BLACK CLOVER — Asta la Vista, baby

» Critique de l'anime Black Clover par Deluxe Fan le
20 Septembre 2021
Black Clover - Screenshot #1

Black Clover est un manga écrit et illustré par Yuki Tabata et actuellement publié dans le magazine hebdomadaire Weekly Shônen Jump. Ce manga a débuté sa parution en février 2015, c’est-à-dire quatre mois après la fin de Naruto (novembre 2014), ce qui n’est évidemment pas un hasard. Vers le milieu des années 2010, sentant la fin approchante du manga de Kishimoto, le Jump a lancé plusieurs séries ayant pour objectif assumé de prendre la relève. C’est ainsi que World Trigger débuta en 2013, Boku no Hero Academia en 2014 et Black Clover en 2015. Sur ces trois titres, seul Hero Academia est parvenu à se placer comme héritier putatif du ninja en combi orange. World Trigger, malgré ses qualités, a souffert d’un rythme de parution chaotique au point d’être déplacé vers un autre magazine ce qui revient à l’éjecter de la compétition. Quant à Black Clover, s’il continue à être publié, son succès est loin d’égaler son collègue My Hero, et il s’est depuis fait complètement dépasser par des nouveaux venus tels que Kimetsu et Jujutsu.

Black Clover - Screenshot #2Pour comprendre ce qui s’est passé avec ce manga, j’aurais pu aller le lire tout simplement, sauf que je ne sais pas lire du coup je me suis tapé les cent-soixante-dix épisodes de la série télé, parce que oui, je galère.

Le récit se déroule dans le royaume de Clover, où tous les habitants pratiquent la magie à plus ou moins haut niveau. Les meilleurs magiciens peuvent devenir chevaliers-mages, et intégrer les plus hautes sphère de la société aristocratique. Dans un recoin paumé du royaume, le jeune AstaAAAAAAAAAAAAA se découvre une particularité ; il n’est pas capable d’utiliser la magie, ce qui dans un monde de magiciens le rend à peu près aussi utile qu’un balai à chiottes. Cela n’empêche pas le garçon de rêver d’intégrer l’ordre des chevaliers-mages, tout comme son ami Yuno qui lui est un prodige. Le jour où les jeunes du royaume sont censés recevoir leur grimoire - un objet qui leur permet d’utiliser leurs sorts un peu comme la baguette de Harry Potter, Asta reçoit un mystérieux livre qui lui permet d’invoquer une épée absorbant la magie de son porteur. Une telle arme serait normalement toxique pour un magicien, mais Asta étant dépourvu de magie, il parvient à l’utiliser à son profit. Le grimoire lui accordant ce pouvoir interdit et mystérieux est flanqué d’une marque taboue dans ce royaume, le Trèfle Noir…

Black Clover - Screenshot #3Black Clover c’est abord et avant tout un excellent exercice de digestion. L’auteur a parfaitement ingéré les codes du Shônen Jump, puis les a digérés, ruminés, intégrés, avant de les restituer. Le héros pestiféré qui se découvre un pouvoir maudit, dont on apprend plus tard qu’il vient d’un démon qui se trouve à l’intérieur de lui ? L’ordre des chevaliers-mages qui est divisé en neuf compagnies chacune dirigée par un capitaine ? Le protagoniste intègre une "guilde" qui ressemble à un genre d’équipage avec des "nakama" ? Les emprunts sont en vérité tellement nombreux qu’on pourrait passer le reste de ce commentaire à en faire la liste. Normalement cela ne devrait pas être gênant qu’un shônen essaie de ressembler à du shônen, c’est même assez logique, mais dans Black Clover cela passe moins bien que d’habitude. A mon avis la raison vient que le manga accumule les références dès le départ, genre les trente premiers épisodes le scénario est en pilotage automatique ce qui rend l’anime assez lourd tant rien de ce qui s’y passe n’a pas déjà été vu ailleurs.

Une fois ce cap des trente épisodes franchi (ce qui correspond au moment où le méchant principal apparaît) les choses deviennent plus intéressantes. Le récit démarre pour de bon et ne s’arrêtera pas pour les cent épisodes qui suivront ; c’est d’ailleurs à ce moment que l’on peut dégager les réelles forces et faiblesses de cette série. La principale qualité de Black Clover c’est que son histoire, toute empruntée qu’elle puisse être, est suffisamment bien menée. L’auteur sait où il va, l’intrigue a un sens, et surtout comparé à World Trigger et Hero Acadamia, il se passe des trucs. Contrairement aux grands tas de rien que sont les séries que je viens de citer, dans Black Clover il y a ce que l’on appelle des péripéties, des retournement de situations, des évènements, des trucs quoi. C’est pas une série où on va se toucher dix ou vingt épisodes à déblatérer sur que dalle, chaque segment apporte sa pierre à l’édifice, chaque combat amène son power-up, ça avance constamment et une fois que l’on prend le rythme ça se suit bien.

