The Promised Neverland – La ferme aux animaux

» Critique de l'anime The Promised Neverland (TV) par Minuit le
28 Mars 2019
The Promised Neverland (TV) - Screenshot #1

Il aurait fallu habiter dans une grotte depuis au moins six bons mois pour ne pas avoir entendu mille fois combien The Promised Neverland est génial, haletant, la nouvelle étoile filante du Weekly Shounen Jump. Il était donc évident que l’adaptation animée n’allait pas tarder. Et elle n’a pas tardé en effet.

La première chose que l’on regarde dans une adaptation, c’est à quoi ça ressemble. Pour une fois, ce n’est pas très difficile : ça ne ressemble à rien. C’est au mieux dégueulasse. Dans une série qui mise sur la tension, sur l’ambiance, on s’attend à un peu de subtilité et d’application. A la place, on a le droit à une photographie immonde, à des arrière-plans d’une laideur indicible et à un character design si caricatural que les têtes effrayées des enfants prêtent plus au rire qu’à autre chose. Je n’ose parler des intégrations CGI qui sont aussi inutiles que mal réalisées, et encore moins de l’allure des effets visuels dans la série. Imaginez seulement du feu rendu dans un jeu PlayStation première du nom et dites-vous que c’est plus réaliste que ce que l’on voit dans cette série.

The Promised Neverland (TV) - Screenshot #2Cependant, soyons honnêtes : l’animation est d’une régularité sans faille. D’une régularité trop sage d’ailleurs. On aura la grande gentillesse de pardonner l’effondrement total du character design entre le générique et le reste de la série, mais à part cela, c’est sans faille. Les seuls écarts — minimes pour tout dire — que la direction de l’animation s’autorise sont de petits passages à connotation chibi un peu datés, et qui n’appartiennent pas franchement au registre que la série semble défendre. Mais pourquoi pas. On ne va pas cracher sur un peu de fantaisie.

Car la fantaisie, c’est ce qui manque cruellement à la série. Les gens s’arrachent le manga, et il est difficile de dire qu’ils ont tort de le faire : il faut reconnaître à l’histoire un vrai potentiel, une véritable solidité scénaristique. Globalement, c’est bien construit, c’est carré, ça sait où ça va et comment. Devant une foule de séries qui ont pris l’habitude de broder en essayant d’imaginer aussi rapidement que possible une petite pirouette vaguement cohérente pour retomber sur ses pieds, c’est honorable et je salue bien bas l’effort.

The Promised Neverland (TV) - Screenshot #3Mais scénaristiquement, si c’est propre, c’est justement trop propre. Le manga d’origine n’est pas responsable de cela : c’est un effet de l’adaptation, trop rapide, qui à force de condenser les événements, les réduit à un schéma automatique, répétitif. Le spectateur comprend vite que toute action présentée comme en cours d’accomplissement ne va pas aboutir, ou du moins pas de la manière dont elle était d’abord prévue.

A force de trop vouloir surprendre le spectateur, la série devient prévisible et perd son intérêt. Et comme il faut maintenir la cohérence de l’avancée du scénario, comme toutes les trames, celle de la série use et abuse des fusils de Tchekhov. Pour rappel, il s’agit de cette technique qui consiste à introduire un élément qui n’aura d’importance que plus tard. Est-ce un mal ? Certainement pas. C’est même normal, et le signe d’une véritable réflexion du scénario. Mais là où la série échoue, c’est qu’à force d’accélérer son rythme, elle rapproche trop les éléments disséminés du moment où ils sont utilisés, et la surprise se perd pour le spectateur (trop) attentif.

The Promised Neverland (TV) - Screenshot #4C’est comme ça que des révélations importantes, et assez ingénieusement tournées, comme la révélation d’une trahison, sont potentiellement désamorcées par qui comprend la logique de déroulement du scénario. Typiquement, lorsque la série propose plusieurs choix, on sait d’avance qu’elle va trouver une autre voie. Ce genre de comportement annule l’effet de surprise, pourtant essentiel à ce type de proposition.

En définitive, le scénario est trop scolaire. C’est l’excellent travail d’un très bon élève. D’un trop bon élève. De l’élève qui ne fait jamais un pas de côté, qui reste toujours conforme à ce que l’on attend de lui. Bien entendu, cela a quelque chose de rassurant pour le spectateur : il sait qu’il ne sera pas déçu, que la série ne prendra pas de risques et ne fera pas de faux-pas. Mais d’un autre côté, ce n’est pas comme cela que l’on arrive à un résultat génial.

Enfin, même si j’avoue que je suis un peu exigeant sur ce point, une série qui repose autant sur la cohérence souffre beaucoup du moindre écart. Et des écarts, il y en a. Ils sont discrets, mais présents. La série gère très mal ses ellipses et les situations de double jeu, qui sont régulièrement le lieu de petits flottements sinon d’incohérences. Rien de très méchant, mais c’est toujours désagréable de sentir une série forcer un peu le passage par moments.

