Les Contes de Terremer

  • Format: Film
  • Année de diffusion: 2006
  • Titre original: Gedo Senki
  • Licencié: oui
  • Titre français: Les Contes de Terremer
  • Editeurs: Walt Disney Studios Distribution
  • Nombre d'épisodes: 1
  • Site officiel: http://www.ghibli.jp/ged_02/
  • Studio: Ghibli
  • Auteur: Ursula K Le Guin
  • Directeur: Goro Miyazaki
  • Character-designers: Goro Miyazaki
  • Musique: Tamiya Terashima
  • Doubleurs: Bunta Sugawara (Ged), Junichi Okada (Prince Arren), Aoi Teshima (Theru), Jun Fubuki (Tenar), Kaoru Kobayashi (Le Roi), Mistuko Baisyo (Vendor), Teruyuki Kagawa (Usagi), Yui Natsukawa (La Reine), Yuko Tanaka (La Sorcière Kumo)

Synopsis

Autrefois, les dragons et les hommes vivaient en harmonie, mais l’avidité de ces derniers les a peu à peu séparés. Les hommes dominèrent la terre et l’eau, tandis que les dragons régnèrent sur l’air et le feu et les deux peuples restèrent à l’écart l’un de l’autre. Pourtant, un jour, des hommes voient des dragons s’entretuer près des rivages humains. Pendant ce temps, la famine fait rage et les troupeaux sont mystérieusement décimés. Le pire est à craindre.

Dans ce climat d’angoisse et de catastrophes, Allen, prince royal, quitte le palais comme pris de folie en emportant l’épée magique de son père. Il rencontre le magicien Haitaka, également connu sous le nom de Ged. Ils entament ensemble un voyage pour découvrir l’origine du mal qui frappe les hommes. En chemin, ils font la connaissance de Tehru, jeune fille farouche et accusée de sorcellerie. Mais Allen sent qu’une ombre effrayante le poursuit inlassablement.

Synopsis soumis par Starrynight

Par Zardius le 31/10/2007 à 18:43

En allant voir ce film, j'avais déja lu les livres dont il s'est inspiré, Les contes de Terremer d'un écrivain américain dont le nom m'échappe (NDLR : il s'agit de Ursula Kroeber Le Guin). Ayant plutôt apprécié ces oeuvres littéraires qui sont, sans êtres exeptionnelles, très correctes, c'est donc avec un préjugé positif que j'ai comencé à regarder le film.

Comme je m'y attendais, Les Contes de Terremer souffrent du décalage habituel que l'on peut voir pour toutes les adapatations de livres au cinéma, certains passages sont peut expliqués et beaucoup de choses sont très dures à comprendre pour qui ne connait pas les livres, notamment sur tout ce qui est question de l'univers riche et fabuleux des royaumes de Terremer.
Mais le pire, c 'est que Goro Myazaki ne s'est bien sûr pas contenté de retranscrire a l'écran une des histoires, mais a fait un énorme mélange hétéroclite entres elles. Prenant, d'un côté la quête d'Epervier et d'Allen pour retrouver la raison de la disparition de la magie, l'histoire de Tehru d'un autre et le concept de l'ombre qui suit le héros d'une tout autre histoire. Le tout saupoudré de la morale sur la vie et la mort et d'un méchant un peut trop classique, on obtient un curieux amalgame donnant plus l'impression d'un désordre où les éléments sont trop peu emboités.

De plus, le film souffre d'un rythme lancinant et quelque peu lassant, les scènes à la ferme sont bien trop longues et voir sans cesse Allen et Epervier voyager sans but précis est vite ennuyeux. D'autant plus que les nombreuses questions restées en suspens ne trouvent que peu de réponses vers la fin.

Mais passons maintenants aux points positifs ! Car malgré la maladresse avec laquelle elle a été préparée, l'alchimie fonctionne ! Le scénario reste cohérent et on se laisse facilement prendre à son charme à la fois doux et tragique. Car Goro Myazaki voulait avant tout, je pense, transcrire toutes les merveilles du Monde de Terremer davantage que l'histoire. Et il reussit plutot bien, les dessins et surtout les paysages sont magnifiques, les musiques passables (mais sans plus) et toute la phillosophie autour du désir de vivre et de l'immortalité est vraiment très bien transcrite.
Autre détail notable, on retrouve la gluante et répugnante masse visqeuse noire (lieu comun des derniers films du père, Hayao Miyazaki) symbolisme de saleté et de pollution (d'ou sa grande ressemblance au pétrole).

