Le Sommet des Dieux

  • Auteur: Baku Yumemakura, Jirô Taniguchi
  • Origine: Japon
  • Année de création: 2000
  • Titre original: Kamagami no itadaki
  • Licencié: oui
  • Titre français: Le Sommet des Dieux
  • Editeurs: Made in (Kana)
  • Nombre de volumes: 5

Par Gemini no Saga le 17/12/2007 à 19:07

On a frôlé le chef-d'oeuvre.

On connaissait les oeuvres intimistes de Taniguchi mais on méconnaît sa passion pour dessiner la montagne. A la fin des années 1980, K laissait présager que le mangaka allait revenir sur le monde de l'alpinisme, de la nature vierge et farouche comme une pucelle. Ici, il adapte le roman éponyme du manga.

J'ai envie de dire que graphiquement le mangaka a atteint des sommets. D'ailleurs on comprend très vite pourquoi le sommet des dieux a reçu en 2005 au festival d'Angoulême le prix du meilleur dessin. Le dessin tranche avec ses autres oeuvres, les personnages ont une personnalité graphique et ne sont plus ces stéréotypes qu'ils affectionnent. Ils s'affirment et s'expriment, alors qu'à l'accoutumée ses personnages intériorisent leurs sentiments et sont caractérisés par une certaine humilité. Mais le plus majestueux, ce sont les montagnes. De la roche la plus insignifiante au somment de l'Everest, le dessin communie avec le lecteur. Nous n'avons pas droit à un style de dessin ultra-détaillé, ou encore ultra-réaliste mais quelque chose de plus subitl et de plus subjectif : simplement un charme.

Pourtant, la mise en bouche du scénario ne mérite pas de tels éloges. Le premier volume est terriblement lent et long. Si bien que l'on se voit assaillir par des pulsions dites de "remboursement immédiat du volume". Il faut attendre l'arrivée d'Habu Joji et les volumes suivants qui relatent son parcours pour entrer pleinement dans l'aventure humaine à l'état pur. Tel personnage est rare, certes il représente quasiment l'idéal du loup solitaire par sa force de caractère et sa solitude permanente, mais que cela soit vraisemblable voilà le défi qu'a réussi l'auteur. Ces ascensions sont des régals, des leçons de courage et de persévérance. Bref le sportif par excellence, presque le surhomme que l'on aime à caresser de nos rêves.

Cependant la galerie des personnages ne peut pas se vanter d'être aussi intéressante, alors qu'Habu Joji n'est pas le personnage principal toutefois central. C'est sans doute le contraste qui écrase les personnages, les rendant fade, peinant à prendre le devant de la scène. C'est ce manque de maîtrise, de dosage, qui déçoit. De plus, les enjeux parallèles de l'histoire comme les déceptions amoureuses de Fukamachi, ses questionnements cassent parfois le rythme, l'absorbtion du lecteur. Néanmoins au contact d'Habu, Fukamachi cesse d'être la loque trop classique pour offrir un personnage plus mordant et décidé à se bonifier.

Le sommet des dieux c'est surtout le meilleur moyen de faire de l'alpinisme couché sur son lit ou assis sur son fauteuil. Un festin pour l'esprit comme on en déguste rarement.

9/10

Recherche