The Promised Neverland (TV) - Screenshot #5Ce qui m’amène au principal problème de la série : sa mise en scène. Car si je regrette la médiocrité artistique et technique de la série, ce n’est pas le plus important pour ce genre de produit. Et si je regrette le rythme ainsi que quelques maladresses dans le déroulement de l’action, cela n’invalide pas pour autant la qualité du scénario.

Certains parleront de mise en scène efficace, je préfère parler de mise en scène froide et impersonnelle. Voire fainéante. La lecture des plans est immédiate, il y a très peu de relief dans la construction des storyboards. C’est un problème récurrent dans toute une part assez mal lotie de la production, mais c’est très inhabituel pour une adaptation d’un manga de ce calibre.

Et surtout, ce n’est pas du tout ce à quoi Mamoru Kanbe, le réalisateur de la série, nous a habitué. Au contraire, il a plutôt tendance à verser dans un surplus un peu pompeux — on se rappelle trop bien l’épisode d’exposition de The Perfect Insider avec ses phrases pseudo-philosophiques jetées n’importe comment par un énergumène en train de fumer sa clope les yeux dans le vague. Je crois que je n’ai jamais autant regretté ce Mamoru Kanbe que devant cet anime.

The Promised Neverland (TV) - Screenshot #6Les épisodes sont très inégaux d’ailleurs pour la mise en scène. L’épisode trois avait l’air d’avoir été storyboardé par un stagiaire — celui qui s’occupe habituellement de la machine à café — tandis que l’épisode dix était de loin le plus construit du lot, avec un très joli hypallage sur un robinet. Autant dire que j’ai adoré ce genre de détails, et que je suis ressorti tout sourire, rien que pour cela, de cet épisode. Et le contraste est d'autant plus fâcheux que le stagiaire de l'épisode trois est Mamoru Kanbe lui-même.

Mais la série a aussi tendance à aller dans le sens inverse. Elle se rend bien compte de la monotonie de sa mise en scène. Alors, au fur et à mesure des épisodes, on a vu apparaître de petits artifices, de petites fantaisies. C’est un point positif me direz-vous ! Raté. Mais ça aurait pu.

Le problème avec ces ajouts, c’est qu’ils ne sont pas vraiment porteurs de sens. Par exemple, il y a beaucoup de layouts où l’action se déroule au second plan et non au premier. Le premier plan étant alors occupé par un décor assez envahissant — buissons, fenêtre, arbre, porte entrouverte, etc. C’est un poncif du cinéma pour indiquer qu’une réunion, qu’un dialogue est censé être secret. Mais comme toute l’action de la série est censée de dérouler dans le secret, le procédé perd absolument tout son intérêt : car le spectateur comprend vite qu’il ne sert à rien, sinon à varier un peu. C’est le genre de proposition stylistique très faible qui, quoi qu’il arrive, ne se défend pas.

J’en arrive au plus gros ajout, et certainement le moins défendable de tous. Je l’ai dit : le scénario est assez impeccable. En tout cas, il se tient tout à fait admirablement par rapport à ce qu’il se fait par ailleurs. Pourtant, la série a trouvé judicieux de rajouter à chaque fin d’épisode un énorme cliffhanger dont la grossièreté ferait rougir à peu près tous les réalisateurs de séries B d’horreur. Tant pis, je décide de tuer le suspense : oui, il y a bel et bien une porte qui s’ouvre doucement, et en grinçant s’il vous plait, durant les vingt dernières secondes d’un épisode. Comment ne pas éclater de rire ?

C’est d’ailleurs le problème qui parcourt toute la série. Moi qui suis un froussard-né, qui réussit à avoir peur en clignant des yeux (il y a des témoins sur le site), tenez-vous bien : je n’ai pas eu peur à un seul moment. Pire, je n’ai jamais ressenti la moindre tension, la moindre petite angoisse de rien du tout. Moi qui réussis à trembler devant un Blanche-Neige que je connais par cœur. Moi qui étais au bord de la crise de panique à chaque fois que je tournais une planche du manga — ou presque, j’avoue qu’il y a un peu d’exagération sur ce dernier exemple ; mais c’est pour le style : j’essaie de compenser en une critique tous les manques de la série.

Finalement, je me dis que j’étais trop occupé à pouffer de rire devant les mines pseudo-terrifiées des enfants, à me frapper la tête contre le mur devant la laideur de la série, à m’arracher les cheveux devant le rythme et les plans foireux, et à réfléchir — sans beaucoup de difficulté à vrai dire — à l’avancée du scénario pour vraiment réagir comme il faut au suspense naturel des situations. Mais au fond, c’est peut-être simplement parce que cette adaptation est juste une vaste blague.

Verdict :5/10
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A propos de l'auteur

Minuit, inscrit depuis le 23/09/2017.
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