Drama : The Origin (1/3)
Eh bien, chers lecteurs d’Anime-kun et d’ailleurs, voici venu le temps de découvrir un pan de la culture japonaise quelque peu laissé de côté : les dramas. Certains savent ce qui se cache derrière ce mot, d’autres non, car paumés on ne sait où sur Terre ou bien parce que trop occupés par d’autres choses. Après supplication du staff A-K, je me suis résignée à accepter leur requête et à leur pondre un article décapant sur le sujet, dans la joie et la bonne humeur. Et tout ça pour développer votre culture générale, c’est pas beau ? Allons, entrez dans le monde merveilleux des dramas… Dont vous ne sortirez pas indemne.

« Vous regardez quoi ? » «Un drama… » « Et c’est bien ? » « …» « Ah… D’accord… » (Bloody Monday)
Commençons par le commencement : tout d’abord, qu’est-ce qu’un drama ? Pour notre Krokko national, c’est simple : « Déjà, par définition, un drama c'est tout pourri ». Très bel esprit de synthèse, mais nous allons tout de même essayer d’être un peu moins catégorique et plus précis. Derrière ce mot étrange se cache l’ensemble des séries TV asiatiques, dont le nom complet est terebi dorama. D’où provient ce terme obscur ? Beaucoup de gens s’en contrefichent, mais soyons professionnels ; il s’agit de la prononciation japonaise (avec l’accent qui va avec of course) du terme anglais TV drama, tout simplement. Bref, les Japonais, les Taïwanais, les Coréens, et les autres ont droit à ces séries en plus des américaines (non parce que Derrick ça les intéresse pas, hein). Nous nous concentrerons sur les japonaises pour cet article.
Ces séries sont constituées d’une dizaine d’épisodes de 45 minutes chacun, diffusées à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, la tranche horaire la plus prisée étant bien évidemment 21h-22h, à raison d’un épisode par semaine.
Il faut savoir que bon nombre de dramas sont tirés de supports déjà existants, avec en tête de liste les mangas (GTO, Bloody Monday, Nodame Cantabile, Remote, Les Gouttes de Dieu…). On trouve aussi des adaptations de romans (Nobuta wo Produce, Ryusei no Kizuna), de films (Chakushin Ari) voir carrément des remakes de séries étrangères ou anciennes qui avaient déjà été tirées d’un support précédent. Vous suivez ? Non ? Ben, relisez la phrase. C’est le cas de quelques séries japonaises qui adaptent des séries coréennes ou taïwanaises déjà issues d’un manga (Hana Kimi, Hana Yori Dango)… Bref, c’est les champions du recyclage audiovisuel. Mais il ne faut pas pour autant oublier les créations originales, même si je n’ai pas l’impression que c’est ce qui prédomine. La preuve : je n’ose même pas vous citer un exemple de peur de me tromper.

Gné ? Un drama ? C’est quoi ? (GTO)
Alors c’est bien joli tout ça, mais la vraie question est : de quoi ça parle ? Eh bien nous touchons là au gros point fort des dramas : ça parle de tout. Mais absolument de tout, je ne plaisante pas : nourriture, vin, sport, enquête, école, romance, horreur, histoire… Rien n’est épargné, tout est utilisé. Alors imaginez ce que ça donne quand ils font un mélange des genres... Oui, vous avez le droit de flipper. Et maintenant, admirez le génie japonais à travers cette liste non exhaustive des différents genres que vous pourrez trouver :
Le home drama : genre plutôt mineur, on y suit le quotidien d’une famille, si possible complètement barrée, sinon ce serait chiant. Ou sinon on vous aborde la problématique de la maltraitance des enfants, des familles recomposées, des crises d’adolescence, du deuil, de l’avortement… La routine quoi. Le summum du délire a été atteint par Atashinchi no Danshi, avec une famille de barges assez hallucinante... Et celui du drame par Aishiteru.
Le tendry drama : à peu près le même concept que le home drama, sauf que là on se focalise sur un seul personnage de la famille. Donc vous aurez des univers différents selon le protagoniste : école si vous suivez les gamins, entreprise pour le père… Pour la mère… Eh bien c’est rare qu’on s’intéresse à elle vu qu’elle reste à la maison la plupart du temps… Hem… Mais qu’on se rassure, les jeunes femmes actives ont leur propre genre : le drama professionnel. Ah, ça fait quand même plus classe. Un exemple ? Kimi wa Pet, voyons, ça coule de source. Ou encore Hotaru no Hikari, assez drôle à suivre.

