Amer Béton

Amer Béton

Informations générales

Version française

  • Licencié: oui
  • Titre français: Amer Béton
  • Editeur: Tonkam

Synopsis

Takara est une ville à l'amer béton, où confluent nombre de sentiments contraires et ambivalents. Elle est aussi l'objet de l'ambition des yakuzas, mais il semble que lorsqu'on tente de la contrôler il faille d'abord passer sur le corps des "chats".

Ces chats ne sont ni plus ni moins que deux enfants aussi téméraires que farouches à toute tentative hostile contre "leur ville". Blanko et Noiro, à l'amitié en béton armé, se méfieront donc du retour du Rat, un yakuza originaire de la ville, mais aussi plus tard de l'arrivée d'un certain Serpent et de ses acolytes qui vont perturber le fragile équilibre des forces... La clé de voûte est mystérieusement détenue par les deux enfants.

Synopsis soumis par Gemini no Saga

#Par emilie le 24/11/2008 à 17:36

Amer Béton quand je l'ai commencé, je ne savais pas à quoi m'attendre, et au départ j'ai été gênée par le dessin. Puis, passé la moitié du premier tome, je n'y ai plus fait attention.
Pourquoi? Parce que le dessin correspond totalement à l'univers de ce manga, parce qu'imaginer un autre type de dessin pour représenter cette ville et ses habitants est impensable.

On nous parle ici de Noiro et Blanko, les chats de Takara, gamins des rues qui peuvent voler de toits en toits et dont il faut savoir se méfier. Car oui Takara n'élève pas des enfants de choeur. Dans cette ville toute la décadence est présente : violence, trafic, mafia, sans-abris, gamins livrés à eux-mêmes ... Ce qui fait que cette oeuvre est intéressante est qu'elle ne nous pose pas de morale par rapport à cela alors que tant d'autres l'auraient fait. Ici la ville est le décor, on la pose et on passe à autre chose : Noiro et Blanco. Nos deux héros, aussi complémentaires qu'il manque à l'un "les vis" que l'autre n'a pas et vice-versa.

L'univers de ce manga est quelque peu déroutant une fois que l'on referme le livre. Parce que lorsque l'on est plongé dedans on ne se rend pas forcément compte de certaines choses qui paraissent normales pour cette ville alors que l'on aurait trouvé ça saugrenu dans n'importe quelle autre oeuvre : Noiro et Blanko volent de toit en toit, autant vous dire que dans le manga je ne me même pas posé la question!

On assiste au fur et à mesure de la lecture à une escalade de la violence, de l'incongru, de l'onirisme et même du psychisme! Tout cela véhiculé par des personnages tous haut en couleurs, improbables et même parfois inhumains.
Au fond Noiro et Blanko ont fini par nous charmer car à deux, ils forment un tout. Ils sont les 2 entités d'une même personne, on ne peut pas aimer l'un et détester l'autre. Et cette ville est comme elle est, c'est tout, rien de plus.

Quand j'ai refermé le 3ème tome, tout ce que j'avais envie de dire, c'était : encore!
Je ne sais pas vraiment expliqué le pourquoi du comment j'ai clairement aimé cette oeuvre, mais il est clair qu'elle siège très haut dans mon classement personnel.
Maintenant, histoire de peut être continuer le plaisir, je vais aller voir l'oeuvre animée.

10/10

#Par watanuki le 24/04/2008 à 13:17

Amer Béton est un diptyque incontournable dans le monde du manga et de l'animation. A l'image de Noiro et Blanco, le manga et le film sont complémentaires, chacun ayant un défaut et une qualité que n'a pas l'autre.

A vrai dire, il serait malhonnête de parler de défaut concernant le manga : maîtrisé du début à la fin, il joue parfaitement sur des idées manichéennes et les lois du manga pour en fin de compte proposer une oeuvre littéraire passionnante et nettement plus complexe que le dessin animé.

Tout le livre suit une logique de montée en puissance, commençant par une description de l'univers de Takara et de ses protagonistes, pour devenir petit à petit de plus en plus onirique, de plus en plus halluciné, entres désespoir et enthousiasme délirant face à un monde au bord de l'extinction. L'auteur ne nous casse pas le crâne avec des leçons de morale sentencieuses, ce n'est pas son propos ; la corruption, la violence, la grossièreté, la jeunesse abandonnée et vivant dans les rues, l'insécurité, les sans-abris, etc., ces thèmes ne sont pas évoqués pour le plaisir de nous offrir de belles réflexions sur la tristesse du monde dans lequel on vit, bien au contraire : c'est la vitalité des personnages qui nous fascine, c'est leur comportement invraisemblable et la puissance de leur volonté qui marque. La grossièreté peut être salvatrice, la mauvaise éducation aussi. Inutile de citer Nietzsche, l'auteur n'en a que faire, il se contente de toujours progresser dans l'impossible, faisant de son manga l'une des oeuvres les plus inspirées jamais écrites dans le monde productif du manga.

Rien d'étonnant à ce que plus on s'approche de la fin, plus le scénario devienne irréel, voué à se dissoudre petit à petit pour laisser la part belle à un mysticisme teinté de shamanisme : le dessin devient alors tout puissant, sa capacité d'évocation dépasse très largement une histoire qui n'a plus lieu d'être. La galerie des personnages que l'on croise va du plus réaliste au plus absurde, les genres se mélangent, on passe de la SF au naturalisme, d'une ambiance de parc d'attraction à un univers mafieux sans aucune transition, tout cela pour illustrer la complexité, la médiocrité mais aussi la capacité à créer du beau (et peu importe qu'il soit moral !) au sein même de l'horreur, de l'humanité...

Amer Béton est le seul manga à avoir aussi bien enchaîné les allégories sans jamais sombrer dans le didactisme moralisant ou le discours philosophique pompeux.

10/10