Tajikarao, l'Esprit de mon Village

Tajikarao, l'Esprit de mon Village

Informations générales

  • Auteur: Môri Jimpachi, Yoshikai Kanji
  • Origine: Japon
  • Année de création: 2000
  • Titre original: Tajikarao
  • Nombre de volumes: 4
  • AKA:
    • - たぢからお

Version française

  • Licencié: oui
  • Titre français: Tajikarao, l'Esprit de mon Village
  • Editeur: Akata - Delcourt

Synopsis

Au Sud du Japon, caché dans les montagnes de Kyushu, Yamagami est un hameau qui vit ses dernières années, sa population étant passée en 20 ans de deux-mille habitants à une centaine avec une moyenne d'âge d'environ 70 ans. Là, on vit au rythme du Japon ancestral. Proche de la nature, la culture du riz et la chasse sont les principales ressources de la population. Or, le petit village ancré dans la tradition et le mysticisme va être confronté aux soucis de notre époque quand un jeune du village revient de la ville après avoir fait des dettes de jeux dans un bar de yakusas. Hasard ou destin, c'est aussi ce moment-là que choisissent Tetsuo et Yusuke, deux jeunes citadins, pour s'égarer dans le village et se lier d'amitié avec les habitants.

Synopsis soumis par Jacky Choun

#Par Down le 16/02/2012 à 16:27

Un manga particulièrement rafraichissant, de par le thème abordé, assez inhabituel.

Tajikarao traite d'un petit village japonais perdu dans les montagnes, qui vit dans les traditions et le mode de vie du passé. Les habitants sont proches de la nature, vivent de la chasse et de la culture du riz, célèbrent les rituels ancestraux, dansent les danses traditionnelles, et vénèrent le dieu du village, Tajikarao, qui protège depuis mille ans le hameau lorsque celui-ci est menacé de destruction.

C'est sur ce dernier point que se base l'histoire: en effet le village semble voué à disparaître, la population vieillissant et diminuant inexorablement. Les jeunes ont quittés le village les uns après les autres, attirés par la ville. Cette disparition semble devoir encore s'accélérer lorsque le village entre en conflit avec un groupe de yakuzas, à cause d'une dette de jeu contractée par un jeune du village.

L'histoire est relativement conventionnelle, et se déroule plus ou moins tel qu'on l'attend, mais l'intérêt du manga ne réside pas ici.
Les moyens utilisés pour faire s'accrocher le lecteur sont assez classiques: prise au sentiment en montrant la beauté des traditions du village, et en montrant le combat face au monde moderne, à la perversité des hommes urbains, à l'injustice. C'est certes classique, mais efficace: on s'attache à ce village, à ces personnages, et ainsi on accroche à l'histoire. La fin est assez réussie.

L'auteur réussit particulièrement bien à rendre l'impression de sérénité, de calme et de paix qui se dégage des paysages alentours et du mode de vie de ce village. Le dessin est très réussi, assez réaliste et précis, et on est vite conquis par ce monde qui nous est présenté. C'est là je pense que réside l'intérêt du manga, ce qui fait sa particularité; par rapport à d'autres mangas abordant le même sujet.

On retrouve évidemment dans ce manga une forte thématique écologiste/ traditionnaliste: l'auteur aborde à la fois les sujets de la préservation des magnifiques espaces naturels du Japon, et du conflit des générations, de la perte des traditions et de la perversion de l'homme par la ville.
Le thème écologique est vu et revu, abordé de manière très classique mais une fois encore est bien servi par l'efficacité du scénario.
Le deuxième point est un peu plus intéressant: on voit très bien dans le manga l'opposition entre le calme et la sérénité des villageois, et le stress, la perversion émanant des personnages venus de la ville; particulièrement à travers l'évolution de plusieurs personnages qui subissent une véritable transformation: Tetsuo, Tachibana, Shuzo...
On a aussi la transformation inverse: le fils Sakutaro, apeuré, stressé par la ville.

On peut bien sûr reprocher à ce manga une vision trop idéaliste de la campagne, trop démonisée de la ville. On peut lui reprocher son apologie du traditionalisme (et encore... c'est discutable) et tout les travers qui y sont associés: conservationnisme fanatique, etc... On peut lui reprocher ce qu'on reproche habituellement à tout ce qui a trait à l'écologie.
Mais je ne m'étendrais pas plus sur ce sujet: ce manga m'a convaincu. En cours de lecture, je pensais mettre 6. A la fin, hier soir, je pensais mettre un 7. Après avoir rédigé cette critique, je me rend compte que ce manga mérite un 8.

Conclusion:
Sur la base d'une histoire certes classique mais solide, Tajikarao développe une réflexion sur des thèmes là encore classique, mais de façon intéressante.
Mais surtout il présente les paysages du Japon ancestral, le mode de vie des villageois, la sérénité qui en émane, à travers un dessin très réussi et un scénario efficace.
Bref, il remplit parfaitement sa fonction, en étant divertissant, en présentant superbement ces éléments du Japon traditionnel, et en incitant à une certaine réflexion.

8/10

#Par Jacky Choun le 22/04/2005 à 12:13

Ne vous fiez pas à la couverture : Tajikarao est loin d'être aussi noir qu'il y parait. C'est une légende moderne empreinte d'une nostalgie aux effluves traditionalistes pouvant paraître suspectes, avant que l'aventure mystérieuse ne se dévoile crescendo au long des 850 planches qui constituent l'histoire ! Car ce manga est rare et atypique : il nous change pas mal de la production habituelle où chacun copie sur l'autre. Impossible de s'ennuyer devant cette lecture où l'action ne faiblit pas une seconde et qui serait capable de faire taire ceux qui soupçonnent les mangas de sacrifier à la niaiserie et au simplisme.

Le scénario est d'abord l'occasion de nous faire découvrir le Japon ancestral à travers le village de Yamagami où chacun vit en accord avec la nature, au rythme des saisons, en pratiquant la culture d'une rizière naturelle ainsi que le "Kagura" : ensemble de danse et chants shintos. L'intrusion du monde moderne dans ce havre de paix va être l'occasion d'un retour aux sources. Les auteurs en profitent pour nous livrer quelques messages : De la simple lutte de la tradition contre la modernité, on passe au conflit des générations et au problème de l'écologie avant d'attaquer le discours politique corrompu et la marche du monde !

Cette belle leçon de vie est magistralement servie par les dessins classiques mais efficaces de Jimpachi Mori. On reste pantois aussi bien devant les paysages qu’à la vue de certaines planches particulièrement travaillées, qui font penser à des estampes japonaises ! Voilà donc une œuvre complexe et dense qui ravira, je crois, tout le monde (à part peut-être les amateurs de shonen bien dur).
Il est à noter que ce manga est le chouchou de l'équipe Akata-Delcourt qui le considère comme le pilier de sa collection manga !

9/10