalement raté selon moi, en particulier en ce qui concerne Yûko. En effet, si dans le manga les personnages sont allongés et filiformes, là c'est complètement disproportionné et disgracieux (la pauvre sorcière a carrément les seins qui tombent!!!), ce qui plombe pas mal l'ambiance quand on sait que le charme de la belle est l'un des piliers de la série. L'on peut aussi s'étonner du caractère donné à Watanuki ici, il est beaucoup moins gesticulant, braillard et débile dans le manga.
Quelques détails qui gâche le plaisir mais pas la fête, XXXHOLIC "Songe d'une nuit d'été" reste une réussite dans son genre dont les fans de l'oeuvre clampesque auraient tort de se priver.
Difficle exercice que l'adaptation d'un manga en long métrage.
Comment retranscrire fidèlement une intrigue développée sur de nombreux tomes ? Est-ce simplement souhaitable ?
Peux-t-on introduire les principaux personnages rapidement sans leur enlever leurs principaux attributs ? Comment satisfaire les fans tout en permettant au film d'être vu par les non-initiés ?
Le récent échec du long-métrage Full Metal Alchemist nous rappelle qu'il ne suffit pas d'un bon concept pour faire "prendre la sauce". Heureusement, ce que le studio Bones n'avait pu faire, Productions IG l'a brillament réussi avec ce "xxxHolic, le songe d'une nuit d'été", et ce à quelque détail près.
Il faut dire que le scénario du manga, très "épisodique" se prétait plus facilement au portage sur grand écran. Afin d'éviter de perdre ceux qui découvrent xxxHolic, les scénaristes ont pris le parti d'une unité de lieu, l'étrange demeure d'un collectionneur, d'une unité de temps, une nuit d'été, et de réduire le nombre de personnages au minimum. Seuls Watanuki, Doméki et Yûko interviennent véritablement. Exit le mystère Himawari et le cross-over avec Tsubasa. Ou presque.
L'intrigue reprend habilement le concept des "Dix petits nègres" d'Agatha Christie. Dix inconnus se retrouvent dans une demeure mystérieuse, convoqués par un hôte tout aussi mystèrieux et qu'ils ne connaissent pas. Très vite le piège se referme et les invités commencent à disparaître.
La grande qualité de ce film est d'avoir permis de rendre la demeure réellement vivante. A mi-chemin entre le château de Poudlard et l'établissement des bains du Voyage de Chihiro, le manoir est le quatrième personnage de l'histoire. Entraîné par Watanuki, le spectateur ne cesse de découvrir des pièces plus improbables les unes que les autres tandis que les murs bougent, que des voix émanent de sombres couloirs et que d'étranges messages apparaissent au sol. La scène des toilettes est, à ce titre, particulièrement réussie.
L'atmosphère qui se dégage de l'ensemble est un mélange d'oppression, d'humour noir et de mystique fataliste qui colle parfaitement avec l'esprit du manga. Une réussite donc.
Deux bémols cependant.
Le film est trop court. Parcourir le manoir en compagnie de Watanuki est si agréable que l'on en aurait bien pris une demi-heure de plus. Dommage.
Le cross-over avec Tsubasa est malheuseument rapidement évoqué en fin de film et semble tomber de la Lune. Il y avait peut-être là la volonté de créer un lien avec le long-métrage de cette autre série (et que je n'ai pas encore vu) mais il est très mal introduit et n'apporte rien à ce songe d'une nuit d'été.
Un film à voir néanmoins, d'autant que la version française est d'excellente qualité.