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Natsujikan - Ça a sombré

» Critique du manga Natsujikan par Minuit le
03 Décembre 2018

Kunieda Saika est principalement connue pour son trait caractéristique et sa capacité à brosser des personnages complexes avec très peu de moyens. Dans les cinq histoires de ce recueil, que rien ne relie sinon l'amour entre hommes, l'autrice ne réussit qu'à moitié son pari.

La première histoire est brillante. Elle raconte les aventures d'un jeune lycéen en pleine quête identitaire après la mort brutale de sa mère. Ayant trouvé des lettres d'amour adressées à un homme inconnu, il décide d'aller à sa rencontre. Il trouve un individu étrange et cynique, bien loin de l'image que pouvait renvoyer sa propre mère. Interrogé, il refuse de parler ; mais le jeune homme persiste.
La narration est impeccable. Le trait est fin, distingué ; l'autrice parvient tout à fait, sans tomber dans le déballage d'entrailles, à installer le caractère des deux personnages principaux. L'histoire est ingénieusement bâtie : construite sur des effets de miroir multiples, elle fait entrer en résonance le passé et le présent avec une grande force évocatrice. La résistance, puis la désillusion du personnage principal débouchent sur l'envie d'oubli, l'oubli injustement refusé. Le motif du suicide manqué est récurrent, jusque dans la scène érotique finale qui illustre parfaitement l'aliénation dans le deuil et le rapport à l'autre dans l'oubli. Facétie certes ; on pourra regretter l'épisode sexuel et à vrai dire, l'histoire aurait presque pu s'en passer. On pardonne devant la virtuosité de tout le reste.

La deuxième histoire explore des thèmes tout aussi noirs et sombres. En trame de fond, une double mort. Les effets de miroirs reviennent à la charge, mais le pas est plus lourd, moins habile. Le dénouement se perd en explications verbeuses et les retournements sont dignes d'un mélodrame bourgeois du début du XIXe siècle. Exercice de style ? Peut-être. En tout cas, si l'histoire reste intéressante, elle ne trouve pas les moyens de se raconter d'elle-même et convoque des dialogues interminables à chaque coin de page. Le sexe, encore, est l'acmé de l'histoire. Mais cette fois-ci, sa gratuité voyeuriste le rend impardonnable. La conclusion de l'histoire, après un énième rebondissement, rappelle les heures les plus baroques et pathétiques du théâtre occidental. Sans la superbe.

Les trois histoires suivantes n'ont aucun intérêt. That's What God Says et Sweet Little Devil sont en réalité reliées et seule une ellipse temporelle sépare les deux nouvelles. L'autrice s'essaie au comique. Et ça ne marche pas. C'est plat, inintéressant, stéréotypé au possible. Les rebondissements ne provoquent qu'un soupir désespéré du lecteur. Le style graphique, excellent jusqu'alors, perd également tout son attrait pour un tracé paresseux et une mise en scène douteuse.
La dernière histoire, The Spleeping Man, souffre de son registre pathétique manqué. La chute ne fonctionne pas, le rythme semble à contre-temps et les encarts comiques sont toujours aussi plats. En abandonnant la construction des personnages pour des archétypes caricaturaux et en travestissant la complexité narrative, Kunieda Saika échoue à faire de ces trois dernières histoires des récits intéressants et riches. On ne comprend notamment pas le soin et la place accordés aux deux histoires centrales qui apparaissent davantage comme des moyens paresseux d'étoffer un recueil trop vide que comme des œuvres à part entière.

Natsujikan est un recueil inconstant. Si la première nouvelle mérite sans hésitation une lecture, sinon une relecture, la suite ne cesse de perdre en qualité. La fin du recueil, navrante, est d'un inintérêt glaçant. On aurait préféré que les trois derniers récits soient simplement absents de l'ouvrage.

Verdict :4/10
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A propos de l'auteur

Minuit, inscrit depuis le 23/09/2017.
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