Panty & Stocking - You can't be half an animator now Hiroyuki, not anymore
Les années noires de Gainax semblent lointaines mais leur souvenir reste vivace. Malgré les qualités des productions récentes, entre un Hinamaru Youchien mignon tout plein mais un peu court et un Shikabane Hime sans trop d'ambition, les fans du studio restaient sur leur faim. Aussi, quand l'équipe de Gurren Lagann, le réalisateur Hiroyuki IMAISHI en tête, se remet à l'ouvrage, l'effervescence et l'attente sont-elles grandes. Pourtant, on a pu craindre un instant des relents de cadavres d'un He is my master quand on a appris que le nouveau projet tournerait autour de deux anges : cornaquées par Garterbelt ("Porte-Jarretelle"), un prêtre black à la coupe afro, Panty ("Petite culotte"), une blonde nymphomane et Stocking ("Bas"), une gothic-lolita qui s'empiffre de gâteaux, doivent se racheter de leur conduite indécente au Paradis en combattant des Fantômes dans la ville de Daten. Heureusement les premiers épisodes ont rapidement balayé ces doutes. Dans la droite ligne d'un FLCL ou surtout d'un Dead Leaves, Gainax continue son pèlerinage iconoclaste qui lui vaudra le soutien de ses fans au risque d'un suicide commercial.
L'humour de Panty & Stocking ne conviendra pas à tout le monde, c'est le moins que l'on puisse dire. De mauvais goût, qui n'hésite pas à représenter la merde ou le sperme, la série est très clairement non politiquement correcte. Moi-même, je me retrouve parfois tiraillé entre la répulsion et la fascination. Pire, le rabot-joie en moi a envie de mettre en garde le studio devant ce gouffre financier pour qu'il ne se retrouve pas contraint aux mêmes horreurs passées en espérant un nouveau rebond qui ne viendra pas forcément une deuxième fois. Mais le feu-follet fantasque qui réside aussi en moi (il se chamaille parfois avec le rabat-joie) et résiste malgré des productions formatées veut applaudir des pieds et des mains : la prise de risque est nécessaire dans le processus créatif. En fait, la japanimation peut aussi bien mourir si elle n'est pas capable de se débrider comme ça à l'occasion.
Panty & Stocking With Gatherbelt, de son petit nom complet, aurait aussi bien pu être sous-titrée "Les Super Nanas débarquent à South Park". Super Nanas pour la forme technique presque caricaturale et South Park pour le fond narratif insolent. En effet, un peu dans le même esprit que Heroman et Bones au printemps dernier, Gainax est ici allé chercher ses inspirations dans la pop-culture américaine. Parler d'inspiration tient même du doux euphémisme ici. Le chara-designer Atsushi NISHIGORI, le directeur artistique Masanobu NOMURA ou encore le directeur de la photographie Fumihiko MOROHASH ainsi que tous les animateurs ont totalement reproduit les codes graphiques des cartoons outre-pacifiques, productions Cartoon Network en ligne de mire. Les personnages sont très stylisés avec des articulations anguleuses, des doigts carrés, des proportions approximatives et des traits soulignés au marqueur. Les décors sont dans la même veine avec des murs rarement rectilignes ou alors pas d'aplomb et des grands aplats de couleur qui donne l'impression que la série a été dessinée avec des Pantones. Les bruitages sont traduits à l'écran dans de grandes onomatopées venues des comics. Deux seules touches japonaises subsistent dans la série.
L'animation d'abord. Avec "À la recherche des cassettes de porno perdues" entrecoupée d'une pub sur les donuts avec une gothique en guise d'actrice, on pourrait passer à côté mais l'animation de Panty & Stocking est de très haute voltige. Il n'y a pour ainsi dire aucun plan fixe, ça bouge tout le temps. Certes, on ne peut pas parler de réalisme avec des choix de designs aussi stylisés et encore moins de mouvements naturels mais l'action reste incroyablement fluide. L'utilisation abusive des travellings et de lignes de vitesse exagérées donnent beaucoup d'énergie à cette animation sous acide. L'autre tribut à la culture japonaise est dans la mort des Fantômes. On a droit à des explosions de maquettes en polystyrène dans la plus pure tradition des sentai. Souvenir quand tu nous tiens.
Toujours dans le format Cartoon Network, les épisodes sont en fait divisés en deux parties indépendantes d'une dizaine de minutes chacune. Gainax a mis à profit cette concision pour faire jouer le turn over des équipes. Chaque épisode voit des réalisateurs d'épisodes, scénaristes, storyboarders, directeurs d'animation, animateurs clés, etc. différents. C'est l'occasion pour nous de voir à l'œuvre les nouvelles stars montantes comme Sayo YAMAMOTO ou de découvrir les seconds couteaux ici pour la première fois sous les feux des projecteurs et qui font leurs armes comme Shouko NAKAMURA. La série n'est pas tant un "Dead Leaves - la série" comme j'ai pu le croire au début qu'un omnibus d'animateurs auxquelles on a donné pour seule consigne de lâcher les chevaux. Les clés du camion leur ont été confiés pendant qu'on retient tant bien que mal les producteurs et les empêcheurs de créer en rond.
Série atypique qui doit slalomer entre les censures (certains épisodes ont déjà du être retravaillés à la demande des chaînes) mais qui s'inscrit en lettres d'or dans la filmographie gainaxienne et la japanimation en général, Panty & Stocking ne plaira pas à tout le monde. Les esprits chagrins diront même qu'à n'égrener que sur le cul et les fluides corporels, la série n'atteint pas la polyvalence d'un South Park ou des Simpsons. Cependant, ce projet ravira les autres qui se rappelleront que non, l'animation n'est pas encore morte. Son cadavre bouge encore. Il existe encore des villages peuplés d'irréductibles créateurs qui résistent encore et toujours à l'envahisseur. Gainax est l'une de ses poches de résistance.
- Article publié par Afloplouf