Conclusion : malgré ses nombreux défauts, Les Contes de Terremer restent sans conteste un film 100% Myazaki et qui, bien qu'encore très loin d'un Nausicaa, ou du Voyage de Chihiro, possède son propre charme, un peut lent il faut dire, mais présent tout de même. Un début un peu maladroit mais tout a fait encouragant pour Goro Miyazaki, qui, on l'espère sera bientôt capable de créer des chef d'oeuvres capables d'égaler ceux de son père.

6/10

Par kuchiki byakuya le 19/09/2007 à 02:07

C'est avec craintes que je me suis décidé à voir ce film. Je dis crainte car faire aussi bien que le grand Hayao Miyazaki relevait du miracle. Le miracle n'a pas eu mais il faut admettre que pour un premier film, le fils a fait mieux que son père.

Evidemment, on peut lui reprocher d'avoir repris quelques éléments de son père. La tenue d'Epervier ressemble à s'y méprendre à celle d'Ashitaka de Princesse Mononoké. Le chef de la garde est le portrait craché d'un des pirates du Chateau dans le Ciel. Il y a tout un tas de ces ressemblances, qui sont parfois vraiment énormes. Cependant, malgré ce point, l'histoire est attrayante et change de ce que nous avons pu déjà voir. En effet, Goro Miyazaki aborde son thème de façon plus adulte. Nous sommes loin des contes imagés que son père a pu créer et qui ont fait son succès. Déjà, la mort est un thème qui ne s'adresse pas aux enfants. Il n'y a rien d'enfantin dans sa vision des choses et pour être honnéte, je pense qu'un enfant s'embéterai devant un thème aussi complexe que celui-là. Terremer est noir, dur car le monde est plongé dans le chaos et tout va de mal en pis. Fini les contes merveilleux pleins de bestioles étranges, de chat-bus, de sylvains. Le fils a cherché à se démarquer de son père en créant une histoire plus adulte, loin de la féerie paternelle à laquelle nous sommes habitués. Mais j'aime assez car celà change et même si le schéma est globalement le même, la façon de traiter le sujet est moins irréaliste.

Goro n'a pas surchargé son film de personnages inutiles, pour mieux travailler ceux qu'il a déjà. Le héros n'est plus un héros à la belle morale, courageux et chevaleresque. Arren est un meurtrier, à la limite de la folie, perdu dans un monde dont il ne comprend rien. La vie n'a pour lui aucun sens et il s'est forgé une double personnalité: l'une représente son coté obscur et l'autre son envie de vivre qu'il refuse de laisser sortir. Ce héros est en opposition avec la belle Theru pour qui la vie est un précieux cadeau qu'il ne faut en aucun cas refuser. Petit à petit, elle lui apprend à revivre. Epervier est le sage par excellence. Il vit en harmonie parfaite avec tout ce qui l'entoure et respecte énorménent le fragile équilibre de la nature.

Le chara-design n'est pas extraordinaire, souvent maladroit. Il est proche de Nausicaa et le style n'est pas encore bien fixé. Parfois, le dessin est travaillé, beau, et parfois, il devient hésitant, moins esthétique. On reconnait néanmoins le style de la famille Miyazaki avec ce même soin du décor. Juste un point qui m'a choqué: la démesure des persos. Ils sont assez... enveloppés et pas très jolis à voir.
La musique manque cruellement de profondeur. De ce coté, c'est un vrai moins. Les thèmes s'oublieNT trop rapidement et on regrette ces musiques envoutantes qui ont fait le succès du père. Pourtant, la chanson de Theru est très belle mais c'est insuffisant.

J'ai beaucoup comparé avec les oeuvres de son père mais c'était inévitable. Terremer est un film plaisant à voir, aux thèmes adultes et bien amenés. Le fils n'a pas encore le talent de son père mais ce film est un excellent début.

8/10

Par Scalix le 11/07/2007 à 14:25

« Le conte est un récit assez bref, de faits imaginaires ou prétendus tels, qui plonge le lecteur dans un univers déroutant, différent du monde réel. »
La définition du conte s’accorde aussi à définir ce film, aussi étrange que fascinant, dans lequel on s’abandonne, malmené par une narration erratique, et par un monde où l’on ne reconnaît ni les codes, ni les peurs, ni les joies.