Assistez en direct live à l’un des rituels des familles japonaises :
la baston à coup de pistolets sèches-cheveux.
Oui, tout est normal. Et c’est à faire après chaque douche (Abarenbo Mama)
Thriller / mystère / policier : je les mets tous ensemble, car les différences sont minimes (et je m’en fous si vous n’êtes pas d’accord). Bon, là ce n’est pas bien dur de deviner de quoi ça parle, vous devriez pouvoir vous débrouiller sans moi… Non ? Rah, c’est pas vrai. Eh bien vous suivez une enquête. Voilà. Comme Sherlock Holmes, mais en moins bien. Vous avez le choix de suivre un détective (33pun no Tantei), ou bien des lycéens qui s’y croient à fond (Conan, Meitante Gakuen Q), ou encore des policiers (Tokyo Dogs, Remote), des avocats (cinq fruits et légumes par jour n’oubliez pas), des unités spéciales luttant contre le crime (Bloody Monday, Mr. Brain) ou même carrément un escroc justicier grâce auquel vous apprendrez toutes les failles du système financier japonais (Kurosagi). Ca fallait le faire tout de même…

Les Japonais ont une manière bien à eux d’arrêter les criminels : faut les montrer du doigt… Heureusement, il semblerait qu’ils aient enfin pigé que ce n’était pas la meilleure méthode : maintenant, ils font comme tout le monde, ils utilisent un flingue (et l’audimat va bien mieux) (Kurosagi, Tokyo Dogs)
Action / aventure : genre assez peu représenté, il fait la part belle aux affrontements, avec parfois des idées complètement farfelues, comme utiliser la nourriture ou des ustensiles de cuisine pour se battre, ou encore voir une lycéenne armée d’une mitraillette faire le ménage chez les yakuzas (Sailor Fuku to Kikanju). Heureusement qu’il est couplé à un autre genre, la comédie le plus souvent, pour faire passer la pilule. Néanmoins, vous pouvez en trouver sans ce côté fantaisiste, comme SP - Security Police, qui n’est à voir que pour les chorégraphies des combats.

Survivrez-vous aux brûlures d’estomac provoquées par
l’attaque destructrice des crêpes enflammées ? (Teppan Shôjo Akane)
Horreur : comme son nom l’indique, c’est sensé vous faire peur. Oui, c’est « sensé », parce que bon, quand un fantôme apparaît, c’est souvent avec un autre objectif que celui de vous faire peur (vous faire compatir ou bien rigoler… Oui, c’est un comble). Des fois, ils sont même utilisés pour de la romance, c’est dire (comme dans Ghost Friends, tout gentillet et digne des Bisounours). En gros, l’horreur doit être le genre le plus mal et le moins exploité. Vous n’aurez jamais peur. Même dans Chakushin Ari (tiré du film La mort en Ligne pour les connaisseurs), qui reste le plus réussi des dramas d’horreur que j’ai pu voir, la frayeur est absente. Même si la sonnerie de la mort est franchement bien trouvée. Bref, il vaut mieux se tourner vers les productions coréennes pour trouver du potable (le drama M est d’ailleurs considéré comme culte chez les amateurs du genre, quoique un peu kitsch), ou bien vers les films, plus réussis (Ring, ça vous parle ?).

Ouuh… Dommage que seule l’image fasse peur et pas le drama…
Même « Fais-moi peur » est au-dessus, c’est dire… (M)
Sport : genre assez rare aussi, souvent couplé à la romance, il met en avant la détermination (wouhoo !!), le travail d’équipe et autres trucs très nekketsu (voir les shônen mangas pour comprendre). Ce qui est assez dingue, c’est qu’ils peuvent traiter de n’importe quel sport : le base-ball bien-sûr, mais aussi le volley-ball (Attack n°1), le tennis (Prince of Tennis), le basket-ball (Buzzer Beater), la boxe (One Pound of Gospel), le hockey sur glace (Pride) et même l’aviron (Regatta) ou la course automobile (Engine). Et tout ça avec des SFX kitchs à souhait pour les coups spéciaux si la série provient d’un manga.

