Goblin Slayer - Gobs, moches et méchants

» Critique de l'anime Goblin Slayer par Anon le
05 Janvier 2019

Goblin Slayer est l’adaptation du light novel éponyme. Attendez un peu avant de vous mettre à grincer des dents. Le light novel est un peu le pile ou face absolu: au milieu d’une mer de médiocrité, il faut savoir trouver les pépites qui redorent le blason du genre. On est pas forcément aidés, il faut bien l’avouer, par les adaptations animées qui manquent souvent de goût en la matière, mais passons.

Quid de Goblin Slayer? Oeuvre de fantasy (relativement) sombre, l’anime a surtout été connu pour sa mauvaise pub grâce aux exploits de Crunchyroll qui a réussi à se planter non pas une mais deux fois dans sa diffusion, une histoire de ratings et de montage foireux. Ce second hic n’a surtout fait ronchonner que les gens qui étaient déjà bien plongés dans l’aventure Goblin Slayer, mais le premier a causé une grosse vague de mauvaise publicité puisque l’étiquette de série «trop dark pour faire du trop dark» a depuis tendance à la suivre partout. J’y reviens un peu plus tard.

Faisons avant tout les choses dans l’ordre. Goblin Slayer est l’histoire du Goblin Slayer, donc (parfois Crève-Gobelins en version française), un étrange hurluberlu qui a voué son existence à l’extermination des gobelins. Cela fait de lui un original, puisque dans le monde des aventuriers, les gobelins sont des sous-fifres qu’on tape quand on est débutants, avant d’aller se chercher de gros dragons, des trésors et la gloire.
La vérité, nettement plus triste, c’est que les gobelins sont des créatures viles, particulièrement retorses et surtout très dangereuses une fois en nombre. C’est ce que va apprendre notre jeune Prêtresse, partie dans sa première aventure avec une bande de nouveaux aventuriers, lesquels vont tous allègrement se faire massacrer. Sauvée de justesse par le Goblin Slayer, la Prêtresse va alors choisir de le suivre dans ses aventures.

L’originalité de Goblin Slayer tient en plusieurs points. Le premier, c’est que l’univers est inspiré de Donjons et Dragons, et du jeu de rôle en général. Ainsi, les dieux lancent les dés et font évoluer les mortels comme simples pions dans leur univers. De même, aucun personnage n’a de nom, ni même d’histoire (à l’exception de notre protagoniste). Ils correspondent tous à des classes et aux clichés qui l’accompagnent: la Prêtresse est douce et gentille, l’Elfe Archer casse-cou et grande gueule, le Nain ne jure que par l’alcool et la bonne bouffe, etc. Aventuriers, ils partent ainsi en quêtes, les menant à combattre divers boss. On échappe d'ailleurs, merci bien, à la tendance insupportable de mettre un côté «MMO-like» a absolument toutes les capacités et affrontements: pas de points de vie, de statistiques ou que sais-je encore.

L’autre aspect qui m’aura des plus surpris, c’est la volonté malgré tout de rendre ces personnages appréciables. Goblin Slayer n’est pas une sorte d’emo surpuissant et torturé, mais un homme pas toujours très impressionnant, on ne peut plus mortel, et surtout profondément traumatisé. Mais la série ne fait pas de drama inutile sur sa situation: les secondaires qui sont le plus proche de lui, lui offrent un soutien discret et inébranlable, tandis que son obsession des gobelins devient volontiers sujet de plaisanterie. Notre héros lui-même apprendra à se décoincer un peu au contact de ses compagnons de plus en plus nombreux. Compagnons qui fonctionnent très bien dans leurs interactions volontiers comiques et une complicité qui se forme sans nécessité de grands discours ou moments émotionnels. L’anime, malgré quelques défauts scénaristiques que j’évoquerai un peu plus tard, ne s’y trompe pas et prend volontiers le temps d’adapter des moments de pure tranche de vie. En fin de compte, on se surprendra à s’attacher à cette petite troupe et à aimer la suivre dans ses mésaventures, au point d’en oublier que le scénario tient sur un timbre post.
Car en effet, il sera question de gobelins, de gobelins et encore de gobelins, pris mortellement au sérieux tandis qu’en parallèle, la quête de l’Héroïne pour vaincre le Seigneur Démon se passe hors-champ et devient carrément sujet de discussion au bar. Mais si Goblin Slayer s’accorde volontiers des moments légers voire humoristiques, la série et son héros ne plaisantent pas avec les gobelins, les affrontements contre ces monstres étant toujours pris mortellement au sérieux, et le danger crédible.
Cela est notamment du au tout premier épisode. Souvent considéré «racoleur» par son ultra violence (morts sales et viols, z’êtes prévenus) il pose en vérité la base: tomber entre les mains des gobelins équivaut au mieux à un traumatisme insurmontable, au pire à une mort atroce (ou l’inverse, à vous de voir). Par conséquent, jamais plus la série ne se sent obligée d’insister sur les horreurs perpétrées par les gobelins; et le spectateur, quand il voit les protagonistes en difficulté, sait pertinemment quel sort pourrait bien être le leur. C’est pour cela que je soulignais le «relativement» sombre de l’oeuvre. Certes il y a du sang et des morts et de manière pas toujours très propre, mais globalement une fois qu’elle a montré clairement ce qui pouvait se passer, elle n’a plus besoin d’en rajouter et elle ne le fait pas. Si vous allez voir la série pour du sale et de la violence, la déception sera au rendez-vous.

Je vais faire dans la longueur, mais je me permets de faire un petit point sur les différences entre les supports quand on parle de Goblin Slayer. Ainsi, si vous lisez le roman (qui est très bien par ailleurs) vous constaterez que la violence y est bien plus succincte et moins outrancière que dans la version manga, qui s’amuse nettement plus avec le gore et le ecchi. L’anime s’en arrange bien, moins de violence ça veut dire moins de censure.

De fait, j’ai beau aimer Goblin Slayer, l’anime en lui-même reste tout à fait moyen. En 12 épisodes (il y en a officiellement 13 mais le 11 est un récap), on assiste surtout à un charcutage du light novel histoire d’adapter les passages qui plaisaient le plus aux scénaristes; le tout reste plutôt cohérent, mais pas toujours. L’animation est feignante: pas mal de plans fixes et un Goblin Slayer animé en CG du pauvre un plan sur deux. Seules quelques fulgurances en matière d’osts et de réalisation permettront au moins de faire un effort appréciable sur les scènes les plus importantes, évitant ainsi de tomber dans le carrément médiocre. Quant aux doublages, si la plupart sont tout à fait corrects, on notera certaines voix absolument insupportables, heureusement chez des secondaires qu’on entend pas beaucoup. En vérité, l’anime se repose complètement sur les qualités du support de base, sans en faire plus. Il aura quand même rencontré son succès, puisque le dernier épisode confirme qu’une nouvelle série sera produite: peut-être une suite, peut-être un des spin-offs, on verra bien.

En résumé, il ne faut pas vouloir regarder Goblin Slayer pour les mauvaises raisons. Si vous attendez de la dark-fantasy à la Berserk, vous allez vous étouffer. Si vous voulez de l’action palpitante, vous risquez fortement de vous ennuyer. Mais vous pourrez apprécier pour l’étonnante subtilité, l’effort sur les personnages, le point de vue original et le contraste maîtrisé entre le quotidien léger et les affrontements périlleux. Tout en restant objectif sur la qualité de la série animée, j’ai beaucoup d’affection pour Goblin Slayer, et ses aventures furent plaisantes à suivre.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Anon, inscrit depuis le 28/07/2013.
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