Nombreux sont ceux gardant en mémoire l’esprit léger, simple et enfantin des films de Hayao Miyazaki. On se rappelle de la saisissante fantaisie proposée par Le Voyage de Chihiro, de l’action et de l’humour de Porco Rosso, tout comme de la poésie écolo de Princesse Mononoké. Avec Gedo Senki, on se rappellera de la souffrance palpable des protagonistes, de cet univers si dérangeant, car si différent, et de l’absence totale de repères pour le spectateur. Goro Miyazaki nous abandonne dans un monde trop éloigné du notre pour que nous puissions le considérer. Ainsi, au fur et à mesure du film, on lutte contre ce gène omniprésent, on cherche à comprendre cet univers, ainsi que ses personnages. Baignés de douleurs, les contes de Terremer, à l’image d’Allen, le protagoniste, nous livrent à nous-mêmes, et ne nous laissent d’autres choix que d’errer en quête d’un épilogue structurant, compréhensible, rassurant. Cet épilogue arrive d’ailleurs bien étrangement, comme en réponse à notre désir, signe d’une maîtrise totale de l’œuvre. Miyazaki sait ce qu’il est parvenu à créer, et règle son film sur du papier millimétré.
Le scénario à proprement parler n’est qu’un prétexte pour mettre en avant une symbolique marquée, qui est en fait le centre du film. On retrouve la très (trop ?) connue lutte entre le bien et le mal, le combat intérieur, contre soi-même, le fait de s’aimer et de se connaître, et toute une série d’éléments un peu clichés, mais traités avec énormément de finesse, ce qui rend l’ensemble agréable.
On retrouve toujours, Ghibli oblige, l’impression de domination de la nature, qui reprend ce qui lui appartient, dévorant les constructions humaines.
L’aspect scénaristique du film est clairement déroutant. Mettant en avant une obscurité nouvelle pour un Ghibli, Gedo Senki perturbe, met mal à l’aise, choque afin de rendre son message plus fort qu’il n’aurait jamais pu l’être autrement. Au final, on sort troublé de ce film, incapable de l’appréhender dans son ensemble, tout juste à même d’assimiler certains passages forts, emplis d’une symbolique chargée d’allégresse.

Evidemment, ce film est beau.
Après un Origine et un Brave Story marquants l’arrivée de Gonzo sur le marché du long métrage, Gedo Senki prouve une énième fois l’impressionnant savoir-faire du Studio Ghibli. Que ce soit le père ou le fils, les Miyazaki savent décidemment conduire leur équipe vers des résultats stupéfiants. Les couleurs sont splendides ; chaque plan mérite que l’on s’y attarde, tant les détails fourmillent, et tant la recherche de l’esthétique est importante.
Le character-design est aussi simple que les décors sont complexes. L’architecture des bâtiments est saisissante ; ils s’imposent comme des gigantesques monuments ayant traversés les âges, symboles d’une gloire éphémère face à la nature, qui les dévore à petit feu.
L’intégration de la 3D atteint des sommets de perfection avec ce film. L’animation est rapide, sans faille, et parfois jouissive dans sa précision et son élégance.
On ne peut le nier, Gedo Senki bénéficie d’une réalisation tout simplement exceptionnelle, qui nous gratifie à chaque instant de décors somptueux, d’un réalisme perturbant, accentuant ce sentiment de malaise, cette antinomie entre l’absence de liens avec notre réalité sur le fond, et ce que l’on reconnaît comme humain sur la forme. Tout est conçu afin de perturber le spectateur, pour le forcer à lâcher prise avec le pragmatisme rébarbatif de notre réalité physique et métaphysique, pour enfin accepter ce voyage dans cet étrange univers.

Les musiques sont tout simplement splendides. Bien loin des compositions agréablement puériles de Joe Hisaishi, nous baignons là aussi dans un mélange musical perturbant, alliant sonorités orientales et occidentales, pour au final parvenir à un genre hybride, dernier pallier à franchir nous permettant de perdre nos repères et de nous abandonner à Gedo Senki. Le travail des doubleurs, comme toujours, est excellent. Les Voice-actors s’accordent bien à leurs personnages, même si au final, leurs personnalités ne sont que peu travaillés, pour laisser place à leurs sentiments, à une forme de combat intérieur entre notre haine et notre amour. C’est en cela que les personnages ce caractérisent plus qu’en leurs actes ou leurs caractères.

