Critique de l'anime 5 cm par Seconde

» par Serleena le
27 Juin 2011
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Une belle découverte que ce 5 cm par seconde. J'étais méfiante, car le genre tranches de vie, à priori c'est pas tellement mon truc. J'aime le concept mais je trouve ça souvent traité de façon ennuyeuse et monotone. Je me suis lancée dans ce visionnage sans grande conviction, plutôt motivée par son format court qui m'arrangeait bien en cette période de diète animesque. En vérité, j'ai été vite happée et je le recommande sincèrement.

Ça commence par une expérience visuelle; il suffit de regarder la pochette du dvd pour comprendre que c'est beau et surtout très onirique. Les décors sont incroyablement travaillées, les couleurs sont douces, rêveuses. A l'inverse, le chara-design est lui plus simple, ni beau ni moche, et je pense que la raison en est simple: cela rend les personnages plus passe-partout. Ils pourraient être n'importe qui, votre voisin, votre camarade de classe... vous. Car l'identification est très forte, selon moi, et il ne m'aura pas fallu plus de quelques secondes pour m'attacher aux différents personnages. Si l'on pourra leur reprocher d'être un peu lisses ou impersonnels, je pense que cela s'explique bien ainsi.

L'animation quant à elle, est de qualité, c'est de la dentelle tellement c'est doux et délicat.

Ensuite, c'est une expérience auditive. Je ne parlerai pas de la musique, je ne m'en souviens plus. Si elle ne m'a pas marqué, il y a fort à parier qu'elle n'est ni transcendante ni inaudible. Elle s'en tient à une fonction d'accompagnement. Non, je veux parler des sons et bruitages. Je n'y ai jamais été sensible auparavant, mais dans cet anime ça m'a sauté aux yeux - aux oreilles, pardon. Le son de la neige qui craque sous nos pas, le souffle du vent dans les branches, le bruit du train qui roule à vitesse régulière sur les rails... c'est incroyablement immersif.

Et puis l'histoire. J'ai adoré le premier chapitre, et je dois avouer, c'est en grande partie parce qu'il fait directement écho à mon histoire personnelle. Lorsque Takaki prend le train pour retrouver son premier amour dont il a été séparé mais que celui-ci est sans cesse retardé, à cause de la neige, j'ai eu comme un vieux tropisme. Je sais ce que c'est que de passer 9h dans un train pour rencontrer la personne qu'on aime. Qu'on ne me parle pas du supplice que c'est. Et là, le sentiment de lenteur sur un temps qui est pourtant en réalité très court est incroyablement réussi. C'est long, monotone, silencieux. La hâte, l'excitation, l'anxiété de notre héros se sent, elle est presque palpable. L'attente insoutenable, le désir d'arriver à destination toujours grandissant, la frustration et l'impuissance face à la lenteur, aux intempéries qui bloquent le train... c'était vraiment saisissant. Et je ne pense pas que cela soit uniquement dû au fait que j'ai connu cela. La réalisation tient du pur génie à ce moment là.

Même si j'ai moins été captivée par les deux chapitres suivants, je n'ai pas été insensible à la poésie de 5 cm par seconde. A travers les points déjà évoqués, on aura compris que l'une des grandes qualités du film, c'est son réalisme. Le réalisateur semble avoir capté l'essence de la vie et l'avoir enfermé dans ce court long-métrage. On traverse plusieurs périodes de la vie de Takaki. Des périodes décisives. Les premiers émois amoureux, la distance, le temps qui passe, les questions quant à l'avenir, les regrets et les souvenirs, l'évolution des sentiments... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le film est loin d'être niais et plein de bon sentiments. Même si on garde une impression de légèreté tout du long, 5 cm par seconde, c'est doux-amer. Comme dans la vie, rien n'est tout rose ni tout gris, tout n'est qu'une question de perception. Et à l'image du titre, on nous invite à réfléchir sur le caractère éphémère d'une vie, d'une relation, de sentiments, peut-être.

C'est teinté d'une mélancolie très forte, presque oppressante lorsqu'on n'y est pas sensible, mais aussi de fraîcheur, et surtout de sérénité.

Sous une apparence de simplicité, l'anime aborde en fait la question du "qu'est-ce que grandir?" avec son lot de difficultés, de doutes, de complexité, d'amour non partagé...

L'anime est pourtant peu bavard, et nos personnages ne sont pas très causants. On assiste le plus souvent à des scènes muettes, mais tellement fortes qu'il ne tient qu'à nous d'y mettre des mots, des sensations, des émotions. Ce qui est beau, c'est aussi cette subtilité. Je n'aime pas les films qui font trop dans l'émotion et le larmoyant, se montrent trop insistants et justement, ce n'est pas le cas ici - ou du moins je n'en ai pas le sentiment. En soi, le film est très neutre, il ne donne pas de clés sur la façon de le comprendre, pas de morale explicite non plus, c'est purement une question de ressenti, et le ressenti, comme on le sait, c'est subjectif. J'ai personnellement trouvé cet anime très juste (forcément, il jouait sur une corde sensible), contemplatif mais aussi très intéressant sur la réflexion qu'il peut apporter.

Bon, vous l'aurez sans doute compris, mais ça reste un film assez passif, autant dire que si vous cherchez de l'action il faudra passer votre chemin. Cet anime c'est de la dentelle (et à ce sujet, je conçois qu'il ait plus de chances de plaire aux filles qu'aux gars) et c'est ce que, de ce que j'ai vu, ce qui s'approche le plus d'une poésie visuelle. Une expérience unique et émouvante.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Serleena, inscrit depuis le 02/10/2009.
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