Strain est la deuxième collaboration entre deux dinosaures du manga: Buronson et Ikegami. Le premier à la plume et Ikegami au dessin. Après Sanctuary, et son succès, ils décidèrent de nous concoter une autre oeuvre.
Le dicton « on reprend les mêmes et on recommence » irait très bien à Strain. Ceux qui ont lu Sanctuary et Heat ou encore Ken le survivant, ne seront absolument pas dépaysés. C'est-à-dire que la recette reste la même: violence, machisme, rapports de force exacerbés et bien entendu érotisme. A ceci près que Strain se distingue de ses compères par une violence extremement malsaine desservis par des graphismes toujours aussi réaliste. On navigue dans un univers dérangeant et flou où certaines valeurs morales sont perverties (malheuresement certaines scènes frôlent la pédophilie), c'est à l'image des personnages qui constituent un mélange curieux. Mis à part le personnage sado-masochiste, les deux personnages principaux ont tantôt des attitues héroïques tantôt usent de violence gratuite accompagné d'une phrase choc. Paradoxalement de toute cette violence très crue, un sentimentalisme voir parfois une naïveté est souvent de rigueur, ce qui d'une part renforce le flou et d'autre part décrédibilise le charisme des personnages. Ce flou est certes une caractéristique de Buronson et de ses mangas mais il est largement contestable.
Le scénario parvient tout de même a éclipsé légèrement cet univers typiquement « buronsonien ». Le maître excelle dans l'art des rebondissements même si il a recourt à de bonnes vieilles ficelles scénaristques entre autre l'introduction de nouveaux personnages lorsque l'histoire s'essoufle (c'est aussi typiquement buronsonien). Néanmoins le fait de surtuliser les rebondissements tuent complètement l'intérêt de ces derniers puisque ceux-ci deviennent prévisibles, non dans la tournure des événements mais dans le fait de les sentir arriver de loin. Alors pour enrober le tout, on place l'histoire dans une peudo géopolitique à deux balles (tandis que dans Sanctuary c'était crédible) dans la pure tradition « kuromaku » (rideau noir en japonais). En effet, ici, le monde criminel et le monde civil sont intimement liés, plus précisément les grands pontes des deux mondes se connaissent et entretiennent des relations intenses. Ce décor nous plonge dans des intrigues passionnantes. De plus les personnages sont charismatiques avec un véritable fond toutefois à condition de s'immerger totalement (lors de ma première lecture alors que la seconde fut une désillusion).
Finalement, Strain est un manga que j'oublirai très vite malgré un bon début. Cependant Strain serait une bonne introduction dans l'univers de Buronson.