Au final, Gedo Senki est un film extrêmement déroutant, à des milliards d’années des ambiances auxquelles Ghibli nous avait habitué. Cela dit, le film n’en est pas pour autant un échec ; au contraire. Il intrigue, et même fascine par son originalité, et par le ressentit très prononcé qu’il laisse. Un film unique, qui ne fera certainement pas l’unanimité, mais qui est parvenu à m’éblouir.

8/10

Par Beck le 05/05/2007 à 19:04

Réaliser son premier film au sein du studio fondé par son propre père, voilà l’exercice auquel s’est plié Goro Miyazaki. Fils du célèbre Hayao Miyazaki, il a donc eut la lourde tâche de prendre la succession de son père le temps d’un film.
Geko Senki, traduit par « les contes de terremer », fait donc office de trait union entre un glorieux passé et un futur ou la pérennité du studio doit être assurée. De ce fait, qui peut s’empêcher alors de comparer Gedo Senki à ces prédécesseurs ? Peu de monde, surtout quand des références surgissent dès les premiers instants du film.

Car, par son graphisme, Gedo Senki rappelle dès les premiers instants Nausicaa de la vallée du vent. Le style visuel du studio Ghibli est bien sûr parfaitement reconnaissable mais on se sent plus proche d’un des premiers films du père que des productions récentes du studio. Cette proximité n’enlève rien aux qualités graphiques du film et lui confère même une bonne dose de charme désuet.
Ce qui est sûrement un choix a pour conséquence immédiate de démarquer ce long métrage des autres productions. A l’heure ou la 3D est omniprésente dans les autres productions, Goro Miyazaki réduit son utilisation à de très courtes scènes et préfère s’appuyer sur ce qui fait la réputation du studio en la matière. C’est donc avec un plaisir non dissimulé qu’on retrouve, par exemple, les fameux paysages désertiques aux tonalités pastel.
Le "style Ghibli" est également parfaitement reconnaissable grâce à son chara design. Le visage du marchand d’armes qui revend l’épée à Epervier est un parfait exemple. Celui du chef de bande et chasseur d’esclave est également très significatif. La manière de dessiner certains éléments de toile de fond sont également évocateurs. La monture d’Aaren fait directement référence à celle d'Ashitaka dans Princesse Mononoke. Les conducteurs de convoi rappellent également les anciens de Nausicaa de la vallée du vent.
Un bémol est cependant à mettre concernant l’animation. Venant d’une production récente, l’attente en la matière était légitime mais on se retrouve après la séance un peu déçu. L’animation est bien entendue correcte mais un peu plus de fluidité aurait été la bienvenue. De même, on regrettera parfois l’utilisation un peu trop fréquente de plan fixe. Rien de dramatique en soi mais quand on voit de quoi sont capables les studios d’animation japonais, on aurait aimé un peu plus de soin sur le sujet.

Concernant le scénario, la filiation entre père et fils est beaucoup moins marqué. Gedo Senki se déroule en deux phases. La première partie est un voyage ou on découvre deux personnages principaux. Aaren, fils de roi et auteur d’un crime impardonnable, doit prendre la fuite. Il rencontre alors Epervier, un archi mage voyageur qui prendra le jeune garçon sous son aile. Ils décideront alors de voyager ensemble et d’accomplir un bout de chemin tous les deux. Ce périple, en dehors de ces fonctions narratives, posera alors les bases pour la deuxième partie.
Celle ci a la particularité de se dérouler sur un lieu unique. Une fois tous les personnages placés et les fondations de l’intrigue coulées, Goro Moyazaki peut en effet s’attarder sur ses personnages et essayer d’en dire un peu plus sur chacun.
Par exemple, les causes de l’âme torturée d’Aaren sont explicitées. Le passé de Terru est également légèrement dévoilé et de la même manière, son comportement. Theru dévoile même en partie ce qu’il l’a lie à l’archi mage Epervier.
Cependant, le comportement de chacun est assez prévisible et il restera au final énormément de zone d’ombre. Concentré sur sa trame narrative, Goro Miyazaki développe très peu le monde dans lequel évoluent ses personnages. De la même manière, à la fin, on connaît peu le passé de chacun et les spectateurs avide d’informations resteront leur faim.
La bande son est elle à l’image de la morale : conventionnel. L’univers de Joe Hidachi, le compositeur attitré du père, n’est pas très loin mais l’ensemble manque de puissance. On notera cependant une très jolie séquence ou Terru chante une très jolie chanson a capella. Un petit interlude très agréable et très apprécié.

