Durarara!! - Sleepy Hollow sur deux roues
"Par les créateurs de Baccano!", voilà l’argument d’autorité que vous entendrez plus d’une fois quand on essaiera de vous vendre Durarara!!. Mais pour ceux qui, comme moi jusqu’il y a quelque jours, auraient été aspirés dans une faille temporelle et seraient passés à côté de l’une des séries évènements de 2007, petit rappel des titres. Baccano! est la première création majeure d’un "nouveau" studio d’animation : Brains Base, studio qui avait déjà fait ses premières armes en tant qu’intervalliste sur d’autres séries – comme par exemple sur Fullmetal Alchemist – comme cela se fait souvent. Baccano! est l’adaptation d’un light novel éponyme assez populaire du scénariste Ryôgo NARITA qui a donc reçu un accueil critique assez unanime, ou en tout cas au sein de la rédac’ - grâce à sa narration intrigante, ses personnages attachants, son contexte peu banal (l’alchimie qui rencontre la mafia italo-américaine des années 30), une technique impressionnante pour ce premier coup d’essai en solo et une bande-son envoûtante. Depuis Brains Base a rapidement consolidé sa réputation avec Kurenai ou encore la saison 2 de Spice & Wolf.
C’est donc auréolé de tous ces lauriers que Brains Base revient à ce qui lui a permis de bâtir son succès. En effet, Durarara!! est la deuxième adaptation d’un light novel de Ryôgo NARRITA et il était bien légitime que les fans de la première heure (et les autres) attendent du studio qu'il ne soit pas perdu en route, ou mieux, de voir les progrès accomplis depuis trois ans. Je vous donne la version courte : ils n’ont rien perdu de leur talent, au contraire, ils se sont améliorés à presque tout point de vue.
Brains Base a joué la carte de la sécurité et a reconduit presque intégralement l’équipe de Baccano! (mais non les fans ne les auraient pas lynchés s’ils avaient faits des gros changements dans le staff et s’étaient plantés) ou en tout cas sur la plupart des postes clés. On retrouve donc Takahiko OMORI à la réalisation, Noboru TAKAGI à l’adaptation du scénario, Akira ITO à la direction artistique, Takahiro KISHIDA au chara-design et Makoto YOSHIMORI à la musique. Seuls changements notables, le directeur de la photographie est désormais Hitoshi TAMURA et le créateur du chara-design pour le support original est Suzuhito YASUDA, l’auteur de Yozakura Quartet.
Ryôgo NARRITA a su se renouveler pour Durarara!! et en dehors de certains traits de personnalité pour quelques personnages et un cadre fantastique, cette nouvelle série a peu de points communs avec Baccano!. Mikado Ryūgamine emménage dans le quartier d’Ikebukuro avant de s’inscrire au lycée. Il y retrouve son ami d’enfance Masaomi Kida qui le met en garde contre certains habitants du quartier : en effet, entre les gangs rivaux qui naissent dans le sang et disparaissent dans la nuit et les autres personnalités atypiques comme l’informateur Izaya Orihara ou encore Shizuo Heiwajima doté d’une force surhumaine sans oublier la légende urbaine d’une motarde sans tête (!), éviter les ennuis tient du slalom olympique. Contrairement à Baccano!, si les personnages toujours peu ordinaires occupent un place prépondérante, l’histoire, qui suit cette fois une narration chronologique en dehors des nombreux flashbacks, se dessine belle et bien comme le cœur du récit. Pour l’instant certes, les histoires de chacun des personnages – ou groupe de personnages – se croisent sans jamais vraiment interagir mais j’ai le sentiment que tous ces fils d’intrigues vont se nouer en une même conclusion enchevêtrée. En même temps, je m’avance un peu, il est possible que tous ces fils narratifs soient traités en parallèle – hors quelques échos plus ou moins anodins – jusqu’à la fin. Néanmoins je me demande si ce dernier choix ne va pas effilocher l’intérêt avant le terme de la série, une moitié plus longue que Baccano. J’attends de voir et suis prêt à me raviser si l’équilibre demeure ; il est vrai que la qualité d’écriture des nombreux personnages et leurs secrets sont à eux seuls autant de garanties.
On sent l’expérience acquise par les animateurs du studio Brains Base. Les décors en extérieurs sont plus nombreux, plus vastes surtout, et plus colorés. Point non négligeable, il y a des gens dans la rue ! Ça parait négligeable comme détail et pourtant réfléchissez bien, les villes japonaises ont souvent tout des villes fantômes en japanime hors les personnages. En effet, ça prend du temps (et donc coûte de l’argent) de représenter des figurants même si ça discrédite un peu la direction artistique. Il y a donc pour Durarara!! un perfectionnisme louable. Il n’aura cependant échappé à personne que ces figurants ne sont pas colorisés. Bien sûr la première explication est un manque de moyens mais ce détail saute aux yeux et je ne peux m’empêcher de le sur-interpréter en voyant là une volonté artistique de rappeler que le quartier d’Ikebukuro est très peuplé et la couleur qui attire le regard sur les personnages indique que nous allons suivre l’histoire de certains des habitants parmi la foule mais que le quartier ne gravite pas autour d’eux.
L’animation en particulier est bien plus fluide que dans Baccano dont c’était l’un des points faibles. J’aime moins le chara-design avec ces visages assez anguleux et les proportions des corps parfois étranges mais il faut avouer que ca ne manque pas de charme. Je l’ai déjà dit mais ça ne fait pas de mal de le répéter : je salue le travail sur la colorisation. Il est vrai que ça s’harmonise avec l’histoire de la série qui insiste bien sur ce contraste entre les gangs associés chacun avec une couleur (les foulards jaunes, les carrés bleus), la motarde sans tête noire, la couleur qui absorbe toute les autres, le gang des Dollars sans couleur justement… Néanmoins, cet effort est toujours à souligner, notamment avec un cycle jour/nuit aussi marqué.
Seule la musique ne trouvera pas grâce aux yeux des esprits chagrins. En effet, si la BO de Baccano! avait des consonances très jazzy en accord avec les années 30, celle de Durarara!! se conforme au temps de l’action, les années 2000, avec des sonorités J-pop-rock bien moins dépaysantes. L’ending en particulier pourra être sans vergogne qualifié de soupe mais il est vrai qu’il était difficile de relever le gant de Yuki KAJIURA. L’opening en revanche est le parfait reflet contemporain de celui de Baccano!. Très dynamique, il présente toujours toute la galerie de personnages sur un rythme enlevé et contient encore une fois son lot d’indices.
Vous l’aurez deviné grâce à cette présentation mesurée et neutre, Durarara!! m’enthousiasme. S’il ne bénéficie plus vraiment de l’effet de surprise, il marque la confirmation du petit studio qui monte, qui monte bâti sur l’expérience accumulée et qui augure du meilleur pour la suite. J’ai gardé mon atout maître pour la fin : comme Fullmetal Alchemist Brotherhood l’an dernier, Durarara!! est diffusée par Dybex en streaming et en VOSTF sur leur chaîne Dailymotion, gratuitement, un mois après la sortie japonaise. Il n’y a plus d’excuse pour ne pas se laisser embarquer.
- Article publié par Afloplouf











