Dans la lignée de Terre de Rêves, cet autre one-shot nous montre une fois de plus les plaisirs simples et les aléas de la vie. Une fois que l’on a compris ça et compris la nécessité d’apprécier pleinement chaque petit geste ou petite attention qui peut être banale au premier apport, rien n’est plus là pour empêcher de profiter de la lecture de ce manga intimiste et tellement réaliste.
Outre le sujet éternel de l’existence, ce manga met l’accent sur l’âge des individus, jeunes ou au contraire âgés, sur le temps qui passe inexorablement et les sentiments évoluant au fur et à mesure des événements et des réflexions. Même si ces thèmes sont récurrents, ils n’en demeurent pas moins culturellement intéressants et donneurs de leçons. Donneurs de leçons car ils nous prouvent ainsi que l’on a tout à apprendre de ses erreurs et que rien n’est irrattrapable.
Les différentes nouvelles qui composent ce manga ont aussi un autre but, celui de décrire, sans forcément les expliquer ou les justifier, les mœurs japonaises. En effet, Taniguchi et Utsumi nous montrent ici la rigidité souvent décriée de la société et les traditions à respecter lors de certaines circonstances, comme ici le cas d’un enterrement.
Il est aussi question d’amour, qu’il soit fraternel avec les rapports cahoteux à l’intérieur de la famille ou l’autre Amour, celui qui peut arriver à n’importe qui et surtout n’importe quand.
Évidemment ce manga, comme la plupart de ceux de Taniguchi, ne peut que susciter des avis tranchés : on aime ou on déteste.
J’ai pour ma part bien aimé cet aspect calme, simple et extrêmement concret. Sans casser des briques il sait se fixer sur les choses importantes de la vie et les rapporter à la manière d’un reportage, avec les sentiments en plus.
L'essai en fin de volume cerne assez bien les caractéristiques des nouvelles d'Utsumi, mises en image par Taniguchi : des oeuvres profondémment bienveillantes, parfois tristes mais jamais mesquines ou mauvaises. C'est ainsi que les sept historiettes nous dressent le portrait de Japonais de tous âges (de l'enfant à la vieille dame), héros malgré eux de petites aventures, de celles qui peuplent la vie de chaque être humain.
Il ne serait pas très intéressant de résumer chacune d'elles, mais soulignons quand même que la variété des situations et des problématiques (relations familiales, intégration d'une étrangère, lien homme / nature, amour entre personnes âgées, etc) saura toucher le plus grand nombre de lecteurs. En dépit de leur brièveté, elles comportent toutes un début, un développement et une vraie fin. En clair ce ne sont pas juste des morceaux de vie dénués de logique et d'évolution. Personnellement, chaque nouvelle m'a bien plu, et certaines m'ont vraiment ému. On peut toujours déplorer le chara-design moyen, mais j'avoue que je commence à m'y faire, et puis les sentiments passent plutôt bien malgré tout.
Ce modeste recueil se lit très bien et parvient à ne pas suggérer le moindre ennui chez le lecteur. On est bercé par la poésie des thématiques, le beauté sobre des décors et la justesse des comportements des personnages. Un livre qu'on peut très certainement qualifier de beau.
A l'oeuvre on reconnaît l'artisan. Même si l'Orme du caucase est l'adaptation de nouvelles, Taniguchi reste égal à lui-même, et nous propose un recueil dans un ton similaire au Journal de mon père.
Les nouvelles se construisent autour d'un thème, souvent les rapports familiaux mais à la sauce niponne. C'est-à-dire que les rapports décrits, les attitudes décrites, ne correspondent pas au schéma que l'on connaît habituellement en occident. C'est fait d'incompréhension, de conflits générationnels, les personnages sont souvent sexagénaires c'est assez rare pour le souligner. On aura du mal à saisir si l'on n'est pas familier à la culture japonaise. Comme par exemple cet enfant de six ans qui découvre sa nouvelle maman et l'aime autant que sa "précédente" maman. Une belle et douce plongée dans un Japon quotidien, mais trop mélancolique malgré les fins positives.
La première nouvelle qui a donné son titre au recueil, fait office d'exception. Les rapports familiaux restent présents mais sont au second plan. Ici on traite de subtile façon de l'éphémère à travers le parallèle des saisons d'un arbre, l'Orme, et la contemplation d'un vieil homme qui durant toute sa vie a remarqué presque trop tard un si simple plaisir. Le dessin reste simple. Il est là pour figer l'éphémère dans la durée, mais le charme du recueil s'évanouit aussitôt qu'on referme ses pages, et c'est là le principal ennui.