Au final, Gedo Senki a du donc être un drôle de pari pour Goro Miyazaki : réussir à réaliser un film estampillé Ghibli faisant ressortir sa propre personnalité. Face à la difficulté que cela représente, la tendance serait de dire que le pari est plutôt réussi. Espérons maintenant que, comme son père, Goro Miyazaki atteindra les mêmes sommets.

7/10

Par watanuki le 15/04/2007 à 18:09

C'est un Ghibli étonnant, fantômatique, que les Contes de Terremer. Le lyrique et l'épique y sont mis en sourdine, tout comme la diversité des personnages et des décors.

Goro Miyazaki donne à ce film une ambiance inédite, en insistant sur un certain pessimisme et en favorisant plus les visions horrifiques ; ainsi, on oscille constamment entre Blanche-Neige et les films de Hideo Nakata, entre spectres errants et sorcière monstrueuse. Miyazaki choisit de rendre sa sorcière encore plus terrifiante que celle de Blanche-Neige, en lui donnant un aspect filiforme et une maigreur effrayante, à tel point qu'on pourrait croire qu'elle a été dessinée par Leiji Matsumoto.

Les autres personnages sont eux aussi plus amers, le héros ne parvient plus à dépasser sa condition, il est en proie à des crises de quasi schyzophrénie qui le rendent la plupart du temps incompréhensible, empêchant le public de s'identifer à lui. Pour la première fois, Ghibli ne joue pas la carte du spectacle facilement appréhendable, et l'impossibilité de voir l'histoire en sympathisant avec le héros a pour effet de pousser le spectateur à faire preuve de plus d'analyse. Il y a fort à parier que cet aspect inédit déplaira au plus grand nombre, d'autant plus qu'il n'est masqué par aucun artifice, bien au contraire : les personnages sont très peu nombreux, six tout au plus, l'unité de lieu est flagrante, et ce film est pour ainsi dire construit en 3 actes avec un prologue : I-la ville, II-la ferme, III-le château, un peu à la manière d'une pièce shakespearienne où les lieux pouvaient se succéder sans choquer les spectateurs. De même, cette austérité donne aux Contes de Terremer un aspect théâtral, et l'on patauge dans ce film comme dans un mauvais rêve, comme dans une tragédie grecque où tout tournerait autour de l'attente, dans un minimalisme revendiqué.

Cette attente est palpable : les personnages n'ont plus d'ancrage, ils sont à la dérive dans un monde au bord du cataclysme, l'un cherchant la cause de cette catastrophe en préparation, l'autre fuyant son ombre. Les Contes de Terremer inverse la démarche de Miyazaki père, où le héros ne se dérobe pas ; ici, le héros passe son temps à fuir, il est faible, violent, pathétique.

Evoquer Disney est essentiel, parce qu'on sent en voyant ce film que cette influence a été très grande, notamment dans la figure de la sorcière, et le réalisateur dialogue pendant toute la deuxième moitié du film avec Blanche-Neige et les Sept Nains, mais aussi avec Taram et le Chaudron Magique, allant encore plus loin dans l'onirisme, mais aussi dans l'horreur pure, avec des représentations proprement terrifiantes qui dépassent très largement ce que Miyazaki père avait pu créer précédemment, alors même qu'il est au chara-design, comme toujours.

Goro Miyazaki parvient ainsi à imposer son propre style, un style moins spectaculaire, moins enfantin aussi, et beaucoup plus sombre de manière générale. Le design des bâtisses y est pour beaucoup ; étant architecte de profession, on sent que le réalisateur a beaucoup travaillé sur cet aspect du film : les bâtiment sont écrasants, ils pèsent de tout leur poids sur l'ambiance du film, lui donnant cette ambiance quelque peu européenne, entre symbolisme et fantastique allemand, sources auxquelles Disney lui-même a abondamment puisé : on voit ainsi que Les Contes de Terremer offrent une analyse profonde de ce qui entre dans l'essence-même de ce studio américain, exercice de style et réécriture brillante. La musique orientalisante achève de déclasser ce film en lui donnant son aspect onirique et tragique omniprésent, tout en ajoutant une référence supplémentaire, celle des contes, qu'ils soient allemands ou orientaux.

