Attiré par le titre, la couverture du premier tome et par le synopsis, je me suis lancé dans la lecture de ce manga en deux volumes. Qu’en dire ?
D’abord graphiquement, le travail est plutôt soigné. L’auteur a su dessiner des protagonistes attachants, tant les personnages secondaires que le couple principal : Phiphy et Kai, même si la léthargie de ce dernier est parfois énervante. Mais là où l’auteur s’est visiblement fait plaisir, c’est dans le dessin des machines et en particulier de leurs mécaniques : engrenages et autres rouages pullulent, se retrouvent à toutes les sauces, foisonnent de détail et frappent par leur réalisme.
Quant à l’histoire, le mangaka a réussi à brosser un univers riche et intéressant et à le développer autant que le lui permettait le court format de son manga. Les références abondent, notamment au niveau de la religion – Marie, le pèlerinage, les trois êtres de fer, de bronze et d’or qui rappellent les trois âges (âge d’or, âge de bronze, âge de fer) présents dans certains mythes (grecs en particulier) – mais également du côté des techniques – on croisera ainsi dans l’atelier du père de Phiphy un prototype de machine volante très proche d’un modèle de Léonard de Vinci.
Cependant, je regretterai que les thèmes abordés (et en premier lieu la religion et sa relation au progrès notamment technique de l’homme) manquent de profondeur et de subtilité et n’échappent pas aux clichés.
Le mangaka a aussi su maîtriser le rythme de l’histoire, assez lent et paisible, mais sans en devenir soporifique pour autant, et il distille dès le début du premier tome quelques indices qui ne prendront tous leur sens que bien plus tard. Je dois dire que la fin du manga m’a à ce titre bluffé.
De récit merveilleux et pacifiste (un peu naïf même, mais sans devenir trop niais non plus, à mon sens), « un peu de douceur dans ce monde de brutes », il vire vers le fantastique et devient plus sombre, plus dur. Néanmoins, le récit manque parfois de force et son potentiel paraît alors sous-exploité. Ainsi, la thématique du son et de la musique, pourtant omniprésente, nous laisse sur notre faim.
La Musique de Marie constitue une expérience intéressante mais qui ne restera pas dans les annales. Sa lecture ne m’a pas laissé insensible, mais sa superficialité l’empêche de devenir un incontournable.
La musique de Marie est typiquement le genre de manga trompeur non seulement il possède une fois n'est pas coutume un titre à rallonge mais en plus le scénario et le dessin dans une moindre mesure sont faits pour nous mener en bateau.
Les premiers chapitres plantent certes le décor mais n'apportent aucune explications, et n'ont de raison d'être que de constituer un contre-poids au second volume. C'est-à-dire que la première partie de l'histoire présente un monde merveilleux, où tout le monde est gentil avec tout le monde. Bref c'est l'harmonie la plus agaçante qui soit pour un manga car totalement dépourvue d'intérêt. D'ailleurs le mangaka le dit lui-même à travers Kaï je cite "dans ce monde où rien ne se passe... où tout est calme". Les personnages n'en sont que plus insipides hormis Kaï piquant parfois le lecteur par le mystère qu'il dégage.
En revanche après qu'une anodine masturbation (!) vienne changer la donne, le virage se fait en douceur et du merveilleux on glisse vers le fantastique et le récit d'anticipation. La nature humaine reprend le dessus : des désirs inavoués s'échappent et s'opposent, des conflits éclatent proportionnellement à l'avancée de l'histoire,... Toutefois c'est lent mais avec du recul le mangaka maîtrise assez bien le rythme de son histoire. Car il contrôle l'irrésistible envie de tout faire exploser alors parfois il calme le jeu en nous faisant découvrir telle île voisine, tel coutume de ce monde imaginé de toute pièce. Mais une fois la machine mise en route, le mangaka accélère et s'embarque dans une mini-réflexion philosophique sur le bonheur avec la problématique suivante : le bonheur doit-il être atteint au détriment de libertés et de désirs ? Même si son manga s'avère très pessimiste, la réponse est audacieuse et la fin en surprendra plus d'un, d'où le génial contraste avec la première partie de l'histoire où le dessin classique convenait tout à fait au merveilleux.
Cependant le manga renvoie souvent à "notre monde", mais c'est une réalité biaisée, simpliste, où notre monde est décrit comme le feraient les minutes consacrées par le journal de 20h à l'actualité internationale.
Les références religieuses sont nombreuses comme le pélerinage à la Mecque, et Marie envoyée de Dieu ne peut que rappeler la Marie biblique. La religion a une place importante dans toutes les îles, mais on peut voir en filigrane que le mangaka l'a décrit comme l'opium du peuple, comme une sorte de mal nécessaire sans subtilité. On a droit à une philosophie de comptoir et c'est bien dommage. Nietzsche et consorts sont bien loin.
En conclusion ce fut malgré tout une bonne expérience, mais j'aurais aimé discuter avec l'auteur sur certains points sujet à controverses. Ne vous fiez surtout pas à la première partie si l'expérience vous tente.