Heroman - Nous sommes les méchants et nous allons tuer la gentille Lina
Heroman s’est fait remarquer très tôt grâce à une annonce du casting : la participation du créateur Stan Lee, pilier des comics Marvel et créateur (ou co-créateur) de nombreuses séries phares de cette maison d’édition (Spiderman, X-Men, Fantastic Four, Hulk, etc.) à l’écriture du scénario. Quand en plus le studio d’animation derrière ce projet n'est autre que le studio Bones qui s’est bâti une solide réputation en matière de shônen depuis Fullmetal Achemist jusqu’au plus récent Xam’d : Lost Memories en passant par Eureka 7 et Soul Eater, les attentes sont grandes. La question qu’on pouvait légitimement se poser était de savoir si le studio, somme toute assez conformiste, et l’icône de l’âge d’argent qui va quand même sur ses 88 printemps sauraient prendre des risques sur une série qu’on sentait bien balisée. Autant tuer le suspense dans l’œuf dès à présent, Heroman, en tout cas sur ces premiers épisodes, fait plus qu’exploiter le filon de la nostalgie : il n’y aurait la mise à jour graphique qu’on se croirait devant un pure produit des années 60. Et paradoxalement, cette simplicité est son atout.


Sur la côte Ouest des États-Unis vit Joey, un jeune orphelin élevé par sa grand-mère. Il est tyrannisé à l'école par une bande de petites frappes menées par Will, le grand frère de la cheerleader Lina qui elle, est amoureuse de Joey. Heureusement, ce dernier peut compter sur son meilleur ami Psy, condamné à marcher sur des béquilles ou sur un skateboard motorisé à la suite d’un accident de voiture. Malgré son infirmité, ce dernier ne manque pas d’assurance. Un jour, Joey récupère un robot-jouet jeté par un gosse de riche et le répare. La foudre frappe le jouet qui peut dès lors se transformer en robot géant (la taille d'une maison à deux étages environ), Heroman, aux couleurs du drapeau américain (sic). Ça tombe bien, le professeur de sciences de Joey, Denton, contacte par accident une race alien belliqueuse et ces formes insectoïdes (aux yeux rouges) décident de conquérir notre monde. Ces Skruggs peuvent se protéger des balles ou des obus, mais pas des poings vengeurs de Heroman. Et pis c’est tout. Comment Heroman a gagné ses pouvoirs ? On n’en sait rien et on le saura peut-être jamais ou alors j’anticipe au choix le transfert psychique du dernier survivant d’une race extra-terrestre ennemie des Skruggs ou l’incarnation d’un dieu voire du dieu du patriotisme américain (©Gaiman), pourquoi pas ? Pourquoi les Skruggs veulent s’emparer de la Terre ? Parce que ! (ce sont les méchants). Et pis basta !


Doublez cette ambiance de blockbuster à l’américaine (reste à savoir si le public suivra) d'un visuel à la hauteur du grand spectacle et le pop-corn n’aura même plus le temps de refroidir. Certes, le staff en lui-même n’est pas forcément très aguerri. Si le réalisateur Hitoshi NANBA n’a pas un CV conséquent à ce poste, les connaisseurs prendront plus de confiance en lisant qu’il a déjà réalisé des storyboards sur le mésestimé Eureka 7. Le mecha-designer Shigeto KOYAMA se charge cette fois du chara-design tandis que la direction artistique est confiée à Yumiko KONDO qui a déjà officié sur le racoleur (mais esthétiquement réussi) Mnemosyne. S’il y a bien un nom qui sort du lot dans ces têtes d’affiches qui n’en sont pas vraiment, c’est bien celui du scénariste chargé de l’adaptation : Akatsuki YAMATOYA (Soul Eater).
Si on ne s’emballe pas forcément a priori devant ce staff quelconque, c’est un peu vite oublié que c’est tout le poids du studio Bones qu’il y a derrière. Si elle est très sage, très conventionnelle, la réalisation technique de Heroman ne souffre d'aucun reproche. Certes le mecha-design a un côté kitsch et irréaliste assumé et l’androgynéité de Joey porte sur le système mais les effets de lumière sont jolis, l’animation dans le haut du panier, les décors colorés, Lina ne fait pas du bonnet F à 15 ans, Heroman a la bouille du pote qu’on voudrait tous avoir et la coupe de Psy est "afrodisiaque".


La bande-son est l’une des meilleures que j’ai entendues cette saison. L’opening est énergique et l’ending plus quelconque peut compter sur un visuel parodique réussi qui ne me lasse pas. Les thèmes dans leur ensemble accompagnent bien l’action à l’écran. Mention spéciale pour la musique que l’on peut entendre à la fin du troisième épisode que j’écoute ad nauseam depuis plus d’une semaine plusieurs fois par jour.
J’entends bien les critiques sur l’amas de clichés que véhicule Heroman. Bones lui-même en est conscient : comment ne pas voir de l’autodérision dans la mauvaise incrustation 3D de la soucoupe volante façon série B des années 50 alors que le reste de la technique joue sur la 2D et fournit un visuel bluffant ? Que voulez-vous que je vous réponde ? Que le scénario tient sur un post-it et que la série ne déparerait pas aux côtés d’un film de Michael Bay ? Oui, bien sûr et je ne m’attends pas à voir ma vision du monde changée en regardant cette série. Mais cette simplicité est reposante à plus d’un titre : combien de séries (au hasard un Code Geass) essayent de se donner de la profondeur mais n’y parviennent que de façon bancale soit en sortant des lapalissades, soit en mélangeant maladroitement le divertissement et la réflexion, les deux erreurs n’étant pas exclusives l’une de l’autre d’ailleurs ? C’est parfois une intelligence de ne pas chercher à développer ce qu’on n’a pas les assises de faire. J’avais regretté ces tergiversations sur Basquash l’année dernière et j’espère que Heroman échappera lui à cette charnière. Bien évidemment, j’aimerai voir Heroman devenir autre chose, prendre un virage moins superficiel : en bref, lâchons le mot, s’inscrire en écho à un certain Gurren Lagann. On n’est pas encore là, très loin s’en faut, et je ne lui reprocherai pas s’il n’en a pas l’ambition. Heroman est un divertissement pour les gosses et pour les adultes nostalgiques, ce registre me convient.
- Article publié par Afloplouf