« Oh la la Thierry, admirez-moi ce superbe coup lifté ! »
« Tout à fait d’accord Nelson ! Et que dire de cette fumée que dégage la balle a force de tourner sur elle-même ! Federer, un commentaire ? »
« Je suis juste impressionné par cette nouvelle position… C’est la première fois que je la vois… Vous êtes sûr que c’est du tennis ? » (Prince of Tennis, le film)
Historique : oui, ça existe. Et la plupart du temps ça se passe à l’époque des samouraïs (je ne préfère pas avancer de date, je vais me planter à tous les coups). Donc, au menu : sabre, voyage, guerre, honneur et tout le tralala. Jetez un œil à Fuurin Kazan ou bien Byakkotai pour comprendre de quoi je parle. Après si vous connaissez un drama qui se passe à une autre époque, n’hésitez pas à vous manifester, je suis preneuse.

Admirez. La vérité historique dans les dramas est respectée à 100%. En effet, qui n’a jamais vu un samouraï avec des cheveux gris en train de chialer ? (Byakkotai)
La romance : là on s’attaque au poids lourd. Cela représente près de 80 % de la production japonaise (les 20 % restant comprenant 10 % de policiers et 10 % du reste), sans compter qu’en plus vous aurez forcément une romance dans n’importe quel autre genre (c’est une des lois inviolables des dramas : il faut une histoire d’amour au minimum, point). On y trouve plusieurs sous catégories.
- La comédie romantique : LE genre par excellence. Vous n’y échapperez pas. C’est inévitable. Résignez-vous. Ecoutez Big Brother. Vous aurez vos scènes remplies de bons sentiments niais à en vomir. Vous aurez votre triangle amoureux, voir un carré ou un cercle (oui, c’est possible). Vous aurez vos personnages principaux abrutis comme pas possible, qui mettent trente mille ans à comprendre qu’ils sont amoureux et encore trente mille pour se l’avouer. L’envie de les étrangler vous prendra souvent, mais ça ne fera aucunement avancer les choses, alors autant abandonner. Il suffit de regarder Hanakimi ou Hana Yori Dango pour comprendre. Et pour en finir, vous aurez votre cadre scolaire dans 80% des cas (qui n’a rien à voir avec la réalité la plupart du temps… Regardez Mei-chan no Shitsuji par exemple : l’école est un château français et toutes les élèves ont un majordome !). Je vous l’avais dit, inutile de résister… Heureusement, vous aurez des scènes hilarantes, provoquées par des personnages secondaires de malades, complètement cinglés. Et là, ça vaut le coup. Si, si, je vous l’assure, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils sont extrêmement doués pour nous faire rire. Le seul problème, c’est qu’il y aura des fois où vous ne saurez pas si c’est voulu ou non, vu le jeu des acteurs.
- Le drame : ça, ça sert à faire pleurer. Ou juste à émouvoir si vous êtes particulièrement insensible, comme moi. Et là aussi, des choses sont inévitables. Vous aurez votre jeune fille pure condamnée à mourir dans d’atroces souffrances à cause d’une maladie (ou atteinte d’un handicap à vie). Vous aurez votre héros dépressif qui ne saura absolument pas quoi faire pour la sauver (de toute façon c’est une maladie incurable, alors y a rien à faire). Vous aurez (peut-être) un miracle absolument pas crédible. Vous aurez une scène à l’hosto aussi (logique). Le drama parfaitement représentatif du genre est One Litre of Tears (avec un titre pareil, vous êtes prévenus). Ou sinon, dans le cadre scolaire, vous aurez une jeune fille qui se fait martyrisée (Life). Vous aurez envie de la secouer pour qu’elle se rebelle. Mais ça ne changera rien à l’affaire, alors abandonnez… Ou bien vous avez celle qui est tombée enceinte par accident et qui se fait rejeter par la société (14 Sai no Hana)… Et profitons de l’évocation de cette série pour faire passer un message d’utilité publique, car on ne vous le répétera jamais assez : il faut vous protéger !! Enfin, reconnaissons tout de même leur maestria pour exprimer la souffrance d’une relation amoureuse ou ses joies.
Le school drama : c’est tout ce que j’ai écrit auparavant mais avec des ados en plein questionnement existentiel et dans un lycée (et ouais faut pas chercher bien loin). Un seul m’a particulièrement plu : Nobuta wo Produce, qui évite certains clichés avec brio (et il faut voir la scène de simulation de drague, culte). Ou alors ça va un peu plus loin, comme dans Honey and Clover, où on s’intéresse à ce qu’il y a après le lycée (l’université, pour ceux qui suivent pas).

