GENOCIDAL ORGAN — Si tu veux la paix, prépare la guerre

» Critique de l'anime Genocidal Organ par Deluxe Fan le
10 Novembre 2017
Genocidal Organ - Screenshot #1

Genocidal Organ est un film qui revient de loin. Annoncé dès début 2014 par les producteurs de Noitamina, il est censé faire partie d’un triptyque de films adaptés de l’œuvre de l’auteur japonais Project Itoh, décédé en 2009. De son vrai nom Satoshi Itô, ce romancier de science-fiction connut une carrière aussi brillante que brève puisqu’il succomba d'un cancer à l’âge de 34 ans seulement. Genocidal Organ fut son premier roman publié en 2007, suivi par Empire of Corpses et enfin Harmony. Chacun de ces livres devait donc être adapté en film d’animation, sachant que Genocidal Organ était considéré comme le plus important car le premier et le plus connu des romans de Itoh.

Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Noitamina a confié les trois films à trois studios différents, pour s’assurer qu’ils soient produits en même temps et sortent à un mois d’écart entre octobre et décembre 2015. Les studios Wit et 4°C respectivement en charge de Empire of Corpses et Harmony ont fait leur boulot correctement et sortent leurs films dans les délais. De son côté le studio Manglobe en charge de Genocidal Organ a dû faire face à une contrariété de taille : criblé de dettes, le studio fait faillite le 29 septembre 2015, à quelques semaines de la diffusion prévue du film. Un nouveau studio est alors monté en urgence, Geno Studio, afin de terminer le film qui sort finalement en février 2017 au Japon et ce mois-ci en Occident.

Genocidal Organ - Screenshot #2Tout ce foin pour un film dont la plupart d’entre vous n’ont jamais entendu parler et que vous ne verrez probablement pas. Dommage, car il s’agit d’un des meilleurs films d’animation de ces dernières années.

En 2015, une bombe nucléaire de fabrication artisanale explose en plein centre de Sarajevo, capitale de la Bosnie. Les conséquences politiques sont considérables, les États du monde entier deviennent paranoïaques à l’idée que des groupes terroristes isolés puissent utiliser une telle force de destruction. Les plus riches d’entre eux mettent alors en place des systèmes de surveillance perfectionnés afin de pister les moindres faits et gestes de la population, ce qui les rend beaucoup plus sûrs. Mais le reste du monde n’a pas cette chance, et des guerres civiles éclatent sur tous les continents, entrainant la mort de populations entières dans l’indifférence générale.

En 2022, le ministère de la Défense des États-Unis découvre qu’un de leurs ressortissants a été en contact avec de nombreux dirigeants, et que dans les six mois qui suivent son passage le pays en question tombe immanquablement en état de guerre civile. Cet individu nommé « John Paul » semble détenir la clé de ce qui provoque la vague mondiale de génocides. Clavis Shepard, un agent des Forces Spéciales directement mandaté par le Pentagone, est chargé de le traquer à travers le globe…

Genocidal Organ - Screenshot #3Pour donner une idée de ce qu’est Genocidal Organ, il s’agit peut-être de ce qui ressemble le plus à une adaptation animée de Metal Gear Solid ; un mélange de roman d’espionnage et de film de guerre, dans un contexte politique fictif mais pas si invraisemblable, et où la science-fiction et le fantastique ne sont jamais bien loin. Je ne fais d’ailleurs pas cette comparaison au hasard, puisque Itoh a publié en 2008 une adaptation en roman de Guns of the Patriots, le quatrième épisode de la série des MGS avec lequel Genocidal Organ entretient un grand nombre de similarités. La plus importante étant le contexte d’un monde futuriste où la guerre est devenue permanente entre des États éclatés en peuples qui s’entretuent.

Le film brasse tout un tas de concepts, notamment le rapport entre la liberté et la sécurité, l’inégalité des peuples face au terrorisme, la guerre technologique et les soldats du futur, et même des idées plus exotiques mais pas moins intéressantes telles que l’influence du langage et de la parole sur le comportement humain au niveau neuronal, une théorie à laquelle je suis assez réceptif personnellement. Autant de sujets parfois très actuels, mais qui parfois s’encombrent les uns les autres dans un film de deux heures qui se consacre entièrement à son intrigue au détriment de ses personnages. En particulier l’antagoniste John Paul, sur qui repose toute l’histoire mais qui n’apparaît finalement que trois scènes et uniquement pour exposer des concepts au spectateur ; c’est typiquement le genre de récit où les individualités s’effacent devant les idéologies qu’ils représentent, ce qui est assez stimulant intellectuellement mais ne produit pas forcément des films super intéressants à regarder.

Genocidal Organ - Screenshot #4Ce qui est intéressant en revanche c’est la réalisation, et mazette, c’est excellent. Je ne me souviens même plus la dernière fois où un anime s’est cassé le cul à reproduire une foule en 2D, comme il se doit. L’animation est exceptionnelle à tout point de vue, en particulier celles des personnages qui se situe à mi-chemin de la fluidité des productions de feu Manglobe et de l’école réaliste de Production IG par exemple. La mise en scène est également travaillée avec des designs futuristes détaillés, inventifs et crédibles ; ainsi que des mouvements de caméra audacieux telles que les séquences en vue subjective façon FPS lors des scènes d’action. On sent toutefois que le film a eu son lot de problèmes de production, la seconde partie du film étant bien moins impressionnante que la première – mais dans l’ensemble le travail fourni est démentiel, c’est le genre de film d’animation que même des gens qui ne sont pas fans d’animes pourraient regarder sans le trouver moche et mal animé comme la plupart des productions japonaises.

Il faut noter cependant que le film n’est pas à placer entre toutes les mains, les atrocités de la guerre ne sont pas censurées et plusieurs scènes peuvent choquer les âmes sensibles. Je pense notamment à un passage où les protagonistes s’infiltrent dans un bâtiment en abattant tout ce qui se trouve sur leur chemin, et l’occurrence il s’agit d’enfants soldats. Certains pourront trouver ce genre d’imagerie gratuite et provocatrice, mais personnellement j’adore ; voir ces têtes exploser et ces membres arrachés dans une gerbe de sang sous les tirs des fusils d'assaut, avec les effets sonores des muscles déchiquetés et des os pulvérisés, c’est tellement bon, j’en suis gourmand.

On aurait pu croire avec Genocidal Organ que la montagne allait accoucher d’une souris, d’autant que les autres films du Project Itoh n’ont semble-t-il pas déchaîné les passions. Mais la qualité suprême de l’animation comme la variété et la profondeur des concepts traités m’a très vite surpris en bien. Les personnages et l’intrigue ne sont pas des plus passionnants, mais on sent qu’il y a derrière une volonté sincère d’aborder des questions que la japanime a complètement délaissé. Si vous avez été à une époque fan de Ghost in the Shell, de Jin-Roh et de ce genre de choses peut-être que vous trouverez en Genocidal Organ un film qui sans être à leur hauteur a au moins le mérite de regarder en leur direction.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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