A partir de là, on ne fait plus attention aux considérations plates sur la vie et la mort, à la lenteur, nécessaire, de certains passages, et l'on perçoit, au travers d'un scénario percé de trous et rempli d'ellipses, une homogénéité parfaite qui nous ramène en fin de compte à ce que nous avons de plus intime : la question du nom. La clé du film est petite, il ne s'agit pas d'un moyen de sauver le monde, il s'agit d'atteindre notre vrai nom, caché par peur des autres, et de parvenir ainsi à réaliser le programme contenu dans cette phrase : "connais-toi toi-même". Nommer les choses pour mieux les posséder, après avoir affronter la terreur face à l'innommable.

Les Contes de Terremer est un film bizarre, mais splendide. Et ce n'est pas le happy end qui reste en mémoire, bien au contraire ; définitivement, ce qui s'imprime dans la mémoire, ce sont des cauchemars poisseux, un sentiment de défaite un peu rêvée, et, plus que tout, la poésie effrayante de deux orbites dépourvues d'yeux, vous regardant fixement comme un objet incompréhensible et pourtant désirable, regard qui trouve sa contrepartie dans la lueur magnifique de deux pupilles rougeoyantes, les seules à fixer l'innommable droit dans les yeux.

Ce film est vraiment splendide.

8/10

Par Starrynight le 12/04/2007 à 21:38

L’enjeu est d’écrire une critique de ce film sans se référer constamment aux œuvres réalisées par Hayao Miyazaki, le père du réalisateur. L’exercice est d’autant plus difficile que de nombreux éléments dans ce premier film du fils évoquent les films du père. Le premier auquel on pense est Nausicaä (le style des costumes et des décors, l’ambiance générale, le chara-design de certains personnages), puis en voyant Allen sur sa monture on pense à Ashitaka chevauchant le cerf Yakul dans Princesse Mononoke, la grande ville partiellement en ruines et envahie par la végétation n’est pas sans rappeler la cité de Laputa dans le Château dans le Ciel, idem pour le symbole sur l’épée, proche cousin de l’emblème de Laputa, Allen affrontant des loups ressemble à Horus dans une situation semblable (Horus, Prince du Soleil). Les exemples sont nombreux.

Mais intéressons-nous à l’histoire des Contes de Terremer (souvent mieux connu sous son titre original : Gedo Senki, littéralement « les Chroniques du Combat de Ged », Ged étant l’autre nom du magicien Haitaka). La trame est assez simple et centrée sur le parcours initiatique d’Allen, elle est cependant plus complexe qu’elle n’y paraît, puisqu’elle a le mérite de développer également plusieurs autres personnages, tels Tehru, Haitaka ou Kumo qui évoluent tout au long du film. Des trouvailles originales, comme le double du héros, émaillent le film et rehaussent son intérêt.

La musique est très présente dans les Contes de Terremer, le nombre de fois où le thème principal est ainsi repris tout au long du film est encore plus frappant que lorsqu’on écoute l’OST seul. On notera aussi l’arrivée de la chanson phare du film en plein milieu de celui-ci. Chantée a capella par la seiyuu de Tehru, il interrompt brusquement le cours du récit pendant plusieurs minutes et offre une pause inattendue au spectateur.

Par contre, graphiquement, c’est l’étonnement, je dirais même la déception, voire la frustration. Les décors et même les personnages deviennent rapidement flous dès qu’ils ne sont pas au premier plan ; quant à l’animation, elle se limite trop fréquemment au minimum syndical : des visages restent figés pendant une éternité, la nature est comme morte, les plans fixes sont légions. On est au niveau de Nausicaä, peut-être même moins bon. Ce qui est compréhensible pour un film de 1984 l’est beaucoup moins pour une œuvre de 2006 (année de sortie du film au Japon) !

J’aborderai enfin une dernière ressemblance entre ce film et un de Hayao Miyazaki, Le Château Ambulant, en l’occurrence le fait d’être tiré d’un livre (destiné à un jeune public qui plus est). Personnellement, je déplore que pour ces deux films, les réalisateurs n’aient pas écrit d’histoires originales au lieu d’adapter un récit existant. En effet, les histoires adaptées sont souvent trop longues et trop complexes pour un film, ce qui implique des coupes et des simplifications. Cela s’en ressent au niveau du film : il traîne parfois en longueur le temps nécessaire pour amener un personnage ou un événement déterminant pour l’histoire, à d’autres moments, tout va trop vite, car le récit original est dense et il a fallu faire des choix en se focalisant sur les points clés, en conséquence on ressort de ce genre de film avec l’impression d’être passé à côté du plus intéressant et sans réellement se plonger dans l’histoire.

