Souvenirs de Ghibli ?

» Critique de l'anime Souvenirs de Marnie par Leaf le
25 Mars 2015

Excitation ; dernier Ghibli.

Voici comment je pourrais décrire ma motivation à voir ce film. En effet, il y a peu de Ghibli que j'ai vu qui n'étaient pas réalisés par les deux grands maîtres du studio. Si bien que, si j'étais assuré par avance de la qualité technique du titre, je ne savais cependant pas ce à quoi j'avais le droit d'espérer. Une campagne un peu étrange ; le film semble s'être construit sur les cendres du studio. Je ne sais pas si c'est fondamentalement une bonne chose.
Pincement au coeur ; envie de voir partir ce cher Totoro la tête haute, vers un ciel parsemé d'une multitude d'étoiles souriantes.

Le métrage s'ouvre sur une scène de jardin d'enfant. C'est beau ; bien animé. Normal pour une réalisation du studio. Mais déjà, la réalité saute au yeux. Ici, rien n'inspire le rêve. Il a disparu, envolé. Ou bien enterré. Place désormais aux considérations existentielles d'une jeune adolescente. Les Ghibli modernes devraient-ils ressembler à cela ? Une agitation perpétuelle, autour. Et notre héroïne, dessinant et s'insultant elle-même. Se détestant. Certes, un nouveau genre d'héroïne pour le studio. Une héroïne humaine. Mais sommes-nous venus pour assister aux hésitations continuelles de cette enfant ? De cette humaine ? Il en ressort une saveur bien étrange ; une finalité triste peut-être ; nouveau.
Bien loin des habituelles élucubrations fantasmagoriques propulsées à l'hélium de maître Miyazaki, on assiste ma foi à une expérience banale. Imaginez une brouette ; un chemin. La brouette suit le chemin, inlassablement. Mécaniquement. Avec toute la nonchalance naturelle si caractéristique des brouettes. Sauf que dans cette brouette, il y a encore quelques vestiges de Ghibli. Quelques pensées peut-être. On espère ; on attend. Péniblement. Mais il faut bien le reconnaître, Souvenirs de Marnie n'est pas si loin des habitudes de la maison. Un voyage ; une enfant, une orpheline ; un lieu enchanteresse. Tous les ingrédients sont réunis, mais la formule ne fonctionne pas. Et on aurait aimé que ce poids, dans la brouette, nous tombe dessus, nous jette à la figure ses relents agonisants, nous cingle en pleine face de cette pestilentielle nostalgie. Rien de tout ça ; le film poursuit son chemin.

Indéniablement, il serait injuste de rejeter complètement ce film. Sans doute. Mais quelle platitude ? Lisse. Trop lisse. Dans ce film, aucune implication personnelle. Une personnalité inexistante. Ou nouvelle. Mais quoi qu'il en soit, au fur et à mesure qu'on le déguste, il se plaît à émoustiller nos papilles ; lent, sadique. Il glisse sur notre langue, il glisse. Mais trop vite, trop rapidement. Lisse. Et il caresse notre palais, mais il n'en ressort qu'une impression de vide, de froid. Une froideur. Qui prend à la gorge, car l'émotion est encore là. Mais désormais, ce sont presque les larmes qui viennent aux yeux, l'estomac qui se tord, la gorge qui se serre. Au fond, on commence à sangloter. Parce que l'on se rend compte que plus rien ne sera comme avant. Mais on mange quand même, on essaye de se consoler, de relever de ci de là quelques ruines de l'ancien temps ; le goût insipide est trop puissant, brûle notre bouche, sans goût. Mais il répand doucement son feu, les dernières braises, que l'on se surprend à savourer. Sans plaisir.
L'histoire est pénible. La lenteur ne s'assume pas. L'histoire ne s'assume pas ; se donne des faux airs de Shinkai avec ses panoramas enchanteurs et ses belles couleurs. Mais rien ne va jusqu'au bout. Comme de peur de trahir ces quelques restes de notre brouette. Que l'on disperse çà et là. Au gré du chemin. Sans peine, presque. Mais non. Le film ne s'en arrêterait pas ici. Il les contemple ces déchets qu'il rejette sans état d'âme, il les idolâtre ! Blasphème. Envers le spectateur, ce film est cruel. Il joue, il joue. Et il détruit en même temps. Une nouvelle ère. Mais doit-on éprouver le besoin de détruire pour construire ? Quelques effets de style, sans personnalité. On ne copie même pas, on essaye de faire comme si on jouait dans la cour des grands. De trouver
Outre la réalisation sans saveur, le réalisateur tente d'exploiter un scénario parfaitement inadapté au support qu'il a créé. Trop lourd, indigeste même, il n'arrange en rien la lourdeur pré-existante du contenu. Il tue plus généralement l'ambiance générale, qui n'est pourtant pas mauvaise dans l'ensemble, et qui possède la capacité de transporter en partie le spectateur. Il faut dire que le matériau de base avait de quoi faire rêver. Une vieille bâtisse perdue ; une jeune fille intrigante ; la marée ; le silo. Vraiment, le film ancre un univers particulièrement agréable à visiter. À explorer, doucement. Mais là encore, la réalisation vient briser ce ciel étoilé. La brouette fuit sur le chemin. À force de prendre des raccourcis invraisemblables ou tout simplement dérangeants, le métrage perd l'adhésion générale. On regrette le temps qui passe ; toujours pressé. Le film est dérangeant dans son ensemble ; pas comme certains Miyazaki du moins ; juste désagréable. Précipité. On bouscule sans but le spectateur. On le violente. Et aucune véritable finalité.

