Ayant entendu parler de ce manga dans les pages du Monde, ma surprise fut grande de le découvrir dans les étagères de ma petite bibliothèque municipale, a priori pas prédisposée à mettre en rayons ce genre de publication. Toujours est-il que, pourtant peu attiré par le manga en général, la curiosité m'a poussé à l'emprunter. Du fait de mon inexpérience, j'espère ainsi offrir un regard dénué de préjugés sur cette œuvre.
L'ouvrage se présente donc comme une suite de petites histoires, et dans chacune le personnage en question est amené à chercher un endroit où se sustenter. Il est en effet amené à se déplacer beaucoup pour son entreprise d'import/vente, et nous le suivrons donc tout à tour au restaurant, au convini ou encore au stade. Ce découpage favorise la lecture par étapes, un chapitre par-ci par-là au gré de vos envies. D'ailleurs je dirais que Le Gourmet solitaire se déguste comme du bon chocolat noir : un carré par jour on s'en lasse jamais, mais prenez-en trop et vous serez vite écœurés.
Dans cet état d'esprit, je dois dire que la lecture est très agréable. Déjà les plats commandés par notre héros (si l'on peut dire) sont tous plus appétissants les uns que les autres, même en noir et blanc et sans l'odeur ni le goût ! Personnellement ça m'a donné très envie de me faire un resto japonais. Mais le manga n'est pas qu'une espèce de guide culinaire, puisque chaque repas sera l'occasion, pour ce personnage et pour nous, de découvrir aussi un lieu, des habitudes ou des gens d'un région donnée. Des tranches de vie toutes différentes, parfois singulières, qui renouvèlent notre intérêt à chaque histoire. Mais dans tout ça, notre gourmet, en vrai tokyoïte, reste finalement toujours solitaire et souvent carrément en décalage, notamment par son aspect (toujours en costard-cravate). Si c'est à chaque fois très drôle, on aurait malgré tout aimé un personnage moins observateur lors des repas, moments pourtant traditionnellement synonymes de convivialité et de chaleur humaine. Quoique le tout forme le portrait d'un personnage atypique par bien des côtés, ce qui insuffle toute son originalité au manga.
Un manga sur la bouffe donc, mais pas que.
Taniguchi bénéficie d'une telle représentation de ses oeuvres dans les publications françaises de manga, qu'il doit sûrement être le mangaka le plus édité, notamment car il représente l'anti-mangaka tayloriste.
Le gourmet solitaire n'est pas sans rappeler l'homme qui marche, le premier manga de Taniguchi publié en France par Casterman. Bien sûr graphiquement le style s'est nettement plus affirmé, la simple comparaison des deux couvertures le prouve. C'est-à-dire pour les néophytes de cet auteur : des traits simples et répétitifs constituent les personnages si bien qu'ils sont tous stéréotypés, car ses récits se placent surtout dans le quotidien et sa routine. C'est le niveau du schéma scénérastique qui reprend les bases de l'homme qui marche. Le gourmet solitaire nous invite à partager chacun de ses repas, et qui s'accompagne toujours de l'analyse du plat que l'homme s'apprête à manger. C'est calme, c'est lent, et même inintéressant parce que chaque chapitre joue le même couplet, bien que le personnage prenne parfois le pas sur le gourmet.
Quand bien même l'homme qui marche m'ait plu, je me suis ici ennuyé, une fois n'est pas coutume. Il faut aborder ce nouvel ovni comme un guide michelin japonais, ou un bon moyen de s'évader si le coeur nous en dit.