Utena, le film, est, je le confirme, incompréhensible. Surtout à une personne qui n'est pas un afficion de la série Utena.
J'adore Utena, je connais parfaitement le manga et la série. Et bien, à travers le film, l'auteur nous prouve encore une fois qu'il peut faire différent avec la même histoire. En effet, le scénario de base est toujours le même : Utena arrive au lycée Ohtori pour rechercher son prince, elle se bat en duel contre le vice-président du conseil des élèves, Saionji, sans comprendre ce qu'il se passe, et elle est sauvée par l'aide de la fiancée de la rose, Anthy. Jusque là, les trois Utena se ressemblent parfaitement. Mais après, tout part de travers sur des histoires totalement différentes.
Le manga est le premier document à être publié. Il est le plus neutre des trois, bien que parfois totalement déluré.
L'anime augmente d'un cran le côté symbolique omniprésent de l'univers Utena, et pousse le bouchon très loin dans le psychiédélique, l'humour à double message et des scènes incompréhensibles.
Le film est encore plus fort en la matière, et on peut définir ce film d'anime de mescaline. Ca part de partout, on passe du coq à l'âne (ou de la vache, dans ce cas), on voit des transformations bizarres, la symbolique arrive au 55ème degré de compréhension. Du pure délire !!!! (et un peu kitsch sur les bords, il faut reconnaitre)
Et malgré ça, on aime. Le scénario est tiré par les cheveux, mais on se sent obligé de revoir encore et toujours pour voir ce qui nous a échappé.
La musique est magnifique et bien adaptée, enchanteresque. La qualité picturale est hors du commun, le dessin est fluide, magnifique, beau....
Etrange mais envoutant, tel est le pari gagné par les auteurs des produits Utena.
Moi qui croyais J.C Staff abonné aux sous-traitances et autres daubes habituelles comme Shakugan, je ne les savais pas "créateur". Utena est un film d'animation innovant, et Ikuhara a montrer qu'il était un artiste avant d'être le réalisateur du vulgaire Sailor Moon.
Utena c'est avant tout incompréhensible... Plus le temps s'égrene et plus une question prend corps, se distingue dans nos pensées puis s'impose : le scénariste a-t-il eu toute sa tête avant d'écrire cette histoire ? De prime abord on ne reconnaît aucun lien logique entre les décors où l'on peut passer d'une laverie automatique à une vache qui broute sans plus amples explications que de les faire se succéder. Pourtant le début fait croire à un shojo ultra-classique teintée de "majical-grilisme", le chara-design adoptant parfaitement les codes du genre. L'univers développé est donc complètement déjanté.
Qui plus est, on titille le public nippon féminin avide d'Idole en créant des personnages à l'allure aristocratique et offrant le titre au plus beau d'Ojisama (ndrl : prince), on titille aussi les nippones en glissant un mot bien frenchi pour faire classe : "Duellistoooooooo".
Mais on aiguise de même les fantasmesde certains nippons en leur offrant des ambiguités sexuelles assez diverses parfois très dérangeantes comme une allusion sexuelle faite entre un frère et une soeur. Bref l'initié des hentaï verra un bon melting-pot des fantasmes sexuels nippons (hormis les plus trash, ça va de soi).
Utena c'est surtout une oeuvre graphique. La réalisation est d'un niveau élevé et se caractère alliée au scénario par son imprévisibilité. De plus la maîtrise du rythme happe l'univers, cependant ne lui donne pas de sens; mais elle stimule suffisamment le spectateur, le maintient sans qu'il puisse décrocher tant tout y est implosion et explosion. Les couleurs en sont l'illustration, elles alternent entre aggressions, carresses, et vivacité. Les yeux en paient les frais. L'animation n'est pas en reste, et le tout forme quelque chose de très vif et assez lunatique dans le changement de ton, de rythme.
En revanche la mise en scène est académique, on reconnaît les plans habituels au shojo avec parfois l'irremplaçable piano pour nous sortir les bons vieux clichés.
Néanmoins c'est le genre de film qui revigore, et divertit parfaitement car même si dans les premières minutes notre cerveau est dérouté, on se laisse envahir par Utena. Ne cherchez pas à comprendre si vous vous voulez passer un agréable moment.