Shuna no Tabi (Shuna's Journey)

Shuna no Tabi (Shuna's Journey)

Informations générales

Synopsis

Shuna est le prince d'un minuscule royaume recroquevillé au fond d'une vallée. Le climat peu hospitalier rend l'agriculture très pénible et la vie quotidienne est extrêmement dure. Un jour un étranger s'effondre à l'entrée du village, presque mort de fatigue. Avant de pousser son dernier soupir, il évoque l'existence d'une graine merveilleuse poussant loin à l'ouest. Pour sauver son peuple de la faim et contre l'avis des anciens, Shuna décide de partir à la recherche des "graines dorées". A la pleine lune, le jeune prince enfourche sa monture et s'enfuit vers l’ouest.

Synopsis soumis par El Nounourso

#Par Starrynight le 03/01/2009 à 17:47

A peu près en même temps qu'il commençait son manga Nausicaä de la Vallée du Vent, Hayao Miyazaki a écrit un one-shot magnifique et méconnu qui a la particularité de préfigurer une bonne partie de sa production future tout en synthétisant une vision et des thèmes qu’il s’attachera à développer par la suite, j’ai nommé Shuna no Tabi (le voyage de Shuna).

Quasiment chaque page rappelle ce que nous connaissons déjà de son œuvre : le prince Shuna ressemble notamment énormément à Asbel et à Nausicaä réunis, tant physiquement, que psychologiquement et par son parcours (notamment une image représentant Shuna apaisé parmi les arbres renvoie immédiatement à Nausicaä explorant le Fukai). Il rappelle également Ashitaka (tous deux montent d’ailleurs une sorte de cerf appelé Yakul), lui aussi prince obligé de quitter sa communauté (en s’auto-bannissant) pour aller vers l’ouest. De son côté, Théa, la jeune esclave que Shuna libère, fait étrangement penser à Nausicaä et à Theru (d’ailleurs leurs noms se ressemblent) des Contes de Terremer. Nausicaä, le Château dans le Ciel, Princesse Mononoke et les Contes de Terremer (réalisé par son fils) sont les quatre œuvres qui ont le plus puisé dans le terreau fertile de Shuna no Tabi. Les références abondent et il serait fastidieux de les recenser.

Côté thématique, ce manga se révèle d’une grande richesse malgré son court format : l’homme qui vole les dieux et s’en retrouve puni, le Voyage vers l’Ouest, l’esclavagisme et la sauvagerie de peuplades perdues dans des immensités à moitié stériles, le motif de l’île (récurrent chez Miyazaki), le héros qui mène une vie tranquille avec son peuple jusqu’au jour où un phénomène venu de l’extérieur (ici un étranger agonisant) l’oblige à s’en aller, les rapports de l’homme à son environnement, etc.

Enfin, Shuna no Tabi est tout simplement (et c’est déjà beaucoup) graphiquement superbe. On reconnaît aisément la griffe du maître, tant dans les décors somptueux que dans le dessin des personnages aux yeux à la fois déterminés et remplis de douceur. Le rendu un peu crayonné et les couleurs pastel ajoutent un côté chaleureux qui achève de nous plonger dans ce petit ouvrage.

Le seul côté un peu étrange du récit est la prédominance donnée au narrateur sur les dialogues. Le manga est un immense film en voix off, avec de très rares échanges entre les personnages, et cela le rend malheureusement un peu trop statique et nous empêche de nous mettre pleinement dans la peau de Shuna ou Théa.

Adapté d’un conte tibétain, Shuna no Tabi est à découvrir absolument, en espérant qu’un jour un éditeur francophone aura la bonne idée de le publier.

9/10

#Par El Nounourso le 09/05/2008 à 11:30

Dans sa structure et ses thématiques, Shuna no Tabi a toutes les caractéristiques du conte à l'ancienne. Néanmoins, Miyazaki réussit une fois de plus à nous bluffer par la qualité de son univers et sa maîtrise narrative indéniable. En dépit de dessins très colorés, le monde présenté apparait sombre et cruel, peuplé d'esclavagistes et même d'anthropophages. Aucune organisation politique n'est dépeinte mais une chose est sûre, les gens souffrent de disette et sont forcés d'abandonner leurs villages. Pour Shuna, l'espoir renait sous la forme d'une graine quasi-magique. Pourra-t-elle sauver son peuple de la faim ? Son périple vers l'ouest prend vite l'allure d'un voyage initiatique où le jeune prince découvre les merveilles et les horreurs du monde, aux confins duquel il rencontrera les « hommes-dieux ».

Les dialogues sont assez rares mais le narrateur neutre est quant à lui très bavard. Les dessins sont en réalité de simples (mais ô combien réussies) illustrations d'un conte écrit qui se tient parfaitement tout seul. Bien qu'assez classique dans le fond, l'histoire est une petite merveille magnifiquement mise en image et qui rappelle parfois Nausicaä. Aujourd'hui, c'est surtout sa parenté avec Les Contes de Terremer qui saute aux yeux, car Goro Miyazaki a très amplement pioché dans l'univers de Shuna pour son film, notamment le design du vaisseau immobilisé dans le désert, la citadelle et les esclavagistes. Pas de panique, les deux aventures n'ont en fait pas grand chose en commun si ce n'est leur graphisme.

Inspiré d'un conte tibétain, Shuna no Tabi vous propose de vivre une aventure épique riche en émotions et en rebondissements. Ce court manga de Miyazaki est un vrai petit bijou à ne surtout pas manquer.

8/10