Mononoke est à mon sens un des meilleurs Miyazaki à ce jour. Il est également une de ces oeuvres les plus représentatives.
Nous sommes plongés dans un Japon moyenâgeux avec sa nature sauvage, ses forêts immenses et quasi impénétrables et surtout ses nombreux "kami", ces Dieux ou Esprits du shintoïsme, présents dans chaque élément naturel. Les paysages sont de toute beauté et d'un réalisme impressionnant. L'animation, elle, est proche de la perfection.
Chaque créature, chaque être, a une personnalité propre qui nous la rend attachante ou repoussante. Mais c'est surtout autour du trio formé par Ashitaka, Princesse Mononoke et Dame Eboshi s'articule le film.
Regardons-les plus en détail :
Ashitaka : il est un prince déchu d'une tribu aïnoue, ou "emishi" comme les appelaient les japonais (littéralement "les barbares"). Les aïnous ont longtemps été persécutés par les Japonais et ont été repoussés au nord du Japon. Ashitaka, lorsqu'il quitte ses terres, a donc d'ors et déjà un statut de barbare, presque de sauvage, et ne sera guère le bienvenu là où il ira. Héros de l'histoire, il se retrouve au coeur de la guerre entre la mine et ses gens, guidés par Eboshi et le peuple de la forêt représenté par Mononoke, dont il cherchera à préserver les intérêts contraires.
Mononoke : personnage éponyme du film, elle est l'humaine qui a renié ses origines pour prendre le parti des animaux et empêcher les hommes de la mine de détruire la forêt. Vêtue de son masque et juchée sur un loup, elle est une sorte d'esprit vengeur qui harcèle sans cesse les mineurs. Grâce à Ashitaka, elle regagnera un peu de son humanité.
Eboshi : c'est le personnage le plus ambigü du film. Elle a recueilli les prostituées et les lépreux mis au ban de la société et leur a offert un gîte et un travail. A l'opposé, elle cherche continuellement à briser la forêt pour développer sa mine et donc continuer de nourrir ses gens.
On retrouve dans Princesse Mononoke des thèmes chers à Miyazaki, dont notamment :
La lutte entre le développement de l'industrie et la nature. L'opposition entre le Japon moderne et le Japon traditionnel qui cohabitent, mais l'équilibre reste fragile. Au nom de la recherche du métal, les hommes tuent leurs dieux et détruisent les forêts ancestrales. Les animaux gigantesques qui y vivent sont condamnés soit à diminuer de taille (et peuvent alors être plus facilement dominés par les hommes) soit à disparaître purement et simplement. Les êtres déchirés par ce conflit y perdent aussi une partie de leur âme (Mononoke et Eboshi). On retrouve le paradoxe du Japon actuel qui essaie de préserver des îots de nature sauvage où peuvent vivre els kamis tout en se développant industriellement.
Une guerre insensée et cruelle : c'est le combat inégal du feu contre les pierres et les crocs où tous, hommes comme animaux, luttent pour leur survie.
Princesse Mononoke est également une ode à la tolérance entre le peuple et Ashitaka, l'étranger, ou Mononoke, la sauvage, et plus généralement entre les hommes et les êtres de la forêt.
La musique est à la hauteur et colle parfaitement à l'atmosphère du récit. Mention spéciale pour la chanson des femmes qui actionnent le soufflet de la forge.
J'apprécie beaucoup moins par contre le passage final du dieu-cerf qui se transforme en un monstre ravageant la forêt.
On notera également que c'est le film de Miyazaki le plus violent, c'est notamment le seul où l'on voit le sang couler.
Un film magnifique et émotionnellement fort.
La scène d'ouverture commence à peine que les questions fusent : ou sommes nous ? Que se passe-t-il ? Qui sont-ils ? Dès les premières secondes, Miyazaki s'amuse à nous perdre dans le temps et l'espace. Sans repère, on assiste alors au premier temps fort de l'histoire : l'exil d'un prince. Début d'une véritable aventure, l'auteur va transformer cet événement en une réelle quête initiatique et spirituelle.
Symbole de ce nouveau départ, la transformation physique du héros. Signe d'une nouvelle vie, il devra renoncer à son village et apprendre à chasser la haine et la colère de son esprit. Absorbés, les spectateurs que nous sommes découvrent alors le monde de Miyazaki : des forêts luxuriantes aux populations surnaturelles, de magnifiques vastes paysages aux tons pastels et des villages au ton charbonneux où l'industrie règne. Animaux et Homme s'y côtoient, se confrontent et surtout s'affrontent. L'animation, sans faille, nous montre l'irrémédiable guerre que mène les Hommes contre la Nature : les forêts sont détruites, les animaux tués et les lieux les plus vierges souillés. Réelle fable écologique, Miyazaki, à travers son univers féerique et fantastique, nous mets le nez dans nos problèmes et s'interroge sur notre futur.
Et si le futur est sombre pour les forets et ses habitants, il est d'autant plus pour notre héro. Rongé par un étrange mal, il est à la recherche d'un remède. Mais il se retrouve malgré lui de part et d’autres d'un fossé qui sépare monde animal et monde humain. Bien que dans une situation inconfortable, il tente de réconcilier des hommes rongés par la soif de pouvoir avec une Nature qui possède peut être son propre salut. L'écologisme s'associe alors avec le pacifisme, idéologie prônée pour essayer d'établir un monde en harmonie et en paix. Cependant, tel un Socrate pendant la Grèce Antique, il est difficilement accepté, mal compris et dans une réelle impasse. A cheval entre deux chaises, il essaye tant bien que mal de construire un banc pour relier deux mondes qui ne veulent pas se comprendre. Et quand il vient sauver une représentante de la lutte animale, la Princesse Mononoke, seule la mort vient à sa rencontre.
Princesse Mononoke, humaine élevée par des loups, sera alors l'initiatrice d'un autre symbole, sa ressurection. Devenu messie, le héros tente l'impossible pari d'arrêter la folie des Hommes face à une Nature déchirée. Le militarisme prend le pas, la guerre s'amplifie et l'apocalypse est déclenchée. Grâce un visuel de plus en plus réussi et une bande-son à faire frémir les moindres recoins de notre corps, on angoisse sur le sort d'une Mère Nature proche de sa mort. Les chemins du futur s’ouvrent et l’incertitude domine un univers qui ne sait plus à quel saint se vouer. Hommes et Animaux doivent choisir une voie. Mais quelle voie ?
Une voie qui annonce le paradis avec l’intronisation du respect, de la tolérance et de la paix ? Ou bien une voie synonyme d’enfer ou la guerre, l’injustice et l’intolérance seraient maîtres ? Que se soit l’une ou l’autre, allez y jeter un coup d’œil…
Pour moi, Miyazaki est un auteur de génie. Chacun de ses films sont symbole de qualité, que ce soit dans l'aspect graphique ou dans la trame et les sujets traités.
Princesse Mononoké est à mon goût l'un des plus réussis. L'aspect graphique du film fait rêver par ses paysages multiples et son animation proche de la perfection. Tout bouge, tout semble vivant, tout est crédible. Les personnages, qu'ils soient humains ou imaginaires, transpirent de réalisme par leur caractère, leurs raisonnements.
Ajoutez à cela une bande sonore magnifique qui nous transporte littéralement dans le film, des dialogues crédibles et humains, et des valeurs morales simples et compréhensibles par tous.
A mes yeux, ce film est un chef-d'oeuvre et prouvent que les Japonais savent faire de beaux films et qu'ils le font bien. A voir d'urgence si ce n'est encore le cas; une référence.