Il faut savoir faire la distinction entre fiction et réalité. Ne tentez surtout pas cette technique de drague, ce serait la baffe assurée (d’autant plus qu’un mec fait la fille, vive la crédibilité…) (Nobuta wo Produce)
Les autres : il existe des trucs totalement inclassables. Ils ont comme sujets des choses auxquelles personne n’aurait pensé, pas même les Américains. Les Japonais l’ont fait, avec plus ou moins de réussite (souvent moins…). En voici quelques uns.
- Les dramas traitant de la bouffe comme Les Gouttes de Dieu, qui nous fait l’apologie du vin, ou encore de la cuisine avec Little Chef, Bambino et Teppan Shôjo Akane (déjà évoqué précédemment pour les combats avec de la nourriture).
- Les dramas parlant musique classique, le plus connu étant bien sûr Nodame Cantabile. Mais il n’est pas seul, comme le montre Beethoven Virus (coréen) !
- Les dramas s’intéressant à différents métiers : les Japonais ont leur version d’Urgences et autres Grey’s Anatomy avec Code Blue ou Iryu Team Medical Dragon, en moins bien forcément, mais ils parlent aussi du métier d’hôtelier avec Hôtelier (très recherché comme titre, j’en conviens), d’hôtesse de l’air dans Attention Please! (là c’est plus dur de voir un rapprochement), des pompiers en action avec Fireboys (là c’est pas dur) ou même une équipe de sauveteurs en hélicoptère comme Code Blue… Bref, ils font de tout.

Dans un drama, vous pouvez communiquer avec Bacchus, dieu du vin,
ou carrément avec Dieu tout court grâce... au vin. Donc, buvez du vin (Les Gouttes de Dieu)
Les nanars : voilà un genre qui n’existe pas officiellement, mais il existe quand même donc on en parle. Ce genre regroupe près de 70% des dramas. Oui, le chiffre est juste, puisqu’il vient de moi. Et on s’en fout qu’il n’y ait aucune source pour le confirmer. Alors, un nanar c’est quoi ? Eh bien, c’est un truc où tout y est ridicule. A un tel point que ce qui est censé être triste vous fera pleurer, ça c’est sûr, mais de rire. Cherchez l’erreur. Et à ça, les dramas sont champions. Le summum fut atteint par l’adaptation de Sailor Moon en drama, horrible, avec des combats dignes d’un ballet, des costumes kitsch (mais fidèles à l’original, soyons honnêtes) avec des capes qui claquent, des chats en peluches, des effets spéciaux mythiques et des acteurs… Hem… Evitons les sujets qui fâchent. Adaptation talonnée de très près niveau nullité par celles de Détective Conan, devant laquelle ma respiration fut coupée tellement je riais. Et je répète que près de 70 % des dramas sont des nanars, donc ridicules, alors accrochez-vous bien. Et évitez-les si vous êtes cardiaques.

Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon ce serait l’hécatombe… Regardez ça : qui aurait pu croire que Maigret tomberait enceint(e) ? Et comment ne pas évoquer la catastrophe Sailor Moon ? (une loi vous autorisant à quitter le pays a été votée si jamais la série est diffusée, soyez rassurés) (Conan, Sailor Moon)
To be continued...
- Article publié par Rydiss