Je conclurai en soulignant que les Contes de Terremer est globalement un assez bon film, plutôt destiné en premier à un public jeune (à part quelques scènes, comme celle où l’on voit un bras coupé ; qui a dit « comme dans Mononoke » ?) mais qui peut plaire à tous. Au passage, je ne peux pas m’empêcher de faire remarquer la différence flagrante de message entre l’affiche japonaise et la française : la preuve que les diffuseurs français se sentent obligés de se rapprocher d’un genre à l’américaine auquel ils sont plus habitués ?
Une œuvre différente des productions Ghibli précédentes et où Gorô Miyazaki a eu l’occasion de montrer son style personnel, et après tout, c’est peut-être le plus important. Espérons maintenant que le réalisateur nous proposera d’autres films plus aboutis, après s’être fait la main sur sa première réalisation.

6/10

Par FullMetal Klavikul le 11/04/2007 à 12:29

Enfin, ce film tant attendu, symbolisant l'avenir du Studio Ghibli, car premier film de la deuxième génération, réalisé par le fils de Hayao Miyasaki, sort dans les salles françaises, et le résultat n'est pas si mal.

Tout d'abord, on ne peut qu'être admiratif devant l'aspect graphique du film, rappelant les premières oeuvres de Miyasaki-père (hommage? Oui!), avec ses traits simples sans détails complexes sur les visages, permettant d'identifier tout de suite les émotions des personnages (quand Arren est comme "possédé", on le voit tout de suite : son visage devient franchement "moche", avec de grands yeux et une expression démente), et évidemment on retrouve la marque de fabrique du studio au niveau de la qualité des décors (Horteville et le château d'Aranéïde sont très réussis) et de la beauté de ces fameux grands espaces verdoyants rappelant Princesse Mononoké et Le Château dans le Ciel, entre autres. On retrouve aussi cette espèce de matière visqueuse et gluante caractéristique des derniers Miyasaki, qui accompagne toujours les personnages ayant un lien avec les forces du Mal...
On retrouve ici les thématiques chères à Miyasaki-père : la soif de pouvoir des hommes qui les conduit à leur perte, le rapport à la nature, le culte de la vie, la peur de la Mort, etc, ce qui l'inscrit à ce niveau dans la lignée des autres Ghibli.

Mais là où le bât blesse sérieusement, c'est au niveau de la manière dont a été géré le scénario. Sur le plan de l'adaptation de l'oeuvre de Ursula K. Le Guin, je ne peux rien dire car je ne l'ai pas lue, mais j'ai quand même trouvé qu'il y avait quelques longueurs (trop de scènes à la ferme : je veux dire, on a compris que "travailler la terre, c'est bien", pas la peine de nous le montrer pendant 10 minutes!!!), et que quelques passages nécéssitaient vraiment plus d'explications (je ne dirai pas lesquels, mais cela vous paraîtra évident quand vous aurez vu le film). Du coup, la psychologie des personnages se trouve très réduite, et le manichéisme prend malheureusement le dessus (un méchant sorcier qui veut la vie éternelle, on n'a pas déjà vu ça quelque part?), et en conséquence les révélations arrivent comme un cheveu sur la soupe et d'une manière absurde dans les 20 dernières minutes du film...
Quant à la musique, on est loin des partitions ensorcelantes de Joe Hisaishi : c'est bien simple, à part la jolie chanson de Therru, je n'ai gardé en mémoire aucune mélodie accompagnant le film...

Ainsi, en dépit d'un beau graphisme, Gorô Miyasaki signe un film assez moyen au niveau du scénario qui aurait mérité plus d'approfondissement au niveau de certains détails. Cependant, je vous encourage tout de même à aller le voir au cinéma, car on passe tout de même un bon moment devant l'écran, même s'il manque cruellement à ce film le petit brin de poésie et de magie propre aux oeuvres de Hayao Miyasaki, qui aurait pu faire de Gedo Senki une petite merveille. Dommage...


6/10

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