Megazone 23 - la pilule bleue

» Critique de l'anime Megazone 23 par Deluxe Fan le
20 Mai 2014
Megazone 23 - Screenshot #1

La démarche d’une lecture historique de l’animation japonaise ne saurait éviter une des périodes de ce média les plus importantes quoique méconnue des jeunes générations ; l’Age d’Or de l’OAV.

Les OAV, chacun sait au moins ça, sont des animes distribués directement en vidéo sans passer par la case télé ou ciné. Ce format prit son essor au milieu des années 1980, alors que se consolidait un public de jeunes passionnés d’animation – les otakus – autour des grandes séries de SF telles que Yamato ou Gundam. Ce public était demandeur d’animes plus provocateurs et sombres, plus adolescents en somme. Et pour contourner les limitations de la diffusion télé (censure, formats étriqués, délais de productions tendus) tout comme pour assurer une qualité technique et artistique à même de satisfaire l’exigence de ce public, certains studios décidèrent de distribuer leurs animes directement en vidéo. Ainsi le marché de l’OAV explosa durant cette période avec des titres majeurs tels que Bubblegum Crisis (1987), Legend of The Galactic Heroes (1988), Gunbuster (1988) ou Patlabor (1989). Il y eut bien d’autres titres, parmi lesquels des suites de licences connues et pas mal d’animes érotiques.

Megazone 23 - Screenshot #2Cette période faste de l’OAV permit aux réalisateurs et aux artistes de japanime de travailler sur des productions plus recherchées et matures, et d’exprimer leur créativité avec moins de contraintes. Elle permit également l’émergence de talents et de genres nouveaux, à l’image de la production qui nous intéresse ici, une des plus importantes de genre historiquement parlant, Megazone 23.

Ironiquement, Megazone 23 devait être une série télé à la base, mais sa diffusion fut annulée suite à un retrait brutal des sponsors. Le projet fut donc porté en un long-métrage d’une heure trente, avec un staff qui pouvait peut-être sembler novice en 1985 mais qui aujourd’hui ferait s’évanouir la moitié de l’Internet.
Le réalisateur, Noboru Ishiguro, est LA star de l’animation des années 70-80. Goldorak, Uchû Senkan Yamato, SDF Macross, Legend of the Galactic Heroes, tout ça c’est lui. Au storyboard on trouve l’animateur Ichirô Itano, le mécha-designer Shinji Aramaki et le chara-designer Yasuomi Umetsu. D’autres noms complètement inconnus sont crédités au générique, notamment un animateur appelé Hideaki Anno et le musicien Shiro Sagisu. Des jeunes sans avenir, à n’en pas douter.

Megazone 23 - Screenshot #3Megazone 23 se déroule à Tokyo et suit la vie aventureuse de Shôgo, un biker qui partage sa vie entre son boulot au McDo et la drague de jolies filles. Alors qu’il travaille sur sa nouvelle conquête, une jeune danseuse, il met la main sur un prototype de moto futuriste aux performances inédites et qui, accessoirement, peut se transformer en robot géant. Cela lui attire immédiatement des ennuis qui l’amèneront à être pourchassé par des agents secrets, qui lui feront découvrir une terrifiante vérité sur le monde qu’il pensait connaître…

Si l’histoire proposée par Megazone 23 utilise certains motifs connus de la SF animée de l’époque (le gamin insouciant qui découvre un robot géant et devient impliqué dans un conflit qui le dépasse complètement), elle fait preuve pour le reste d’un avant-gardisme spectaculaire. Le twist majeur du film, à savoir que Tokyo est une illusion créée par une réalité virtuelle, rappelle évidemment le film culte The Matrix sorti en 1999. Oui, vous avez parfaitement lu : Megazone 23 est la preuve que les japonais avaient quinze ans d’avance sur les américains, mais pour une raison inconnue personne n’a jamais été foutu de le remarquer. Toutefois restons honnêtes, Megazone 23 ne brille pas spécialement par son scénario inconsistant et à la mise en scène parfois bancale, surtout vers la fin. Il reste ainsi des réminiscences de la construction originale de l’anime en série télé, avec d’importantes fluctuations dans le rythme et des sous-intrigues à foison qui trahissent un scénario prévu à l’origine en plusieurs courts épisodes. Les personnages sont peu développés en dehors du couple principal, et même en cherchant bien je ne vois pas trop à quoi sert Yui hormis, bien sûr, le service du spectateur masculin. D’ailleurs, le récit n’a pas de conclusion au bout d’une heure trente ; seule la suite permet de saisir le fin mot de l’histoire.

Megazone 23 - Screenshot #4Esthétiquement parlant, les designs des personnages et des méchas rappelle énormément l’excellent film Macross DYRL sur lequel Ishiguro a travaillé ; attendez-vous donc à pas mal de plans sur des jolies filles court vêtues. La moto rouge que conduit le héros et avec laquelle il fait les quatre cent coups fait bien sûr penser à celle de Kaneda dans Akira, dont l’adaptation animée est sortie en 1989. Oui, vous avez parfaitement lu : Megazone 23 est la preuve que les japonais avaient cinq ans d’avance sur les japonais.

L’animation est d’une très grande qualité pour qui sait apprécier les robots dessinés à la main. Preuve que les animateurs avaient les moyens de s’exprimer via le format OAV, on a droit à pas mal de BG Animation (BackGround Animation, lorsque le décor est animé de la même manière que le sujet de l’action. C’est un genre de sakuga très difficile à réaliser et particulièrement impressionnant à regarder). Les décors sont détaillés et de manière générale l’anime surclasse une bonne partie de la production de l’époque, à la télé en tout cas.

Cette qualité technique et artistique a permis à Megazone 23 de remporter un vif succès qui prouva la viabilité commerciale du système des OAV et ouvrit la voie aux grandes productions SF citées en introduction. Megazone 23 quant à lui aura droit à une suite directe dont on reparlera, et à une autre suite plus tardive. Alors même qu’il s’agit d’un des premiers animes estampillés cyberpunk, avec un staff de fou et une grande importance historique, son nom tomba dans un relatif oubli… Mais à défaut de vous avoir convaincu de sa qualité, justice est faite sur son intérêt.

Verdict :7/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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