Langue de vipère
Je suis arrivé devant Viper's Creed presque à reculons. Certes, il y a un certain Shinji ARAMAKI à la baguette mais Appleseed m'a toujours laissé une impression en demi-teinte et les premiers visuels de la série ne m'enlevaient pas mes doutes. Quatre épisodes plus tard, je suis rassuré : à moins d'un changement majeur, Viper's Creed ne déparera pas parmi les navets de cet hiver. Je suis peut-être méchant mais les quelques lueurs d'espoir que la série nous propose ne sont pas suffisantes pour effacer d'un simple coup d'éponge ses défauts patents.
L'opening donne le ton graphique, et en partie scénaristique, de cette dernière production de Sony Entertainment : des explosions et des boobs. Que demande le peuple me direz-vous, après tout, on n'en demande parfois pas plus à un anime que d'être divertissant. Sauf que la sauce ne prend pas cette fois-ci, l'anime sonne trop creux.
Le synopsis était pourtant tentant. Japon, Daiba City : une ville fictive/nouvelle dans un futur pas si lointain que ça. La montée des eaux et une nouvelle guerre globale ont plongé le monde au bord du chaos, avec des villes refermées sur elles-mêmes. La guerre a beau être achevée, des robots programmés pour détruire continuent d'errer. Le maire de Daiba City fait appel, pour défendre la ville, à des mercenaires.
Des mercenaires comme thème ? Bien trop rarement exploité - tous supports confondus - cela intéresse de prime abord, comme, pour rester dans le domaine de la japanimation, un certain Black Lagoon. Quelques éléments sont d'ailleurs de bons présages : une "équipe" qui n'hésite pas à se tirer dans les pattes, des enfoirés plus intéressés par l'argent que par une quelconque morale ou même la sécurité des civils. L'introduction dans l'unité du naïf fils de maire qui, dès le second épisode, voit ses illusions brisées par une réalité cruelle laissait même présager du meilleur, en laissant le bénéfice du doute à la série.
Espoirs bien vains avec les deux épisodes suivants où certains de nos badasses montrent déjà des signes d'héroïsme : "je veux racheter les morts que j'ai causées", "je veux protéger ma petite sœur". On a déjà envie d'aller chercher un oreiller et une bonne couverture. Je veux bien que la production japonaise soit prolifique et qu'il soit par conséquent difficile de faire dans l'innovation mais il y a une limite dans les clichés sur lesquels peut reposer une série sans imploser. Au tiers du parcours, Viper's Creed est déjà dans une belle impasse, la marche arrière est permise mais il faut faire vite.
C'est pourtant graphiquement assez bien fait. L'incrustation des CGI est très "appleseedesque" (mais avec un budget bien moindre) donc elle retrouvera peut-être ses fans dont je ne fais pas partie. Il est assez dommage que la série ait commencé sur un plagiat assez évident de l'épisode 2 de Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, première saison. Une copie qui, si elle emprunte aux codes des blockbusters hollywoodiens pour être plus dynamique, n'arrive pas à la cheville de son ainé sur un plan strictement technique. La série manque bel et bien d'une véritable direction artistique, le rendu est à la fois froid et rempli de fan-service : le mélange est hasardeux. Le peu de soin au second plan est révélateur. L'animation reste correcte si on n'y regarde pas de trop près.
La musique ne casse pas non plus trois pattes à un ornithorynque. J'avoue avoir eu un faible pour le générique de début, malgré ses consonances électro bien trop désincarnées : il reste au moins dans le ton de la série. Le générique de fin est assez bon mais entendu vingt fois. Et la bande originale, au diapason, est entre puissance nanardesque (la Chevauchée des Walkyries) et poncifs jazz/électro/etc... Le tout manque singulièrement d'unité.
Il est peut-être un peu tôt pour enterrer la série, je le concède, mais elle creuse sa tombe avec une régularité constante : s'ils veulent se reprendre, il va falloir faire vite.
- Article publié par Afloplouf







