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Critique du manga Détenu 042

» par Serleena le
18 Mai 2011
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Détenu 042, c'est la preuve qu'il n'est pas toujours utile de faire des séries en 30 volumes pour passer un message et toucher le coeur des lecteurs.

L'histoire, c'est celle d'un prisonnier à qui l'on propose d'être le premier cobaye d'une expérience consistant à remettre en liberté surveillée des criminels dont le cerveau se voit doté d'une puce prête à exploser dès qu'elle détecte une émotion trop violente et négative.

En lisant le résumé, j'ai pensé que le manga traiterait de cette pression, celle de vivre avec une bombe à retardement dans la tête, de penser que l'on peut mourir à tout moment à cause d'une émotion trop forte, voire même de la folie qui pourrait en résulter. Que la vraie question soulevée serait: la prison de l'âme est-elle pire que celle du corps?

Mais il n'en est rien. Non pas que le traitement soit moins intéressant, non (cela dit, ma version alternative mériterait d'être développée, je pense!), mais finalement, il s'agit plus de confronter un meurtrier aux préjugés que l'on peut en avoir. La puce n'est pas le sujet de l'histoire, ce n'est même pas une réelle menace: en vérité, on l'oublie un peu, et quand elle est évoquée, cela a surtout pour résultat de nous faire réaliser qu'elle n'était pas aussi sensible aux émotions que nous aurions pu l'imaginer... car en réalité, le personnage principal, Tajima, s'emporte plus d'une fois sans en subir de conséquences.

Quoiqu'il en soit, comme je le disais, le sujet, c'est en vérité la façon dont les criminels sont perçus. La mangaka tord le cou à de nombreux clichés en mettant en scène un personnage peu causant, à priori pas aimable et qui ne regrette pas vraiment ses crimes mais qui, malgré tout, parvient à nous faire réaliser qu'il n'est pas moins humain ou dépourvu de sentiments (et de sentiments positifs et altruistes qui plus est) qu'un autre. Ainsi, des premières pages où Tajima n'est qu'un animal, attaché, sale, vivant dans le noir et la puanteur, et traité comme un moins que rien, aux suivantes, où on le retrouve évoluant dans le cadre sain et rassurant d'une ville où il sera peu à peu considéré comme un être humain à part entière, faisant fi de son passé, l'auteur nous conduit d'une extrémité à l'autre en posant la question muette du juste milieu. Car si l'on s'attache suffisamment à Tajima pour estimer qu'il mérite ce qui lui arrive, force est de constater, à travers d'autres cobayes, que l'expérience n'est pas toujours satisfaisante, ce qui nous fait prendre conscience ainsi qu'aucun criminel ne se ressemble même lorsqu'ils ont les même torts, et que leur punition ne peut et ne devrait donc pas être la même. Bien sûr, le traitement au cas par cas est une utopie. Mais cela soulève des questions et des réflexions intéressantes qu'il ne faut pas laisser de côté sous prétexte de ne pas pouvoir y répondre.

Détenu 042 parle avant tout d'humanité et comment chaque personnage évoluant autour de Tajima finit par l'apprécier au point de plus s'inquiéter pour lui que lui-même ne le fait. Des liens se créent, se tissent en douceur et outre le concept, on pourrait presque parler de "tranche de vie": des rencontres, des relations qui se font et se défont, une conclusion douce-amère, à l'image du manga. Que serait devenu Tajima s'il n'avait pas connu cette enfance terrible? Quelle aurait été la fin s'il avait pu recouvrir sa liberté, s'il avait eu le droit d'aimer?

La vie de Tajima lors de cette expérience, c'est celle d'un rat dans un laboratoire: il est surveillé constamment, subit sans broncher moult expériences, et voit la vie qu'il pourrait avoir à travers une vitre de verre. Il parvient à nouer des liens forts, mais qui ne peuvent aboutir, que ce soit dans l'amour, l'amitié, le sentiment de paternité ou même dans la colère. Et malgré tout, il change la vie de nombreuses personnes autour de lui.

On n'y parle pas de culpabilité, de repentir ou de pardon. On ne juge pas les actes de Tajima. On rappelle simplement qu'il est comme nous.

Yume incarne l'innocence, malgré sa cécité elle montre que ce sont les autres qui sont aveugles en voyant ce que personne avant elle ne perçoit. Elle représente la neutralité de jugement que nous devrions tous avoir, peu importe la personne que nous avons en face de nous et peu importe son passé.

Shiina est le personnage qui m'a le plus touché, car c'est finalement celui qui prend le plus sur lui, qui révise le plus son jugement et probablement celui qui sera le plus proche de Tajima tout au long de la série.

Niveau dessin, pas grand chose à dire: c'est sobre, servant ainsi mieux le propos, mais aussi, c'est assez classique et on ne s'y attarde pas. J'ai eu un peu de mal avec le chara-design de Tajima mais encore une fois, mais je suppose que ce côté froid et bourru qu'il dégage (en comparaison avec Shiina) était voulu, car les autres prisonniers sont eux aussi assez inquiétants et révèlent généralement bien leur personnalité.

Je reprocherais simplement un rythme un peu inégal: on accroche vite, mais il y a parfois quelques longueurs et, à l'inverse, des épisodes trop bâclés.

Ce que je retiens de ce manga, c'est donc son humanité mais aussi les questions qu'il pose.

Malgré tout, il ne manque pas de moments de suspense dignes d'un bon thriller, ou de moments plus tragiques ou plus légers. A lire pour réfléchir d'abord, et pour vibrer aussi.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Serleena, inscrit depuis le 02/10/2009.
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