Black Clover - Screenshot #4En revanche la vraie faiblesse de Black Clover ce sont les personnages, dont le nombre est inversement proportionnel à leur intérêt. L’auteur ne s’est pas embêté à écrire des personnages, il a attribué à chaque individu un trait de caractère ou un gimmick et c’est tout ce à quoi il aura droit pour l’intégralité de la série. L’auteur a décidé que ce personnage serait un débile vulgaire à l’épisode trois ? Ben tu va rester un débile pour tout le manga. Toi t’es une autiste incapable d’aligner trois mots sans piquer une crise ? Ben tant pis pour toi tu vas piquer ta crise à chacune de tes apparitions. Le pire c’est celui qui a un sister-complex et qui arrête pas de parler de sa sœur de huit ans avec un sourire pervers, putain la gêne quoi. Le scénario tente bien de grapiller quelques points de sympathie en utilisant le cliché du personnage qui meurt sauf que en fait non, mais son utilisation incessante et excessive durant la totalité de la série tue toute forme d’enjeu autour des protagonistes.

Cette incapacité de l’auteur à écrire des personnages est probablement liée à ce que j’expliquais plus haut sur la digestion des codes du shônen. Yuki Tabata a sans doute passé plus de temps dans sa vie à lire des BD qu’à parler à des êtres humains, du coup il ne sait pas comment se comportent les gens dans la vraie vie, il n’a que les mangas comme référence. En vérité ce n’est pas forcément un problème pour une série qui n’a aucune prétention à traiter de quoi que ce soit de sérieux, mais là où l’écriture accuse vraiment le coup c’est le personnage principal AstaAAAAAAAAAAA. Certes au début de l’anime il passe son temps à hurler mais ça se calme par la suite. Toutefois plus on avance plus ce héros se révèle être atteint de ce que j’appelle le « Syndrome Midoriya », ce qui signifie que chaque image de chaque seconde de chaque minute de chaque scène de chaque épisode est intégralement consacrée à lui sucer la bite. Et que Asta il est trop fort, et que Asta il a toujours raison, et que Asta il abandonne jamais, et que Asta il ne perd aucun combat, et que Asta il gagne grâce au pouvoir de l’amitié, et que Asta ceci, et que Asta cela. Le mec il démarre c’est un paysan illettré qui vient de sa cambrousse, au bout de dix épisodes il a trois ou quatre filles qui lui tournent autour dont deux princesses, au bout d’un moment ça va quoi.

Black Clover - Screenshot #5L’anime est produit par le studio Pierrot, qui connaît son sujet en matière d’adaptation de shônen puisqu’ils ont produit Naruto, Naruto Shippuden, Bleach, Boruto, ainsi que tous les films correspondants à ces licences. Néanmoins on ne peut pas nier que le studio a mal négocié la fin de Naruto et qu’ils ont beaucoup de mal à rebondir. Je me souviens il y a dix ans on parlait de Pierrot comme les rois du pétrole, les maîtres du shônen, ils figuraient dans la liste des studios d’animation de premier plan. Aujourd’hui tout le monde s’en fiche d’eux, d’ailleurs aucune série estampillée Pierrot n’a été nominée dans la liste d’Anime-Kun des animes de la décennie (référence du bon goût et de la Qualité sur l’Internet mondial). Leur fond de commerce, les adaptations de shônen longue durée produites pour pas cher, a été siphonné par des studios tels que Bones, Mappa ou Production IG qui produisent pour plus cher mais avec une qualité bien supérieure, ce qui rend les animes plus vendeurs à l’international ce qui est essentiel dans une industrie mondialisée par le streaming. Le modèle de production Pierrot est devenu obsolète dans un milieu où le public a rehaussé ses exigences.

Concernant Black Clover, pour une série longue durée c’est pas mauvais mais par rapport à n’importe quelle autre adaptation de shônen récent ça ne tient pas la comparaison deux minutes. Ce qui est amusant c’est que certains épisodes précis (genre le n°63, le n°84 ou le n°100 par exemple) sont totalement dingues au niveau sakuga, et méritent d’ailleurs d’être vus rien que pour ça, mais le reste de la série est banal voire médiocre, comme si le studio n’avait qu’un seul animateur compétent et qu’il venait bosser que tous les vingt épisodes.

Le premier gros arc scénaristique de la série, « Œil du Crépuscule », se termine vers l’épisode 120, puis la série enchaîne sur un autre arc avec d’autres enjeux avant de se conclure brutalement le 30 mars 2021 à l’épisode 170, au beau milieu d’un entraînement censé donner toujours plus de pouvoir à notre héros pour vaincre ses toujours plus forts adversaires. A l’heure où j’écris ces lignes aucune véritable suite n’a été officialisée, ce qui peut s’expliquer soit par le manque de matériel à adapter, la série ayant quasiment rattrapé le manga toujours en cours, soit l’absence de réel intérêt pour le Jump de continuer à financer une adaptation qui ne rapporte rien à ce manga sorti depuis six ans alors qu’une seule saison de Kimetsu no Yaiba ou de Jujutsu Kaisen a suffi à propulser leurs mangas respectifs en têtes des ventes internationales.

Pour ma part je ne vais pas faire l’hypocrite qui s’est farci 170 épisodes de Black Clover juste pour dire que c’est de la merde. C’est un divertissement honnête, sans grande prétention et qui récite les classiques du Jump de manière efficace, mais qui (pour l’instant) n’apporte rien de spécial dans un genre où la concurrence se fait de plus en plus féroce.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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