En dépit de ces erreurs significatives, le film offre tout de même de belles scènes. De très belles scènes ; limite du surréalisme. Le brouillard et la marée. Deux éléments prépondérants, mais encore une fois, malheureusement traités de façon bien trop lisse. Les plans n'osent pas. Ils sont comme paralysés. Ils savent sans doute qu'ils font partie des derniers et sont tétanisés. Toutes ces scènes souffrent immédiatement de la comparaison avec les Contes de Terremer de Miyazaki fils qui, même s'il n'est pas exempt de défauts - bien loin de là - bénéficiait d'une réalisation bien plus maîtrisée. Et ici, la similitude graphique, esthétique plus généralement, entre les deux œuvres est telle que Souvenirs de Marnie se retrouve en position de faiblesse par rapport à une autre œuvre mineure du studio Ghibli. Et, même inconsciemment, ce genre de détails est loin d'être bon pour l'image et le ressenti liés au film.
Si on décide de continuer avec les erreurs, on peut citer l'épisode du festival. Au beau milieu du film, intervient une scène entière avec un festival local. Qui concrètement ne sert à pas grand chose dans le déroulement de l'histoire. On se retrouve en quelques plans d'un visuel léché à un festival d'une banalité abusive, plus proche d'une série de KyoAni ou de P.A.Works que d'un film du studio Ghibli. Ici, on peut dire que la brouette a effectué un virage important dans l'histoire du studio. Dans la philosophie du studio. Sans exagération, ce film n'est pas un Ghibli. Ne le sera jamais. C'est un film bâtard, qui ne sait pas. Qui hésite. Entre le visuel très académique du studio et les considérations de bas-étage. Banalité. Abus de l'identité du studio Ghibli. Car finalement, ce film n'en a que le nom.

N'évoquons même pas la fin du film. Un désastre comme cela ne se voit plus aujourd'hui que dans les films et séries très mineurs. Une quantité d'informations d'une inutilité incroyablement ridicule - presque surréaliste - expédiées en l'espace de quelques minutes. Du sur-drame en puissance.
Néanmoins, il reste bien entendu quelques éléments fort appréciables au sein de ce film. On compte forcément l'animation, parfaite comme toujours, et qui, elle, se montre digne des exigences habituelles du studio. Le métrage reste ainsi un très beau moment d'animation, d'une fluidité difficilement comparable. Et même si l'histoire ne suit pas forcément, tout comme la réalisation, il serait injuste de sous-estimer le poids de cette animation de qualité. De plus, la musique, même si l'on regrette forcément un peu notre compositeur attitré, est très agréable. Elle emporte, et participe en très grande partie à la création de l'ambiance qui caractérise certaines scènes de ce film. Pour sûr, ce film privé de sa musique se ferait amputer sévèrement du peu d'âme qu'il est capable de montrer. Sans non plus arriver à l'orgasme auditif, cette bande son accompagne parfaitement les aventures mouvementées de notre héroïne.

En définitive, on s'attendait à une conclusion à l'aventure qu'a représenté le studio Ghibli. Souvenirs de Marnie a bel et bien enterré la légende. Profondément. Un film qui n'est pas un Ghibli. Qui n'en a pas l'étoffe ; à peine la prétention. Heureusement que l'aspect technique est présent pour relever l'ensemble et conserver un semblant d'ambiance. Une déception.
À voir tout de même, non pas pour le souvenir de Marnie, définitivement pas inoubliable, mais plutôt pour le souvenir de Ghibli, qui même fade, fait toujours son petit effet.

Verdict :6/10
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A propos de l'auteur

Leaf, inscrit depuis le 08/07/2014.
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